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Comment le #Foodporn a pris le pouvoir sur le monde de la restauration
©NICOLAS ASFOURI / AFP

Food Porn Business

Comment le #Foodporn a pris le pouvoir sur le monde de la restauration

Disposition des aliments, décor du restaurant, luminosité optimale pour les photos… Certains restaurants poussent même le vice jusqu'à proposer des kits de photographie gratuits afin que les clients puissent poster les meilleures photos possibles sur Instagram.

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

Co-auteur du livre "La femme qui voit de l'autre côté du miroir" chez Eyrolles. 

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Atlantico : Quelle est la réalité de l'impact du "foodporn" pour les restaurateurs aujourd'hui ?  A quel point est-il devenu un outil marketing incontournable ?  Quels peuvent en être les bénéfices ? 

Catherine Grangeard : Une grosse économie sur le budget « pub » est attendue par les restaurateurs ! Si elle est répercutée sur les menus, TB ! Puisque des personnes font de la publicité sur leurs réseaux sociaux et personnels, c’est évident que les restaurateurs vont tout faire pour privilégier l’engouement Photos. Favoriser ces conseils, c’est une façon très intelligente de leur part de faire prospérer leur commerce. Ainsi, la recommandation encourage de venir découvrir cette destination… Les amis et relations s’y rendent en confiance, de même les gens qui suivent sur Instagram quelqu’un, une sorte d’entre soi en est à l’origine. « En faire partie » plait toujours, être « élu »…
Ce marketing est perçu comme plus direct, personnalisé et il plait d’autant plus. La publicité s’adresse anonymement à tous, tandis que là, une fausse proximité colore l’accès à ces endroits.
La célébrité d’une pizza peut interroger ! il s’agit en fait d’une appropriation d’une image…

Comment ces images de nourriture agissent-elles sur le consommateur ? 

Les images s’adressent à l’imaginaire, elles proposent et chacun par son imaginaire complète avec ses propres projections. L’image vue, prise par quelqu’un d’autre devient mienne par ce que j’en fais, ce à quoi je l’associe. Le désirable est dans le regard plus que dans l’objet.
Il s’agit de susciter le désir, de provoquer l’envie d’une expérience des sens par une présentation sexy de la nourriture. Il s’agit de rendre appétissant, comme dans tout désir. Donner envie, c’est déjà suggérer une satisfaction accessible.
Ainsi la recherche du mets va au-delà de ce mets, il y a une communion avec l’autre qui a posté initialement la photo. Les retrouvailles sont escomptées, on va partager une expérience. La valeur érotique du plat dépasse de loin son seul goût, la seule satisfaction des sens. Puisque c’est valorisé sur Instagram et que je suis invité à en bénéficier aussi si je me rends dans cet endroit, je fais partie du groupe. Ce sentiment renforce le plaisir de manger. C’est vraiment le plaisir des copains, de ceux qui partagent le pain.
Par ailleurs, s’identifier à ceux d’Instagram peut être ressenti comme épanouissant, voire même excitant de faire partie de certains groupes.
La mise en scène des images révèle ce qui est attendu comme réactions, comme public aussi.

Comment influencent-elles leurs habitudes ?  

Certains publics apprécient ces groupes, il est donc important pour eux de faire partie des moments proposés. Plus de plaisir est ressenti à participer activement qu’à regarder. Aussi, ces personnes vont aller manger les mets mis en images et les habitudes deviennent alors rapidement addictives. Il faut suivre le mouvement. Au risque de se sentir largué si la participation vient à ralentir. Il y a des groupes qui échangent les photos. Qui dit échange dit immédiatement que les habitudes de prises de photos font partie de l’acte même de se nourrir. L’image devient alors partie prenante du repas…

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