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Comment la France s'est mise dans la triste et humiliante situation de devoir négocier son budget avec Bruxelles
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Editorial

Comment la France s'est mise dans la triste et humiliante situation de devoir négocier son budget avec Bruxelles

La France a reçu un courrier de recadrage de la Commission européenne lui demandant des explications sur son projet de budget 2015.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

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La fin de l’année approche et le millésime 2014 restera comme celui où le pays s’enferme dans la morosité et s’enfonce dans une véritable impasse économique. Tous les signaux concordent : les carnets de commande restent à plat, de sorte que l’activité se contracte. Les indices PMI de l’institut Markit ne voient aucune amélioration pour le deuxième semestre alors que le premier reflétait une croissance nulle. Le chômage continue sa progression inexorable. Après l’industrie, c’est au tour du commerce de perdre des emplois, tandis que la construction ne se remet pas des ravages provoqués par la loi Duflot et poursuit son passage à vide. Car la confiance n’est toujours pas au rendez-vous.

Dans ce contexte morose, le discours gouvernemental a changé. Officiellement, on courtise désormais les patrons, comme le répète inlassablement le Premier ministre. On affirme vouloir remettre à niveau l’appareil productif et amorcer une véritable réduction des dépenses publiques. On tente aussi une opération de séduction sur les investisseurs étrangers. Vingt-cinq patrons de grandes firmes étrangères ont été récemment reçus en grande pompe à l’Elysée, sans parvenir à dissiper la chape de méfiance qui étreint la communauté internationale et que résume David Einhorn, un des gourous de Wall Street, qui avait prévu un an à l’avance la chute de Lehman Brother : "la France est trop fière pour se réformer", alors prétend-il qu’elle ressemble davantage à la Grèce qu’à l’Allemagne. Aujourd’hui, douze pour cent seulement des dirigeants des firmes américaines installées en France ont une perception positive du pays et une proportion encore plus faible encourage l’investissement dans l’Hexagone.

Il est vrai que si le discours officiel a changé, il est constamment démenti par les faits : pris dans ses contradictions, le parti socialiste est incapable de définir un cap. Ses divisions s’étalent sur la place publique entre une gauche moderne que voudrait incarner Manuel Valls et celle qu’il qualifie de "passéiste", uniquement préoccupée à pratiquer une redistribution permanente en recourant à une politique de hausse des impôts frappant une proportion de plus en plus réduite de la population tentée par le départ pour échapper à une fiscalité débridée sans exemple chez nos partenaires.

Aujourd’hui, le gouvernement n’a plus de véritable majorité. De plus, l’administration toute puissante brise toute velléité de changement et conclut un pacte tacite avec les différents lobbies pour que rien ne bouge, ratifiant ainsi l’attitude immobiliste qui est la marque du chef de l’Etat. "La France continue de vivre à l’heure de son clocher", prophétisait déjà il y a plusieurs décennies l’observateur Herbert Lüthy, sans se soucier d’une concurrence internationale de plus en plus vive qui fait des ravages sur nos grandes entreprises à l’international, celles-ci ne bénéficiant plus du soutien d’un Etat qui se désengage progressivement en raison de ses difficultés financières. Et l’on se trouve aujourd’hui dans la triste et humiliante situation d’un pays obligé de négocier d’une façon mesquine un arrangement à Bruxelles avec nos partenaires européens pour afficher des économies supplémentaires de plusieurs milliards dans le prochain budget afin de masquer notre impéritie à redresser nos comptes extérieurs par nous-mêmes.

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