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Comment l'incident lié aux propos de Nicole Belloubet sur l'affaire Mila a-t-il-pu devenir une affaire d'Etat ?
©Capture d'écran Instagram

Liberté d'expression sur les réseaux sociaux

Comment l'incident lié aux propos de Nicole Belloubet sur l'affaire Mila a-t-il-pu devenir une affaire d'Etat ?

La ministre de la Justice Nicole Belloubet est critiquée depuis son entretien et ses propos sur l'affaire Mila sur les ondes d'Europe 1. Bertrand Vergely revient sur ce sujet.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Une jeune adolescente, Mila, tient des propos sur les réseaux sociaux dans lesquels elle exprime sa détestation de l’Islam.  Immédiatement, elle fait l’objet d’une réaction extrêmement violente de la part des milieux islamistes qui la menacent de mort. Interrogée sur cette affaire au micro d’une radio, Nicole Belloubet, garde des sceaux, voit dans la sortie de la jeune Mila : « une insulte à la liberté de conscience », propos qu’elle retire un peu plus tard en le qualifiant de  « déplacé ». Cette série d’incidents invite à s’interroger : comment en est-on arrivé là ? Comme un incident aussi dépourvu d’intérêt a-t-il pu devenir une affaire d’État ? 

Quand une adolescente clame sa détestation de l’islam en assimilant islam et violence, celle-ci exprime une attitude qui va bien au-delà de l’islamophobie que l’on trouve malheureusement partout. 

Depuis les attentats contre Charlie hebdo et le Bataclan, il est évident que, parmi les musulmans certains sont tentés par la violence. Pourtant il existe un discours persistant consistant à dire : « Pas d’amalgame. L’islam et le terrorisme,  rien à voir. Halte à l’islamophobie ». Propos surréalistes. 

Alors même que le terrorisme musulman  clame ouvertement son appartenance à l’islam en prétendant incarner la pureté de sa doctrine et de ses prescriptions, l’intelligentsia bien pensante qui ne connaît rien à l’islam prétend le contraire. Cet aveuglement n’est pas un hasard. 

Depuis longtemps déjà l’intelligentsia bien pensante aime bien simplifier les choses en recourant à une grille d’analyse manichéenne fondée sur trois principes : 1) La gauche c‘est  le bien, la droite le mal. 2) Le musulman c’est l’opprimé, la France l’oppresseur parce que le colonisateur. 3) Quand un musulman devient un terroriste, le musulman étant un opprimé et un opprimé ne pouvant pas semer la terreur, la violence de ce musulman n’a rien à voir avec l’islam et la gauche se doit de le clamer haut et fort afin de défendre l’opprimé. Résultat : l’islam devenant incritiquable, celui-ci devient une religion d’exception. Devenant une religion d’exception à qui on pardonne sa violence, celui-ci se fait détester. Cette détestation, le politiquement correct en est la cause, mais pas seulement. L’anticatholicisme tenace en est aussi responsable.  

En France, on peut clamer sur les réseaux sociaux que le catholicisme est une religion de haine à cause des croisades, criminelle à cause des prêtres pédophiles et mortifère à cause d’un passé doloriste, moraliste et culpabilisateur,  on ne risque rien. On ne va pas être menacé de mort. Au contraire, on va être salué comme un défenseur respectable de la laïcité et de la liberté de conscience. Résultat : l’islamophobie étant un délit mais par la christianophobie, ce sentiment d’injustice finit par créer un rejet grandissant de l’islam. 

Enfin, outre l’aveuglement de la gauche et l’anticatholicisme tenace de la société française, la confusion des esprits palpable dans les propos de la garde des sceaux  Nicole Belloubet, explique la haine envers l’islam. 

 Par principe, la laïcité renvoie au fait qu’il n’y a plus de religion d’État en France, un point c’est tout. Cela veut dire que si la société décide d’être catholique, cela ne regarde pas l’État ; si elle décide de devenir musulmane, non plus. On dit que la laïcité repose sur la liberté de conscience. Oui et non. Quand la liberté de conscience consiste à vivre dans un pays où l’État n’impose ni une religion officielle ni une idéologie politique officielle, effectivement, la laïcité repose sur la liberté de conscience. Mais la liberté de conscience ne consiste pas à penser, croire et exprimer ce que l’on veut. Il n’y a pas de liberté sans limite, c’est impossible. Ainsi la loi républicaine qui interdit que l’État s’occupe de diriger nos pensées, interdit également que l’on propage des idées haineuses attisant la discorde collective. Dans le cas de la jeune Mila, Par les propos qu’elle a tenus afin de commenter les déclarations de la jeune Mila, Nicole Belloubet n’a respecté ni le principe de la laïcité ni la loi qui interdit de propager la haine.

Quand Nicole Belloubet explique que détester l’islam revient à remettre en question la liberté de conscience, elle ne respecte pas la laïcité. Si l’islam était l’essence de la liberté de conscience, attaquer l’islam reviendrait à attaquer la liberté de conscience. Nicole Belloubet aurait alors eu raison de voir dans une attaque menée contre l’islam, une attaque contre la liberté de conscience. Or, tel n’est pas le cas. L’islam n’est pas l’essence de la liberté de conscience et attaquer l’islam ne revient pas à attaquer la liberté de conscience. Aussi faut-il regarder les choses en face : En confondant islam et liberté de conscience,  Nicole Belloubet a fait comme si l’islam était l’essence absolue de la liberté de l’humanité. Elle a fait de l’islam non seulement la religion d’État de la France mais la religion universelle du monde entier. 

Cette confusion est lisible dans le commentaire de Nicole Belloubet à propos des déclarations de la jeune Mila. La ministre parle d’une insulte à la liberté de conscience. Quand la jeune Mila propage sa détestation de l’islam, elle propage des propos contraire à l’ordre public. Elle n’insulte pas la liberté de conscience. Or, la garde des sceaux la traite comme si elle avait blasphémé. À l’évidence, il y a une confusion à propos du sacré. Voulant que l’on respecte l’islam, la ministre confond laïcité, liberté de conscience et respect de l’islam en faisant du respect de la liberté de conscience le fondement du respect de l’islam et du respect de l’islam le fondement de la liberté de conscience. D’où la réduction des propos de la jeune Mila à une transgression de type blasphématoire, l’insulte à l’islam devenant une insulte à la liberté de conscience.  Qu’on ne soit pas trop dur avec Nicole Belloubet, c’est ce qui traîne partout, la critique de l’islam dans l’espace public relevant aux yeux du politiquement correct d’une attaque non seulement contre l’islam mais contre la démocratie et la laïcité.  

Il ne sera pas facile de sortir de l’enfer dans lequel nous précipite la liberté d’expression des réseaux sociaux. Toutefois, cela n’est pas impossible, si l’on a la sagesse d’obéir à trois règles. 

Un intellectuel musulman a dit un jour sur les ondes qu’il faut arrêter de dire que l’islam et la violence n’ont rien à voir. Si la très grande majorité des musulmans ont un sens de Dieu admirable ainsi qu’une profonde tradition d’hospitalité, certains versets du Coran sont d’une violence telle qu’ils peuvent légitimer la violence religieuse. Le christianisme est fort quand il reconnaît qu’une certaine théologie conduit directement à l’Inquisition. Il fait froid dans le dos, quand il légitime cette même inquisition. L’islam sera fort si celui-ci est capable de reconnaître qu’il a, pour une partie de lui-même, un problème avec la violence. On est fort quand on est capable de reconnaître ses erreurs et ses faiblesses. Imaginons qu’un jour l’islam dise que oui, il a un problème avec la violence. Il sera sauvé et le monde avec lui. Ce discours est tenu aujourd’hui par un certain nombre de femmes musulmanes. Condamnées à mort pour cela, certaines le paient cher. Il faut espérer que leur voix s’amplifie. 

Si l’islam doit faire un effort, l’Occident doit en faire un également en arrêtant de croire et de faire croire que le droit au blasphème est le fondement de la liberté républicaine. Quand on pense que  pouvoir insulter la religion du voisin est une marque de liberté, on n’est pas libre, On n’est pas libre, on est bête et grossier. Certes, la République repose sur le fait de ne pas imposer une règle en matière de croyance religieuse. Cela ne signifie pas pour autant que la liberté de croire ou de ne pas croire a le droit d’imposer ce que bon lui chante. S’il importe de s’opposer à la dictature de la religion officielle, il convient tout autant de s’opposer à la tyrannie individuelle. Plus on pensera comme certains intellectuels, journaliste et politiques et artistes que le droit au blasphème est le garant de la liberté républicaine plus on légitimera la bêtise et la grossièreté des réseaux et la violence de l’aveuglement religieux qui entend les châtier par la mort. 

Enfin, il va falloir peut-être un jour revenir sur notre conception de la laïcité. Depuis la révolution Française et la Déclaration universelle des droits de l’Homme, nous pensons que la laïcité repose sur la liberté de croire et de penser ce que l’on veut. Il s’agit à d’une erreur. La liberté de croire et de penser ce que l’on veut repose sur le libertinage lequel n’entend  nullement croire et penser ce qu’il veut mais imposer le libertinage comme idéologie dominante en chassant le religieux. Loin d’être une formule d’apaisement, il s’agit là d’une formule de guerre dont on peut mesurer les effets désastreux aujourd’hui, la libre pensée entraînant le droit au blasphème et la droit au blasphème la violence religieuse. Les propos de Nicole Belloubet en témoignent. Quand celle-ci fait de la liberté de conscience un principe sacré, en pensant défendre les musulmans, elle fait le jeu de la violence religieuse qui condamne à mort. La République repose sur la loi et le respect de la loi. Au lieu de vouloir voler au secours des musulmans attaqués par la jeune Mila, Nicole Belloubet aurait simplement dit qu’elle n’est pas là pour parler de religion mais pour faire respecter l’ordre public, elle aurait été laïque. En voulant trop bien faire et luter contre la haine, elle est sortie du rôle qui est le sien. Il est beaucoup question aujourd’hui de lutter contre la haine. Apprenons à respecter la loi. On fera beaucoup pour lutter contre la haine. On cessera de s’agiter en tout sens en semant la haine malgré soi. 

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