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Le dernier jeu joué par Himmler apparaît plus saisissant quand on constate que, pendant le cheminement de la « marche de la mort » résultant d’un plan stratégique établi en accord avec Hitler, le Reichsführer trouvera son meilleur alibi en trahissant la v
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Bonnes feuilles

Comment Himmler a réussi à trahir Hitler

A travers la biographie d'un criminel, Édouard Calic, journaliste déporté pendant trois ans dans le camp de concentration de Sachsenhausen-Oranienburgmais, fait le récit d’une descente aux enfers et décrit l’univers carcéral et les pratiques des tortionnaires nazis. Extrait de "Himmler et l'empire SS" (1/2).

Edouard   Calic

Edouard Calic

Lorsqu'éclate la Seconde Guerre Mondiale, Edouard Calic, journaliste et auteur de l'ouvrage "Himmler et l'empire SS", est étudiant à Berlin et correspondant d'un journal yougoslave dans la capitale du Troisième Reich. Il a ainsi l'occasion d'approcher des théoriciens du nazisme et des personnalités politiques telles que Heinrich Himmler et ses deux principaux adjoints, Heydrich et Müller.

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Alors que Himmler quittait son bunker, le 21 avril à l’aube, Hitler charge son fidèle Heini de stimuler les unités SS pour la défense de la capitale.

Le dernier jeu joué par Himmler apparaît plus saisissant quand on constate que, pendant le cheminement de la « marche de la mort » résultant d’un plan stratégique établi en accord avec Hitler, le Reichsführer trouvera son meilleur alibi en trahissant la volonté du Führer d’engager les divisions SS pour la défense de Berlin. Au lieu de se battre contre les Russes, il se fait diplomate pour racheter ses crimes.

L’évacuation des deux grands camps lui sert de couverture pour les conversations qu’il mène avec Bernadotte.

Pendant l’évacuation du camp, Himmler se trouve à Hohen-Lüchen chez son ami, le fameux professeur Gerhardt, devenu son principal collaborateur et son conseiller diplomatique. C’est avec lui qu’il a mis en route le projet d’amener à Berlin un représentant du Congrès Mondial juif grâce aux relations de son masseur Kersten à Stockholm. Le 19 avril, le docteur Norbert Masur, en compagnie de Kersten, descend à Tempelhof avec un sauf-conduit du Reichsführer. Il est salué par les officiels du rituel « Heil Hitler ! ». Le docteur Masur se rend immédiatement à la propriété de Kersten, à 60 kilomètres de Berlin, à Harzwalde. Kersten a pour mission de préparer psychologiquement la rencontre entre le délégué juif et le plus grand persécuteur de la nation juive que l’histoire ait connu, Heinrich Himmler. Masur attend patiemment. Ce n’est que le 21, à 2 h 30 du matin, que le Reichsführer se présente à la propriété de Kersten en uniforme de gala. Il revient de la fête intime organisée le soir du 20 avril dans le bunker en l’honneur du 56e anniversaire du Führer. Tous les grands manitous du IIIe Reich se trouvaient réunis pour la dernière fois. Après les congratulations d’usage, et les échanges de vue secrets en tête à tête avec plusieurs de ses hôtes, une conférence se tient sous la présidence du Führer. Hitler décide de diriger toutes les opérations diplomatiques et militaires de son bunker. Il pense surtout gagner du temps en défendant la capitale qui, par son agglomération d’immeubles, pour la plupart en ruines, constitue une véritable forteresse. La mobilisation de la jeunesse fanatique lui permettra de résister encore longtemps, pense-t-il, six mois s’il le faut.

Himmler apporte au Führer la nouvelle que ce sont bien les Juifs qui ont envoyé leur émissaire pour demander le règlement du litige qui sépare le IIIe Reich du monde d’Israël. Pour prouver sa fidélité, le Reichsführer propose au Führer de se retirer dans l’Alpenfestung pendant la durée des pourparlers qu’il mènera avec les Alliés par l’entremise de la Suède. Dans son for intérieur, Himmler préfère que Hitler reste à Berlin. Hitler remercie son fidèle collaborateur et propose son plan : certains dignitaires, Doenitz et Himmler, se rendront vers le Nord; les autres iront, Kaltenbrunner, Goering et Lammers, dans le Sud. Les bureaux de la Chancellerie sont transférés à Obersalzberg. Goebbels, Bormann et Keitel resteront auprès de lui dans le Q.G. jusqu’au jour où la situation exigera son départ vers le Sud. Himmler, par la décision de Hitler, a donc la chance de sortir du bunker chargé de missions militaires, policières et diplomatiques, dans le Nordraum.

Lorsque Himmler rencontre Masur, il se sent en bonne forme. Dans son uniforme noir de gala, le Reichsführer tend la main au membre du Presidium de la section suédoise du Congrès Mondial juif, et prononce ces mots : « Soyez le bienvenu en Allemagne, Monsieur Masur. Il est temps que vous, les Juifs, et nous, les nationaux-socialistes, enterrions la hache de guerre. »

Masur, un peu craintif, donne la main à l’assassin de millions de Juifs. Il est persuadé qu’il se trouve à Berlin grâce à Himmler, et contre la volonté de Hitler. D’un ton solennel, le Reichsführer affirme n’avoir jamais eu l’intention de persécuter les Juifs, d’avoir toujours préconisé leur migration à l’étranger pour les protéger de l’antisémitisme. S’il y a des victimes, la faute en est aux mesures de protection imposées par le gouvernement en raison de la guerre, mais, pour éviter d’autres victimes, il souhaite que, d’un commun accord, soit décidée l’évacuation des Juifs se trouvant encore sur le territoire du Reich.

Extrait de "Himmler et l'empire SS", Edouard Calic, (Nouveau Monde éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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