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Comment Google enregistre et stocke secrètement vos conversations
©AFP

Espionnage

Comment Google enregistre et stocke secrètement vos conversations

En seulement quelque clics, il est possible, pour n'importe quel utilisateur de Google, de consulter les informations que le moteur de recherche enregistre sur lui. De quoi inquiéter les plus concernés par leur vie privée

Christophe Benavent

Christophe Benavent

Professeur à Paris Ouest, Christophe Benavent enseigne la stratégie et le marketing. Il dirige le Master Marketing opérationnel international.

Il est directeur du pôle digital de l'ObSoCo.

Il dirige l'Ecole doctorale Economie, Organisation et Société de Nanterre, ainsi que le Master Management des organisations et des politiques publiques.

 

Le dernier ouvrage de Christophe Benavent, Plateformes - Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux : comment ils influencent nos Choix, est paru en mai  2016 (FYP editions). 

 
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Atlantico : En seulement quelque clics, il est possible, pour n'importe quel utilisateur de Google, de consulter les informations que le moteur de recherche enregistre sur lui. Rendez-vous sur myactivity.google.com pour cela. Surprise : si celui-ci mémorise chaque recherche, il est également capable de déterminer vos derniers déplacements, et surtout les commandes vocales et diverses discussions qu'on a pu avoir autour de son téléphone. D'abord, pourquoi existe-t-il de telles archives ? Que deviennent ces informations?

Christophe Benavent : Oui l'expérience est saisissante, toutes les activités d'un compte sont enregistrées, même en employant différents appareils. Je suis sur que tout ceux qui en feront l'expérience auront un choc.  Il doit être un choc salutaire!

Le but principal pour Google est l'amélioration des services en général, et avant tout ses services publicitaire. L'essentiel du chiffre d'affaire de google provient des liens sponsorisés dans son moteur de recherche, mais aussi de l'affichage de bannière sur le sites d'une multitude d'éditeurs, le but est donc à l'évidence le ciblage. Mais précisons la nature de ce ciblage. La qualité de celui-ci se traduit par la probabilité d'un clic sur le message affiché. L'enjeu est de la maximiser. Avec la méthode des mots-clés, autrement dit le ciblage contextuel, on augmente ces probabilité en fournissant des publicité correspondant aux contenus des pages que l'internaute souhaite consulter, avec cette méthode on a besoin uniquement de connaitre les termes employés par l'utilisateur dans le moteur de recherche. Mais depuis plusieurs années Google va plus loin, et veux prendre en compte d'autres paramètres, l'historique des actions permet d'enrichir les modèles. Mais d'autres informations comme la geo-localisation peuvent être particulièrement utiles dans certaines situations. Si l'on devine qu'un internaute risque de visiter un point de vente pour acheter disons de la peinture car on a observer que depuis quelque heures, ils consulte des sites de bricolage, identifiant qu'il se déplace en voiture, il sera pertinent d'afficher un message du point de vente le plus proche. Quand , ou quoi, sont ainsi les questions auxquels google tente de répondre de manière continue et automatique. Les données nourrissent ce processus.

Mais un autre but est l'expérience de l'utilisateur. Il est important pour Google d'apporter des services utiles et faciles à utiliser à ses utilisateurs, ne seraient-ce que pour les fidéliser à ses services et donc à l'exposition aux messages que gèrent Google. Cette qualité d'expérience commence par l’auto-complétion des recherches,  par la personnalisation du fil de nouvelles dans Google Now, par des recommendations pertinentes d'itinéraire etc. De ce point de vue là, et si on considère les services de Google comme efficace, ce recueil de donnée est justifié.

En quoi cela est une atteinte  à la vie privée? Quels sont les limites juridiques, mais également morale, que Google dépasse? 

 Ce service en soi, (MyActivity) n'est pas une atteinte à la vie privée, il est au contraire le moyen de la gérer! C'est finalement quelques choses dont toutes les entreprises qui recueillent des données devrait mettre en place : un tableau de bord qui permettent d'examiner toutes les informations enregistrées, de les corriger en cas d'erreurs ( et ça arrive) de les détruire si on ne souhaite pas qu'un tiers les connaissances. C'est dans l'esprit de la loi et de l'éthique.Et le service est plutôt bien fait.

En revanche ce qui est immédiatement critiquable, c'est que par défaut l'enregistrement des activités est  activé. Il faut donc un utilisateur averti, qui connaisse ce services, pour contrôler véritablement le flux de données transmis. L'activation par defaut ceci dit est un phénomène général qui est discutable de manière général. Audelà de google la plupart des applis exige l'accès à des services qui ne sont pas toujours justifiée et non contrôlables et pire impliquent des sous-composants ignorés de l'utilisateur qui peuvent employer à des fins distinctes du services de l'appli. C'est ainsi que numerama, vient de montrer très récemment que les applis d'un nombres importants de journaux français, réoriente les données de géolocalisation, vers un tiers, qui les compilent pour offrir des services de publicités geo-localisés qui semblent très efficace. Sansd'une appli être juriste, se pose ici un véritable problème de loyauté.  Au moment de l'installation d'une appli, l'idéal c'est que chaque autorisation d'utilisation d'un composant du smartphone ( accès aux photo, au carnet d'adresse, à la géolocalisation pour citer les plus importants) soit l'objet d'une explication quant à son utilisation, et d'une option par défaut de désactivation. Le consommateur doit pouvoir prendre ses décisions de manière informée. Ceci est plus ou moins fait par les conditions générales d'utilisation dont on sait la facilité de lecture. Ces CGU pratiquement informent peu, car illisible. Elles sont des cache-sexe juridique.
Pour revenir à Google, il est difficile de parler d'atteinte à la vie privé, si formellement Google permet à ces utilisateurs de contrôler l'information qu'ils souhaitent lui laisser pour améliorer ses services, disons qu'il ne font pas l'effort pédagogiques qui convient pour que ce contrôle s’exerce effectivement. C'est une seconde critique majeure, la transparence n'est pas simplement formelle, elle doit aussi être cognitive. Il ne s'agit pas simplement de dire aux gens qu'il n'y a pas de secret dans le produit en leur donnant un plan technique détaillé qu'il sont incapable de livre. Il faudrait expliquer le pourquoi du comment de manière compréhensible. Et ce n'est pas le cas, et pour Google, et surtout pour la grande majorité des applis.
 

Quelles devraient être les limites à ne pas dépasser pour Google? L'entreprise doit-elle sacrifier toute récolte d'information sur l'autel de la vie privée?  

Ce choix c'est le choix d'un moteur concurrent et français : Qwant qui s'engage à ne pas historiciser les recherches que nous faisons sur le moteur de recherche. D'autres acteurs de plus en plus nombreux, effectivement limite leur collecte, au prix de services moins efficaces, mais au bénéfice d'une plus grande légitimité dont ils bénéficieront le jour où les utilisateurs seront véritablement concernés par le problème des données personnelles, ce qui n'est pas encore véritablement le cas.

L'autre stratégie, celle de Google, qui s'appuie sur le recueil systématique et utile de données personnelles, doit cependant être garantie par des engagement minimaux. Le premier est celui de la réciprocité : même si on utilise des données pour les exploiter commercialement, ce bénéfice doit être restitué, par exemple , c'est le cas de google, par un meilleurs confort d'utilisation. Au consommateur, et au législateur, de veiller à ce que cette réciprocité ne soit pas excessivement inégale. Le législateur bénéficie d'organe de contrôle , au premier titre la CNIL. Le consommateur lui n'en bénéficie pas. Ce qui implique un second engagement : la transparence. On doit savoir à quoi servent les données, et ceux qui les utilisent doivent être explicites et intelligibles.

Pour Google les limites à ne pas dépasser sont naturellement celle du droit, mais surtout celles de sa légitimité. Elle dépend largement de l'opinion publique et de la balance de son calcul de vie privée : donner une information ou non dépend du solde de l'avantage obtenu immédiatement et de risque futurs. Le problème aujourd'hui est que les consommateurs tirent un avantage immédiat et sensible de l'abandon de leurs données personnelles, et minimisent les risques futurs. Autant dire qu'il n'y a pas aujourd'hui pas de limite fixée par la pression des consommateurs. Elle peut cependant croître si les consommateurs deviennent plus sensibles aux risques par un effort de pédagogie ( ils faut former les consommateurs à ces risques) , mais aussi si les alternatives comme Qwant ou Mozilla, démontrent qu'elles sont presqu'aussi efficace que Google. Ils faut les encourager.

 

 

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