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"Comment j'ai fini par admettre qu'en étant libéral, j'étais de droite"
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"Comment j'ai fini par admettre qu'en étant libéral, j'étais de droite"

Gaspard Koenig, candidat aux élections législatives de la 3e circonscription des Français à l'étranger, explique pourquoi les libéraux sont les seuls à pouvoir refonder intellectuellement et politiquement la droite.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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A lire : La réponse de Pierre-Henri D'Argenson, La refondation de la droite passe par une révolution conservatrice, gaulliste et souverainiste

On connaît la thèse de l’historien René Rémond, énoncée il y a plus d’un demi-siècle, selon laquelle la droite française se divise irrémédiablement entre « orléanistes » (libéraux et humanistes), « légitimistes » (conservateurs et contre-révolutionnaires) et « bonapartistes » (dévoués à la figure du chef). En actualisant son ouvrage en 2005, René Rémond  constatait la survivance de cette tripartition sous la Vè République : « A chaque élection présidentielle depuis 1965, la droite s’est divisée et a toujours présenté au premier tour deux candidats » : Lecanuet contre de Gaulle en 65 ; Poher contre Pompidou en 69 ; Giscard contre Chaban-Delmas en 74 ; Giscard contre Chirac en 81 ; Barre contre Chirac en 88 ; Balladur contre Chirac en 95 ; Bayrou contre Chirac en 2002. Mais la création de l’UMP, ce parti monolithique et ultra-discipliné, a brouillé ces clivages. En 2007, Bayrou pouvait encore faire figure d’opposant de la « droite libérale » à Sarkozy ; ce n’est clairement plus le cas en 2012, où le Modem a poursuivi son long virage à gauche, achevé dans l’appel à voter PS entre les deux tours.

Aujourd’hui, les orléanistes, gardiens d’une tradition philosophique ancrée dans les Lumières, et héritiers d’un combat politique centenaire (de Benjamin Constant à Alain Madelin), se retrouvent donc orphelins. L’UMP est partie trop à droite, étouffant systématiquement leur voix et leurs propositions pendant dix ans. Le Modem est parti trop à gauche. Et le centre reste introuvable, éclaté entre mille chapelles. Ce qui explique qu’à l’élection de 2012, pour la première fois de l’histoire politique française, l’ensemble des candidats à la présidentielle se soient déclarés explicitement contre le libéralisme.

La grande pagaille qui se profile à droite, entre la guerre des chefs, la formation de courants et le désarroi centriste, peut et doit servir à reconstituer la famille libérale, en lui donnant une place réelle soit à l’intérieur de l’UMP (ou de son successeur), soit comme composante affiliée de la future force d’opposition. Les libéraux sont les seuls à pouvoir régénérer le logiciel idéologique de la droite et à lui éviter la tentation des extrêmes. Si les électeurs, en particulier parmi les Français de l’étranger, choisissaient d’envoyer quelques députés ouvertement libéraux à l’Assemblée, cela permettrait de hâter ce mouvement. C’est tout le sens de ma propre candidature à Londres et en Europe du Nord.

Qu’ai-je appris durant ces trois mois de campagne, qui s’achèvent à présent avec le début du vote électronique (dès le 23 mai pour les Français de l’étranger, pour un vote à l’urne le 3 juin) ?

J’ai d’abord admis que j’étais « de droite ». On peut disserter longuement sur la philosophie transversale du libéralisme, dont les aspects « sociétaux » de protection des libertés individuelles tombent plutôt à gauche de l’échiquier politique français, tandis que sa défense classique de l’économie de marché est plutôt associée avec la droite. On peut défendre l’idée que, finalement, les gouvernements de gauche n’ont pas moins libéralisé l’économie que ceux de droite, sinon même davantage. Il n’empêche, la réalité de la sociologie politique française fait que, aujourd’hui, 90% de mes électeurs potentiels se définissent à droite. Dont acte.

J’ai ensuite eu l’heureuse surprise de découvrir la minorité silencieuse, des centaines de sympathisants qui partagent des convictions libérales et qui, faute de se sentir représentés par les principaux partis, votent par défaut, voire ne votent plus du tout. Certes, nous sommes à Londres et les Français émigrés se montrent naturellement plus sensibles aux idées de responsabilité individuelle et de rationalité économique. Mais nombreux sont ceux qui, en France, attendent leur tour. Le libéralisme n’est pas un mouvement marginal. C’est une pensée partagée par pléthore de philosophes, économistes, éditorialistes, entrepreneurs ; une pensée adaptée aux aspirations de la génération 2.0 ; une pensée rendue nécessaire par la crise de la dette souveraine et l’incapacité manifeste de l’Etat à gérer ses propres finances ; une pensée partagée par de nombreux citoyens fatigués d’être maternés par un législateur qui réglemente sur tout et tout le temps.

Enfin, lors des nombreux échanges que j’ai peu avoir avec des opposants, de droite comme de gauche, j’ai constaté combien il était aisé de briser les idées reçues sur le libéralisme. Le règne des puissants ? Non, au contraire, la lutte contre les oligarchies établies. La guerre de tous contre tous ? Non, pas la guerre, la concurrence qui permet aux outsiders de se faire une place dans le système. L’absence de règles ? Non, le passage d’un Etat manager à un Etat régulateur, qui laisse les individus libres de leurs choix dans le cadre fixé par la collectivité. Arrêtons d’apposer le préfixe « ultra- » aux libéraux, épris de clarté logique et de respect de l’individu.

Après avoir arpenté les rues, les écoles, les marchés, les boulangeries de Londres, de Dublin et de Stockholm, après avoir discuté avec tous ces Français inquiets pour leur pays et désireux de le réformer, je termine cette campagne convaincu que seuls les libéraux seront à même de refonder intellectuellement et politiquement la droite, comme au Royaume-Uni à la fin des années 70. There is no alternative. 

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