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Comment Boris Johnson va gagner les élections législatives anticipées du 12 décembre 2019
©Darren Staples / Reuters

Prévisions

Comment Boris Johnson va gagner les élections législatives anticipées du 12 décembre 2019

Les anglais aiment à critiquer le Premier ministre, Boris Johnson, pour ses outrances de campagnes, ses exagérations et autres et pourtant, il est presque assuré de remporter les élections anticipées de décembre 2019.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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L’un des rares avantages du délai mis au Brexit depuis juin 2016 est la possibilité, pour les observateurs extérieurs, d’observer comme sur une vidéo en rythme ralenti le fonctionnement du système britannique. Etonnant pays ! Il est évident pour tous que la campagne a commencé depuis que le Parlement en a accepté le principe il y a huit jours. En fait, non ! Ce n’est qu’aujourd’hui que la campagne sera lancée. Il faut d’abord que le Premier ministre aille informer la Reine de la tenue d’élections anticipées ! Vous souriez : à Buckingham Palace, il n’ont pas internet? Eh bien, vous n’avez pas compris l’un des secrets de la vie politique britannique: elles laissent subsister un temps qui échappe à l’instantanéité des communications contemporaines. On est, d’une certaine manière, comme dans la distinction bergsonienne entre le temps, mécanique, et la durée qui est un déploiement du réel. C’est d’ailleurs la seule chose sympathique chez beaucoup de parlementaires qui ont fait durer la mise en oeuvre du Brexit: ils avaient le temps ! Ils ont fait enrager la société qui, de ce point de vue, est la plus opposée à la société britannique, les Allemands. Les Allemands n’ont jamais le temps ! Tout doit être fait dans les horaires planifiés. Faust se sentirait maudit de dire à l’instant: « Arrête-toi, tu es si beau ! ». Les Britanniques ne sont pas moins bons en affaires que les Allemands; ils sont mêmes les inventeurs de la révolution industrielle ! Eh bien, ils ont quand même le temps ! Trois ans depuis le référendum ! Trois ans et demi, même, se seront passés jusqu’à la mi-décembre, quand nous aurons un nouveau parlement britannique ! L’économie britannique n’a pas vacillé depuis juin 2016. La City n’a pas connu l’hémorragie qu’on lui promettait !  Les investissements étrangers ont été nombreux malgré le Brexit ! Jamais le chômage n’a été aussi bas - ni surtout le taux d’emploi aussi haut. Alors, vous pensez bien qu’on n’est pas à une semaine près !

Il est pourtant des moments où les Britanniques s’impatientent, où leur phlegme légendaire trouve ses limites. Avoir le temps ne veut pas dire être dilettante ! Or le Labour, les LibDems, le SNP écossais, le DUP nord-irlandais se sont comportés comme des dilettantes, ces dernières semaines. Boris Johnson a réalisé l’impossible. Il a renégocié le deal signé par Theresa May. Il aurait dû être non seulement voté mais mis en oeuvre avant le 31 octobre ! Jeremy Corbyn, le leader des travaillistes continue à espérer que les Conservateurs de Johnson vont tomber là-dessus: le Brexit devait être réalisé au 31 octobre ! Peut importe qui est à l’origine de cet échec, c’est un échec. Quant à Nigel Farage, le chef du Brexit Party, il a décidé d’attaquer sur le thème: le deal de Boris est « Brexit In Name Only », BINO ! Il faudrait quitter l’Union Européenne sans accord. Pourtant, on peut très raisonnablement parier sur une victoire des conservateurs ! Les Britanniques vont vouloir que les choses soient décidées avant Noël. Boris Johnson est le seul qui soit capable de réaliser le Brexit. Alors, oui, il y a eu, ces derniers jours, dans les sondages, une remontée du Labour, réduisant l’écart avec les conservateurs à seulement sept ou huit points (28 contre 36%). Oui, un sondage fait localement, à Portsmouth, a montré qu’un candidat du Brexit Party maintenu contre les Tories pouvait faire gagner le LibDem, pro-Remain! Eh bien justement, Nigel Farage est sous pression. 20 possibles candidats ont quitté son parti pour ne pas se présenter contre des conservateurs; des tractations locales entre Brexit Party et conservateurs sont engagées, et la centrale des Tories à Londres n’en sait rien, officiellement. Et puis Farage a tiré sur la corde: il a essayé de faire dire à Trump que l’accord de Johnson empêcherait un accord commercial avec les Etats-Unis; Trump s’est laissé aller à acquiescer, avant de demander à Johnson et Farage de s’unir. Et le Labour, me direz-vous? N’est-ce pas une élection nationale, ne va-t-il pas retrouver des électeurs qui le boudaient quand il ne s’agissait que de Brexit et Remain? La poussée dans les sondages de ces derniers jours vient en fait de l’hésitation des électeurs pro-Rermain, entre Labour et LibDem: qu’est-ce qui vaut le mieux pour tenter l’impossible, pour essayer d’inverser le Brexit? Mais Boris Johnson montre qu’il ne se trompe pas de campagne. Ce jour, dans le télégraphe, il attaque très violemment Corbyn sur sa haine du capitalisme et sa détestation de la motivation entrepreneuriale par le profit; il dit que jamais depuis Staline on avait haï à ce point l’enrichissement !

Exagération? Outrances de campagne? Populisme de droite? Mais parlez ces jours-ci avec des hommes d’affaires britanniques. Ils se sont résignés au Brexit quand ils étaient pro-Remain. Ils ont envie que le Brexit se fasse vite, quand ils ont voté pour (et ils sont nombreux). Boris, populiste? Mais, cher Froggy, le populisme est l’avenir de tous nos pays. Et Boris a l’avantage de le maîtriser puisqu’il est un pur produit d’Eton et d’Oxford qui sait parler au peuple. Nous voulons le Brexit. Mais nous ne voudrions pas d’un Brexit avec une politique économique socialiste. Voilà pourquoi il faut voter Boris.

Voilà pourquoi et comment Boris Johnson va gagner. Et largement ! En menant une campagne antisocialiste avec sa compétence de dealmaker à Bruxelles !

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