Pire que les propos de Claude Guéant : la réalité ! | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Pire que les propos de
Claude Guéant : la réalité !
©

Ecole

Pire que les propos de Claude Guéant : la réalité !

Claude Guéant a déclaré cette semaine que deux tiers des élèves en échec scolaire étaient issus de l'immigration. Un rapport du Haut Conseil à l’Intégration montre combien la réalité est alarmante.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

Voir la bio »

Claude Guéant a encore frappé. Infatigable, intarissable sur ses sujets de prédilection, le ministre de l’Intérieur a déclaré que les deux tiers des élèves en échec scolaire étaient issus de l’immigration. Hurlements et indignations prévisibles des syndicats d’enseignants, de la principale fédération des parents d’élèves, des associations anti-racistes : « stigmatisation des immigrés », « propos dignes du Front National », « chiffres inventés » !! En réponse le ministère de Claude Guéant a indiqué que le chiffre cité était tiré d’un rapport sur les problèmes scolaires du Haut Conseil à l’Intégration. Ce rapport est public. A la disposition de tout un chacun. A celle des journalistes qui auraient pu le citer, à celle des associations indignées, à moi, à vous. Un clic sur HCI suffit.

Ce que dit le rapport du HCI

Il est effrayant. Bien au-delà des chiffres de Claude Guéant. Ce rapport dit que dans certaines villes comme Clichy-sous-Bois, Aubervilliers ou la Courneuve, plus des trois quarts de la jeunesse est d’origine étrangère. Il dit qu’il n’est pas rare d’avoir des classes primaires et des collèges « entièrement composées d’élèves d’origine étrangère partageant la même confession ». Il dit que « la montée du fondamentalisme et du communautarisme ouvre la porte à des contestations de cours de plus en plus nombreuses. »

Il dit que certaines classes dans certains quartiers se déclarent « 100 % musulmanes ». Il dit que dans de nombreux cas les enseignants d’Histoire ont du mal à aborder le fait religieux, la Shoah, le Proche-Orient. Mêmes difficultés pour les enseignants de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) : « l’évolutionnisme est remis en cause au profit d’une action divine ou créationniste ». Voilà. C’est dit en termes mesurés comme il sied à un rapport. Mais c’est dit. Le HCI n’est pas, que l’on sache, une succursale de la place Beauvau, une officine du Front national, un organisme tenu en sous-main par les Identitaires ou Riposte Laïque. Parmi ses membres actuels on compte Malika Sorel, Yazid Chir, Mohand Hamoumou, Nacer Meddah, Abdel Wahab Meddeb… J’ai, bien sûr, choisi ces noms à dessein.

Le choc des civilisations présent chez nous

Osons ici un mot tabou : le choc des civilisations ! Le livre de Samuel Huntington, paru sous ce titre, avait été publié bien avant les attentats du World Trade Center. Depuis il s’est passé beaucoup de choses qui sont allées dans ce sens. Et plus les choses allaient dans ce sens, plus les flics de la pensée protestaient : « Circulez, il n y a rien à voir » ! Le choc des civilisations, nul besoin d’aller le chercher dans les montagnes de l’Afghanistan, dans les zones tribales du Pakistan, dans la charia, dans la burqa, près des églises coptes qui brûlent, dans les fatouah, dans les lapidations… il est ici. Chez nous. Au coin de la rue. Dans les villes, les quartiers et les écoles que cite le Haut Conseil à l’Intégration.

Que dire de plus ? Qu’ajouter à ce qui résonne comme un glas ? Pas grand-chose sinon une histoire personnelle qui montre qu’aucune fatalité génétique ou raciale ne pèse sur les gosses issus de l’immigration. Une histoire qui montre aussi, hélas, le mal que peut faire un repli identitaire et religieux. En CM1 mon fils avait une amie du nom de Fathia. Surdouée, brillante, appliquée. Une famille modeste, très modeste. Sa mère lui répétait souvent : « tu es Arabe alors tu dois travailler deux fois plus, deux fois mieux que les autres ». Ainsi avaient fait, de génération en génération, les petits Juifs venus de l’Est, les petits Portugais, les petits Espagnols… Ils ne s’en sont pas portés trop mal.

Fathia sauta une classe et se retrouva, un an avant mon fils, gamin privilégié, au collège. Ce fut un cauchemar. Elle était de nouveau première ! Et les élèves, issus de la même cité qu’elle, la harcelèrent jour après jour. Elle fut régulièrement traitée d’ « Arabe blonde » : l’équivalent de « bounty », noir à l’extérieur, blanc à l’intérieur, utilisé pour les « traitres » par certains enfants d’origine africaine. Comment, elle, une Arabe, pouvait-elle, osait-elle, être première ?

Fathia fit une dépression, sa mère alerta les profs. On ne fit rien, il ne fallait pas « stigmatiser »… Fathia a été retirée du collège (public). Elle est aujourd’hui dans un établissement catholique. Toujours première. Il y a une dizaine d’année parut un petit livre intitulé « Les Territoires perdus de la République ». Il disait déjà tout ce qu’on peut lire dans le rapport du HCI. Tout ce qui devait arriver à une Fathia. En dix ans la République a encore perdu beaucoup de ses territoires. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !