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Claques à répétition à chaque élection intermédiaire : y a-t-il un peu d’adhésion dans les votes de rejet ?
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Explication de texte

Claques à répétition à chaque élection intermédiaire : y a-t-il un peu d’adhésion dans les votes de rejet ?

Conforté par la première place de la droite aux municipales, Jean-François Copé s'est dit "satisfait de voir que la stratégie [qu'il avait] prônée a porté ses fruits" tout en analysant ce résultat comme le couronnement d'une "reconstruction de l'UMP [...] après deux années difficiles".

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est Directeur en charge des études d'opinion de l'Institut CSA.
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Atlantico : Peut-on vraiment interpréter les résultats de dimanche dernier comme le révélateur d'une adhésion à la droite ou est-ce finalement dû à la simple impopularité du gouvernement Hollande ?

Yves-Marie Cann : La victoire de la droite et du centre-droit aux municipales est incontestable. A l’issue du second tour de scrutin, ceux-ci ont plus qu’effacé les pertes enregistrées en 2008 et bénéficient d’une bascule inédite par son ampleur. Il faut toutefois se méfier de toute interprétation hâtive des résultats, pour plusieurs raisons. La première tient au contexte d’abstention record, tant au premier qu’au second tours. Les chiffres en la matière sont un révélateur du climat de défiance que nous observons régulièrement dans nos études et qui, pour reprendre l’expression désormais célèbre de Jean-Pierre Raffarin, oppose la "France d’en bas" à la "France d’en haut". Pour autant, le différentiel de mobilisation entre la gauche et la droite est patent : les électeurs de droite ont été au rendez-vous et se sont nettement mieux mobilisés que ceux de gauche, ce qui a conféré un avantage mécanique important à l’UMP et à ses alliés. Il est donc évident que, davantage qu’une adhésion pure et simple à la droite, l’impopularité du gouvernement et du Président de la République ont pesé lourd sur l’issue du scrutin face à des électeurs de droite désireux de prendre leur revanche suite aux défaites enregistrées par leur camp en 2012.
 

Les élections intermédiaires sont souvent un moment difficile pour la majorité en place. En dépit de l'aspect local (municipales/ régionales) ou continental (européennes) ce type de scrutin est-il autre chose qu'un simple rejet à l'égard de la politique nationale ?

Le contexte national influe sur l’issue du scrutin, c’est évident. Il faut toutefois faire la part des choses : davantage qu’un vote sanction, le rejet de la politique nationale ou la déception à son égard suscite avant tout la démobilisation d’un électorat, en l’occurrence la gauche. Nous l’avons observé tout au long de la campagne des municipales et en mesurons désormais avec précision les conséquences politiques. Ceci étant dit, ce phénomène n’est pas inédit : la droite en profite aujourd’hui mais en a beaucoup pâtit entre 2002 et 2012, période pendant laquelle elle n’a remporté aucune élection intermédiaire.
 

Si l'on sait que l'abstention des électeurs de gauche a été importante, qu'en est-il pour la droite ? Observe-t-on (ou non) une consolidation de son électorat ?

L’analyse des résultats par bureaux de vote l’atteste : le niveau de participation à droite a été meilleur qu’à gauche. Toutefois, les records d’abstention enregistrés aux deux tours laissent à penser que si la mobilisation a été bonne à droite elle n’a pas pour autant été excellente. N’oublions pas que si l’issue du scrutin s’avère très favorable à la droite, celle-ci n’a pas pour autant résolu sa crise de leadership au niveau national, ce qui a aussi pu peser sur la mobilisation d’une partie de ses électeurs. Par ailleurs, la concurrence du Front national dans certaines communes fragilise parfois son assise électorale et peut placer en porte-à-faux ses principaux responsables.
 

La progression quasi-linéaire de l'abstention sur ces scrutins semble démontrer en parallèle un désintéressement de plus en plus net des citoyens pour les partis traditionnels, le vote "contestataire" étant l'un des derniers à s'exprimer fortement. La place des partis de gouvernement n'est-elle pas de plus en plus confinée aux grands rendez-vous électoraux ? (présidentielles, législatives). Doivent-ils prendre acte de ce fait ?

Plutôt que de désintéressement à l’égard de la politique, je parlerai d’indifférence à l’égard des politiques. La politique passionne toujours les Français et suscite parfois des échanges très animés. Toutefois, l’incapacité des politiques, de droite comme de gauche, à faire la preuve de l’efficacité de leurs actions en apportant des solutions concrètes aux difficultés rencontrées par les Français a considérablement distendu les liens entre l’élite et le peuple. De plus, l’effacement des idéologies au profit de discours et de pratiques formatées de bons gestionnaires atténue de plus en plus les différences perçues entre la gauche et la droite sur les problématiques économiques et sociales. A l’échelle nationale, l’indifférenciation des politiques publiques et l’absence de résultats tangibles dans de nombreux domaines n’est certainement pas de nature à favoriser une participation massive de la population lors des rendez-vous électoraux. Les partis de gouvernements auraient pourtant tort de prendre acte de ce fait : nombreuses sont les victoires nationales qui se sont d’abord construites à l’échelle locale !

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