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Cette affiche a recouvert les murs du métro sans poser de douloureux problèmes de conscience à la RATP.
Cette affiche a recouvert les murs du métro sans poser de douloureux problèmes de conscience à la RATP.
©ripostelaique.com

On trouve de tout dans le métro

Chrétiens d'Orient : la RATP voulait l'interdire. Mais cette affiche-là pour elle, ça va

La vigilance laïque de la régie est à géométrie très variable. Une affiche peut en cacher une autre…

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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L'affiche en question a recouvert les murs du métro sans poser de douloureux problèmes de conscience à la RATP. Une jolie musulmane en niqab vantant les mérites d'un opérateur de téléphonie mobile qui permet de "gassar" (bavarder, bavasser en arabe du Maghreb) sans compter. A l'époque, la direction de ceux qui nous transportent en commun avait expliqué qu'il s'agissait d'une promotion commerciale "ethnique" ne contrevenant donc pas aux principes de la laïcité.

Ah bon ? Depuis quand musulman ou musulmane c'est une ethnie ? Les dirigeants de la RATP ignorent manifestement qu'il y a des Arabes chrétiens, des Arabes mécréants, des Arabes athées, des Arabes qui n'en ont rien à cirer des mosquées et de Mahomet. Que ne s'est-elle renseigné auprès des filles (arabes) de Ni Putes Ni Soumises qui ne connaissent pour seul voile que leur soutif. Quant à l'affiche, elle précise que les appels sont illimités pendant le ramadan. Le ramadan, c'est pas une fête religieuse ?

S'agissant des Chrétiens d'Orient, c'est autre chose. L'eau bénite dont usent abondamment les dirigeants de la RATP devait servir à chasser et à exorciser cette engeance maudite. Vade retro satanas, vade retro christianas… Mais "chrétien" ce n'est pas laïque affirmaient-ils arguant du fait qu'ils se sentaient tenus à une stricte neutralité religieuse. Admettons. Mais la RATP ajoutait qu'une affiche mentionnant les Chrétiens d'Orient reviendrait à prendre parti dans un conflit extérieur et qu'elle s'y refusait.

On va essayer de la comprendre. Dans sa logique, à vomir -et à laquelle elle a finalement renoncée, le scandale étant trop grand- les massacrés et les massacreurs étaient à égalité. Désigner les massacrés –les Chrétiens d'Orient- revenait à nommer les massacreurs, tenants plutôt violents d'une religion qui a beaucoup d'adeptes en France. Et alors, peut-être verrons-nous fleurir sur les affiches litigieuses des graffitis, "nique les Chrétiens!" ou "mort aux croisés!". La guerre civile on vous dit…

La RATP voulait laisser les massacreurs et les massacrés se débrouiller entre eux. Une posture à peu près aussi lumineuse que celle qui consisterait à dire que la Shoah a été une querelle assez violente entre Allemands et Juifs. Tout en concédant à ces derniers qu'ils ont subi un peu plus de dommages que les premiers.

A ce propos me revient une belle histoire qui me fut racontée il y a quelques temps par une connaissance. Il s'agissait du peintre Serge Lask. Ses tableaux se ressemblaient tous un peu. Des lignes, les unes sous les autres. De loin, comme des fils barbelés. De près, des lettres de l'alphabet yiddish. On va vite comprendre pourquoi.

La mère de Lask avait pris le train à Drancy pour, au sortir de la nuit et du brouillard, arriver à Auschwitz. Elle avait dû, comme cela se pratiquait, payer son billet à la SNCF (un aller simple quand même…). Quand il montait dans un train, son fils mettait un point d'honneur à ne jamais prendre de billet. Aux contrôleurs qui le verbalisaient il répondait invariablement : "je prendrai un billet quand la SNCF me remboursera l'aller simple pour Auschwitz qu'elle a fait payer à ma mère".

Avec la RATP, faites comme Serge Lask avec la SNCF. Même si la régie a cédé, car il faut qu'elle soit punie quand même. Voyagez sans billet ! Mais les tourniquets et les portillons ? Très simple. Prenez les couloirs marqués d'un sens interdit et réservés à la sortie des voyageurs : ils mènent aussi aux quais. Quand vous serez verbalisés, dîtes aux contrôleurs : "je prendrai un ticket quand la RATP s'excusera auprès des Chrétiens d'Orient".

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