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Chômage au plus bas depuis 2009 dans l’UE : comment la France a loupé le coche
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Chiffres du chômage

Chômage au plus bas depuis 2009 dans l’UE : comment la France a loupé le coche

Le chômage reste structurellement élevé en France, sans connaître la baisse significative que connaît la zone Euro depuis 2012. On peut en déduire que le problème est certainement du fait des politiques menées pendant cette période.

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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Atlantico : Eurostat a publié les chiffres du chômage dans la zone euro pour le mois de février. Ce dernier atteint 9,5 %, soit le chiffre le plus bas depuis 2009. Dans quelle mesure la France n'a-t-elle pas profité d'un contexte européen favorable, ces résultats sont-ils le fait de la politique de François Hollande ?

Pierre-François Gouiffès : La comparaison avec l’année 2009 est très pertinente car cette année correspond aux débuts de la crise de la zone euro qui suit de très près la crise financière et économique mondiale de 2007-2008. Donc il a fallu près de huit ans à la zone euro pour effacer la crise sur le front du chômage.

Il y a toutefois des très grandes différences entre pays européens. Il y a d’abord les pays qui ont un taux de chômage inférieur à ce qu’il était en 2009 : l’Allemagne (taux de chômage divisé par deux !!!), la Belgique ou la Finlande. A l’autre extrême se situent des pays qui ont subi des crises économiques très violentes comme la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou le Portugal mais qui connaissent une baisse importante du chômage depuis 2/3 ans, avec toutefois souvent des niveaux de chômage très supérieurs à ce qu’ils étaient avant le choc de 2009.

Et puis il y a la France : son taux de chômage a augmenté régulièrement et pris trois entre 2008 et 2015 points (de 7,4 % à 10,4 %) et connaît depuis cette date une stabilité à un niveau élevé du fait d’une reflux plus que modéré (10 % dans la dernière livraison d’Eurostat). Le chômage en France est donc structurellement élevé et en outre il ne connaît absolument pas la baisse significative que connaît la zone euro depuis 2012 (passage de 12 % à 9,5 %).

Donc le problème demeure dans son intégralité, et la responsabilité en revient sans doute aux politiques économiques et sociales conduites sous les deux derniers présidents, politiques qui ont couplé une augmentation puissante de la fiscalité pesant sur l’activité et la tergiversation quant à une réforme structurelle du marché du travail, ceci à la différence de la quasi-totalité de nos voisins. En outre la France ne profite que très peu de la croissance mondiale (une décennie de déficits de la balance des paiements) du fait d’une compétitivité chancelante qui n’a jamais été une orientation politique dans la durée depuis 1993.

En quoi le chômage demeure-t-il un enjeux essentiel pour le prochain Président de la République ? Qui aujourd'hui a selon vous le programme le mieux outillé pour parvenir à le faire baisser ?

Le niveau de chômage, avec le double drame majeur des jeunes et encore davantage des plus de cinquante ans, n’en finit pas de miner la société française à la fois du fait de son impact concret sur le moral et le respect de soi de certains de nos concitoyens, mais également du fait qu’il incarne l’impuissance politique, puisqu’un objectif considéré comme majeur – c’était d’une certaine manière hystérisé avec François Hollande et son engagement solennel de baisse – n’est tout simplement jamais atteint depuis plusieurs décennies.

Pour la présidentielle on a une ribambelle de solutions. Benoit Hamon ratifie d’une certaine manière notre impuissance avec son projet de revenu universel. Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen proposent des solutions divergentes mais incluant une puissante dose d’étatisme et des hausses des dépenses publiques. On est de toute façon avec ces candidats dans des politiques économiques non cartographiées.

Restent donc les deux candidats « raisonnables » sur le plan économique, François Fillon et Emmanuel Macron. Les deux programmes ont des similitudes d’esprit ou de philosophie, mais le caractère beaucoup plus « radical » du programme Fillon (baisse de l’emploi public, baisse du coût du travail et du coût du capital, simplification) conduit l’institut de prévision économique COE-Rexecode à prévoir bien davantage de création d’emplois marchands qu’avec l’application du programme Macron. Rappelons enfin que François Fillon a fait du retour au plein emploi l’un de ses slogans clés de campagne.

 

 

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