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Chiffres du chômage : l’exigence de vérité s’impose
©JACQUES DEMARTHON / AFP

Halo du chômage

Chiffres du chômage : l’exigence de vérité s’impose

La France a enregistré en 2019 sa plus forte baisse du nombre de demandeurs d'emplois depuis 2008, en recul de 3,3%. L'objectif d'Emmanuel Macron de ramener le taux de chômage à 7% en 2022 paraît atteignable. Que cachent ces chiffres ?

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Parmi les grandes variables économiques (croissance, pouvoir d'achat, dette, pression fiscale) le nombre de chômeurs est incontestablement un élément-clef.

Depuis que la France est confrontée à un chômage de masse – soit depuis plus de 30 ans – le chiffre du chômage est de la dynamite pour le ministre du Travail. Tout autant que pour Matignon et le locataire de l'Élysée.

Nous avons tous en mémoire la phrase autant péremptoire qu'hâtive de François Mitterrand : "En matière de chômage, on a tout essayé". Tout ? sauf redonner l'appétence pour le travail aux citoyens de France. L'économiste Jacques Lesourne avait écrit, dans " Les mille sentiers de l'avenir " que les revendications du type réductions du temps de travail finiraient par se payer cher. Pour être clair, parmi les chômeurs, il y a des femmes et des hommes qui vivent une épreuve parfois intenable mais il y a aussi des personnes qui calculent vite et bien et voient qu'ils n'ont pas toujours intérêt à reprendre un emploi. Donc il y a des larmes mais aussi des filous !

Ainsi, bien des entrepreneurs sont obligés, en 2020, de dresser le constat des difficultés de recrutement qu'ils rencontrent. Les Chambres de commerce et d'industrie, les Agences de développement local et Pôle Emploi sont dans l'obligation de valider un chiffre très significatif. Près de 400.000 offres d'emplois restent non fournies dans un pays qui compte plus de 3 millions de chômeurs pour la seule catégorie A. 

L'euphorie de la semaine passée qui a vu nombre d'acteurs politiques et certains commentateurs se réjouir de la baisse du chômage doit être largement tamisée pour qui se trouve être épris de vérité ou tout simplement de lucidité.

Oui, le sous-emploi a baissé mais la durée moyenne de présence au chômage a augmenté depuis l'élection présidentielle ( 323 jours ). Oui, pour la catégorie A " çà va mieux " mais pas pour les autres. Enfin, fait hautement troublant, du temps de François Hollande, la plupart des auteurs et autres experts évoquaient la notion cruciale de " halo " du chômage. De manière récente, ce concept validé par l'INSEE a disparu de 95% des analyses ce qui – je le reconnais ici – m'intrigue, pour ne pas dire plus.

Reprenons donc le fil des évènements concernant le chômage de 2019.

Le dernier des députés LAREM s'égosille tout autant que le sénateur de Côte d'Or François Patriat car "le chômage recule". Cette affirmation sonore ne se focalise que sur la catégorie A : moins 1,7% au quatrième trimestre 2019 soit – 3,3% sur un an en France incluant l'Outre-mer mais hors Mayotte. On parvient ainsi à une baisse totale, pour 2019, d'un peu plus de 120.000 emplois ( – 120.700 pour être précis )  et on oublie – habileté politique oblige – de traiter la question de la catégorie B (travail partiel à hauteur de moins de 78 heures par mois ) et les personnes en formation (catégorie D).

Si l'on considère toutes les catégories ce qui représentent plus de 6 millions de personnes, la baisse affichée médiatiquement de – 3,3% ( catégorie A ) est ramenée à  - 2,9%.
A ce stade, un coup de tonnerre survient. En effet, il faut noter que la population active totale de la France a baissé de 120.000 personnes l'an dernier ce qui – hasard des chiffres – correspond à la baisse claironnée du chômage. Vous voyez : la lucidité est ravageuse pour la pseudo-communication gouvernementale.

Autrement dit, nous serions en face d'un succès pour certains qui se résume à une baisse de 10.000 emplois par mois donc 2.500 personnes par semaine soit 25 personnes par département. A ce rythme de tortillard, il faudra plus de 4 ans pour parvenir à la promesse présidentielle de contenir le sous-emploi à 7% de la population active.

Heureusement que ce "cher" (dispendieux) Jean-Paul Delevoye est éloigné des micros car, friand des besoins d'immigration, il aurait été capable de nous faire remarquer que la baisse du chômage est quasiment égale à la hausse du nombre de demandeurs d'asile que la France a connue en 2019.

Certains prudes économistes refusent de comparer tel ou tel chiffre, on peut toutefois considérer que des immigrés de bonne foi viennent chercher du travail dans notre pays et qu'ils existent donc dans les statistiques.

Je ne reprendrais pas à mon compte le slogan jauni de Jean-Marie Le Pen ("Trois millions de chômeurs c'est trois millions d'immigrés en trop" ) mais en revanche, j'observe que les statistiques allemandes retracent bel et bien l'impact de la vague migratoire récente suite aux drames survenus en Syrie.

Il y a ici une vérité délicate à énoncer et difficile à quantifier mais le déni de certains donnent la nausée. En matière de chômage, le travail souterrain est un cousin de cheminement. Tout le monde le sait. Les élus de la majorité sont dans le déni et seul le député Modem du Loiret, Richard Ramos, ose tenir un verbe haut à ce sujet. Un îlot de vérité dans un océan de flagorneurs qui rêvent que la ministre Pénicaud leur offre un café, voire plus. On se souvient de la savoureuse phrase de l'ancien maire de Lyon, Édouard Herriot, qui avait dressé une comparaison entre le fumet de l'andouillette et certains aspects de la vie politique…

De manière plus essentielle, je reviens sur le "halo" du chômage qui est un concept détecté par les statisticiens de l'INSEE. "La définition et la mesure du chômage est complexe et extrêmement sensible aux critères retenus. …/… Certaines personnes souhaitent travailler mais sont classées comme inactives soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler ( 2 semaines ) soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi. Ces personnes forment ce qu'on appelle un halo autour du chômage". 

Selon des études non partisanes et étayées, le halo représenterait près de 600.000 personnes que l'appareil statistique ne détecte pas. Certains économistes ou d'anciens capitaines d'industrie vont même jusqu'à proposer un chiffrage à hauteur de 750.000 personnes. 

La France serait alors bel et bien traversée par une vague de plus de 9% de chômeurs qui se situe entre un point de départ du quinquennat (9,5%) et l'affichage actuel de 8,4% qui pose question car exclusif du fameux halo.

Récemment, l'exigence de vérité supposait de traiter cette question. Une coalition d'intérêts (que les politologues devraient examiner) a mis le halo sous le boisseau pour mieux parader sur des chiffres, par conséquent, cyniquement lacunaires autant que trompeurs.

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