Cher Gaspard Koenig, non un défaut des dettes européennes n’est pas une solution | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
L’Etat Français représente 57 % du PIB.
L’Etat Français représente 57 % du PIB.
©Reuters

Les libéraux parlent aux libéraux

Cher Gaspard Koenig, non un défaut des dettes européennes n’est pas une solution

Réponses à une interview de Gaspard Koenig, pour qui "le cas grec a montré que la restructuration est tout à fait possible en zone euro". Une défense de la restructuration de la dette étonnante pour un libéral.

Charles Gave

Charles Gave

Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il est économiste et financier. Son ouvrage L’Etat est mort, vive l’état  (éditions François Bourin, 2009) prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal Research et de Gavekal Securities, et membre du conseil d’administration de Scor.

 

 

Voir la bio »

Voir l'interview de Gaspard Koenig Faut-il se préparer à organiser un défaut de la dette en Europe ?

Mon cher Gaspard,


J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt votre papier sur la restructuration de la dette publié la semaine passée, qui appelle de ma part un certain nombre de remarques:

La première d’entre elles : vous semblez penser, mais je me trompe peut être, que l’absence de croissance en France serait due à je ne sais quelle contrainte budgétaire. J’aimerai donc vous repréciser qu’en 1996, le service de la dette représentait à peu prés 3 % du PIB.  Or, depuis lors, ce chiffre a baissé de 50 % en termes de PIB, la baisse des taux compensant et au-delà la hausse considérable de la dette.

Depuis bien avant 1996, la croissance de l’Etat a été ininterrompue et la France n’a eu aucune difficulté à financer son déficit.

Les contraintes budgétaires actuelles ne sont pas liées à des difficultés de marché mais à la signature d’un Traité - que personne ne nous a forcé à signer au demeurant.

La deuxième  remarque que je souhaiterais vous faire au sujet de votre article, est que vous semblez impliquer que si l’Etat retrouvait des marges de manœuvres budgétaires, la croissance pourrait, enfin, reprendre, ce qui indique qu’à vos yeux l’Etat serait capable de créer de la croissance.  Que voila une hypothèse hardie pour un Libéral !

L’Etat Français représente déjà 57 % du PIB  et selon bon nombre d’observateurs de par le monde économique, c’est cette hypertrophie étatique qui est à  l’origine de la stagnation économique actuelle. Le but, pour un Libéral, ne me semble pas devoir être de redonner du mou à la laisse du golem, mais de le réformer comme l’ont fait les Suédois depuis 1992, sans briser les liens sociaux, avec le succès que l’on connait..


La troisième est que vous voulez procéder à cette restructuration dans le cadre de l’Euro.

Dans mon livre, paru en  2002  (« Des Lions menés par des Anes »), je soutenais que l’Euro allait nous amener  "à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France et trop d’usines en Allemagne", chaque pays se spécialisant dans le domaine où il avait un avantage comparatif. J’ajoutais que cela allait inéluctablement amener à une crise bancaire et financière gigantesque.

L’explication de ce qui s’est révélé être un pronostic juste est toute simple:

On ne peut maintenir dans un taux de change fixe des pays qui ont des productivités différentes, sauf à organiser des transferts sociaux massifs du pays riche aux pays moins riches. Cela voudrait dire que l’Allemagne devrait transférer à  l’Europe du Sud environ 5 % de son PIB année après année, ce qui est le double de que les alliés avaient demandé comme réparations après la première guerre mondiale, et le double également de ce qu’elle a payé pour l’Allemagne de l’Est.

C’est politiquement impossible.

Le problème de la France est donc très simple: l’Euro a créé un faux cout du capital pour notre pays-trop bas- ce qui favorise l’endettement du secteur public et un faux taux de change-trop haut- qui tue le secteur privé.Et, il en est de même pour toute l’Europe du Sud qui s’est arrêtée de croitre brutalement après l’introduction de l’Euro.

Le problème n’est donc pas de restructurer la dette, ce qui ruinerait tous les épargnants Français, et aurait des conséquences secondaires inimaginables, mais d’en changer la dénomination en retournant aux monnaies nationales.

En effet et contrairement à ce que croit la plupart des observateurs, les dettes Françaises, Italiennes, Espagnoles etc..sont libellées dans la monnaie de l’Etat Souverain Français ,Italien, ou Espagnol aujourd’hui l’Euro, demain le Franc , la Lire ou la Peseta…Retourner aux monnaies nationales équivaudrait à  un transfert de richesse massif des rentiers Français (fonctionnaires, retraités), ce qui serait en fait, mais non pas en Droit une restructuration, vers les entrepreneurs et la croissance repartirait d’elle même, puisque , comme l’a fort bien expliqué Schumpeter, la croissance ne vient que des entrepreneurs à l’origine du processus de la fameuse « création destructrice ».

Et comme le disait le chancelier Schmidt : » Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain »

La France crève parce que la marge brute des sociétés opérant en France est en chute libre et à un plus bas historique.

Restructurer la dette ne changera RIEN à  cet état de fait, vous m’en voyez désolé mais certain. Car oui, posons-nous cette question logique après tout:Qui voudrait investir en France si le cout du travail, le cout du capital, le cout de l’Etat et les impôts sont plus élevés en France qu’en Allemagne?La France a, certes le droit d’avoir 40 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne, mais cela veut dire qu’elle ne peut pas avoir la même monnaie…

Pour me résumer la France l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Slovénie, la Grèce, Chypre…  ne peuvent pas croitre dans le système monétaire actuel et restructurer leurs dettes ne changera rien à ce fait.Ce qui crée la dette, c’est l’absence de croissance causée par l’Euro.La « cause première » de tous nos malheurs c’est  donc ce Frankenstein financier qu’est l’Euro.Travailler sur la dette, c’est donc s’intéresser au verre plutôt qu’a l’alcool à l’origine de la cirhose du foie.

Croyez bien mon cher Gaspard, que je vous écris cette lettre dans l’esprit Socratique qui a toujours été le mien et je suis tout à fait ouvert à discuter plus avant sur ces différents points.La Vérité est inatteignable, mais au moins peut-on s’en rapprocher par le débat.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !