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Un panneau en faveur de l'utilisation du vélo est accroché à la clôture du jardin Raymond VI, à Toulouse, dans le sud de la France, le 1er mai 2020
Un panneau en faveur de l'utilisation du vélo est accroché à la clôture du jardin Raymond VI, à Toulouse, dans le sud de la France, le 1er mai 2020
©REMY GABALDA / AFP

Révolution ?

Changer nos modes de vie ou miser sur le progrès technique ? 5 arguments pour convaincre les 55% de Français qui misent sur la première option qu’ils se trompent 

L’étude sur les Fractures françaises d’Ipsos/Sopra Steria en collaboration avec le Cevipof montre que les Français sont même 82% à souhaiter « que le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques », quitte à « modifier en profondeur leur mode de vie ». Mais le jeu en vaut-il la chandelle ?

Michel de Rougemont

Michel de Rougemont

Michel de Rougemont, Ingénieur chimiste, Dr sc tech, est consultant indépendant. www.mr-int.ch. Par ses activités dans la chimie fine et l’agriculture, il est confronté, sans les craindre, à maints défis liés à la sûreté des gens et l’environnement. Son essai intitulé “Réarmer la raison. De l’écologie raisonnée à la politique raisonnable” est en vente en ligne sur Amazon.
Il a aussi publié un essai critique “Entre hystérie et négligence climatique”. Il anime un blog blog.mr-int.ch, un site sur le climat climate.mr.int.ch et un autre site sur le contrôle biologique en agriculture about-biocontrol.mr-int.ch.

 

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Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury

Docteur en histoire des sciences et technologies, Jean-Paul Oury est consultant et éditeur en chef du site Europeanscientist. com. Il est auteur de La querelle des OGM (PUF, 2006), Manifester des Alter-Libéraux (Michalon, 2007), OGM Moi non plus, (Business Editions, 2009) et Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l'écologisme (VA Editions, 2020).

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Atlantico : Selon la dernière étude Fractures françaises dIpsos/Sopra Steria en collaboration avec le Cevipof, 82% souhaitent « que le gouvernement prenne des mesures rapides et énergiques » contre le réchauffement climatique, quitte à « modifier en profondeur leur mode de vie ». Ils ne sont que 21 % à vouloir davantage miser sur le progrès technique et les innovations scientifiques. Si on prend en compte la réalité des besoins de pans entiers de la population française comme de la population mondiale, aucune adaptation de nos modes de vie ne semble vraiment être en mesure de répondre au défi climatique. Navons-nous pas la capacité technologique dadapter nos habitats et nos systèmes économiques à la perspective d’événements climatiques plus brutaux afin de mieux nous en protéger ?

Jean-Paul Oury et Michel de Rougemont : Ce résultat laisse pantois. Bien que ce ne soit pas étonnant après que chaque inondation de rue ou incendie de forêt est automatiquement attribué au changement climatique par des commentateurs peu scrupuleux et opportunistes. Le narratif de la catastrophe na même plus à être soutenu par une quelconque vérification factuelle. En cela, lannée 2021 est suffisamment atypique (quelle année ne lest pas ?) pour susciter toutes les extrapolations ; le possible ou le peut-être scientifique est alors vite considéré comme certain. Toutefois, il est surprenant qu’après la gestion catastrophique du Covid par les politiques, les Français soient désormais prêts à remettre à ceux-ci le dossier du climat.

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On aimerait tout dabord savoir ce que lon entend par « mesures rapides et énergiques » et ensuite jusqu’à quel point les sondés sont prêts à « modifier en profondeur leur mode de vie ». Tout cela est très vague. Dans la réalité, on a vu ce que cela pouvait donner. Sil sagit par exemple de taxer le diesel, cela a eu pour conséquence de mettre les Gilets Jaunes sur les ronds-points.

Lors de chaque intervention de promoteurs dun « changements de mode de vie », cest la ritournelle de ce qui va mal qui est répétée alors que les contours de ces nouveaux modes ne sont pas décrits. 

Par contre, ce qui est frappant dans sondage cest l’écart entre ces 82% qui sont prêts à sen remettre aux politiques et seulement 21% qui sont prêts à « confier le job » aux ingénieurs. On y voit clairement un résultat du travail de sape de l’écologie politique qui diabolise depuis des années la science prométhéenne sous toutes ses formes et sest échinée à rendre tabou les modifications du vivant, la fission de latome, la diffusion des ondes ou encore lutilisation de la chimie de synthèse. On pourrait ajouter également les vaccins même, si la médecine est un peu à part. On a réussi à ruiner la confiance de lopinion sur tous ces sujets. Laboutissement de cette stratégie peut sobserver en temps réel lors de la primaire écologiste en ce moment avec une Sandrine Rousseau qui déclare préférer les femmes qui jettent des sorts à des hommes qui font des EPR…. Désormais les pseudo-sciences ne sont plus seulement diffuses dans lopinion elles ont leur candidate à l’élection présidentielle et cette dernière ose affirmer leur supériorité à l’égard des solutions technologiques.

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Ce sondage nous indique que nous sommes clairement arrivés à une étape où lopinion échaudée par des années de communication anti-science semble prête à se jeter dans les bras de politiques - dont on sait que certains sont dhorribles démagogues - plutôt que de faire confiance à la science et aux techniques qui en découlent. Cela aurait tendance de donner raison à Aurélien Barrau qui avait affirmé en substance que si nous acceptons sans broncher le confinement pour des raisons de santé publique, il ny a pas de raison de le refuser pour une raison encore plus grande qui serait lurgence environnementale. Rappelons que cest le même personnage, qui avait dit : « J’exécrerais évidemment lavènement dune dictature, mais si on continue à dire que chacun peut faire ce quil veut, on oublie le commun.» et sur son blog  « Exigeons du pouvoir politique quil impose le nécessaire. Cest sa raison d’être, son droit et son devoir. »

Cela rappelle ladage employé par tous les dictateurs « la fin justifie les moyens ». On sattend donc au pire et si en plus on se dit que cest cautionné par un sondage alors on a de quoi être inquiet.

Concernant maintenant le défi climatique dont vous parlez, ladaptation semble en effet être le maitre mot.

Mais avant cela deux remarques préliminaires : tout dabord, il faut se méfier des effets dannonce et ensuite être certain que l’on cerne bien la problématique de ladite adaptation.

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Si on arrive à ce genre de sondage cest bien évidemment parce que depuis des années également le « catastrophisme » est la règle absolue en termes dannonce médiatique. Tout événement météorologique grave est ramené à la thématique du réchauffement climatique avec cette idée en arrière-plan dune culpabilité de la civilisation contemporaine. Or, ce catastrophisme ne résiste pas à une analyse fine et au cas par cas. Cest tout du moins ce que nous démontrent des experts environnementalistes comme Bjorg Lomborg ou Michael Shellenberger, Rougemont dans leurs ouvrages respectifs False Alarm et Apocalypse never et Réarmer la raison.

Par exemple, si on prend les inondations qui ont frappé lEurope pendant l’été, Lomborg rappelle que « La rivière Ahr, où la plupart des morts dues aux inondations allemandes se sont produites, avait un débit spectaculaire le 14 juillet 2021, mais il était inférieur aux débits mortels de 1804 et 1910. La véritable cause de l'augmentation du nombre de décès dus aux inondations fluviales en Allemagne et dans de nombreux autres endroits est que de plus en plus de gens construisent dans les plaines inondables, ne laissant à l'eau nulle part où aller. » Et pourtant, comme on le sait, cela na pas empêché Angela Merkel qui nest pas climatologue de relier cette catastrophe au réchauffement climatique. Lomborg ajoute également « Dans les années 1920, ces catastrophes tuaient en moyenne près d'un demi-million de personnes chaque année.  Le récit actuel sur le climat suggérerait que les catastrophes naturelles sont de plus en plus meurtrières, mais ce n'est pas vrai. Au cours du siècle dernier, le nombre de décès liés au climat (nota bene :  pas au changement climatique) est tombé à moins de 20 000 en moyenne chaque année, même si la population mondiale a quadruplé depuis 1920. » Ce court extrait est explicite par rapport à votre problème : dune part on voit bien quil y a eu des crues significatives par le passé ce qui exclut que la dernière en date soit uniquement liée au climat comme les médias mainstream le laissent entendre, ensuite, on constate que cest labsence dadaptation aux crues qui est la cause principale du nombre élevé de mort. Ne devrait-on pas en conséquence analyser froidement chaque situation et voir ce que lon peut faire ? Dans ce cas, la solution réclamée par les gens nest pas technique mais politique qui serait de réglementer plus sérieusement la construction en zones inondables. 

Que sait-on du bilan humain du dérèglement climatique (catastrophes naturelles, variations de température, montée des eaux, etc.) ? Ces morts peuvent-elles être évitées avec les bons outils techniques de lutte contre le réchauffement climatique mais aussi de lutte contre la précarité ?

Comme mentionné plus haut, une confusion règne entre dégâts constatés et attribution à un « dérèglement climatique », comme sil sagissait dun système qui est à régler par quelques boutons et qui serait mal géré.

En fait, on ne sait rien de ce bilan humain car lattribution est hypothétique. Les conditions de vie sur terre nont cessé de saméliorer et de faire moins de victimes. La taille économique des dégâts a bien sûr augmenté puisque quil y plus de richesses qui sont exposées à déventuelles destructions. C'est ce que l’on appelle l’effet œil de bœuf  (bull’s eye). Les climatologues nous disent que la probabilité pourrait augmenter dune plus haute fréquence et dune plus haute intensité dévénements météorologiques ou de situations précaires pour lagriculture. Ce prudent pourrait scientifique ne doit pas être interprété par un certain immanent.

Dans leur dernier rapport technique, les experts qui passent revue de l’état des connaissances sur le climat (le GIEC) ont souligné pour la première fois que les mesures de combat contre les causes humaines du changement climatique ne manifesteraient pas de résultat mesurables et significatifs avant au moins une vingtaine dannée. Si donc il est souhaitable de décarboner lapprovisionnement énergétique du monde, ce nest pas cela qui protégera les populations exposées aux catastrophes naturelles, que lactivité humaine y contribue ou non.

Cest donc bien de mesures adaptatives dont il y a besoin en priorité. La menace la plus claire est celle de la montée du niveau des mers, ce qui exigera de déménager, de construire différemment ou d’ériger des endiguements comme lont fait les Néerlandais au cours des siècles et particulièrement dans les années cinquante. Linterdiction de construire ou lapplication de normes assurant la sûreté devra concerner beaucoup de zones à risque, tant dans les vallées alpestres que dans les plaines inondables ; cela se fera au grand dam de municipalités plus avides de confirmations électorales que de sûreté.

Il est toujours remarquable que ce sont les gens vivant en des conditions plus précaires qui sont le plus exposés aux menaces de catastrophes naturelles. Diminuer les effets potentiels de cette menace contribuera à alléger cette précarité. En Louisiane, à la suite de l’ouragan Katerina des digues furent construites qui ont bien résisté lors de la récente visite de Ida..   

Il faut aujourdhui bien moins dhectares quil y a 50 ans et a fortiori 200 ans pour nourrir le même nombre de gens. Idem pour l’énergie consommée par point de PIB créé. Ne faudrait-il pas par exemple poursuivre l'optimisation de notre consommation énergétique relativement aux richesses créées ?

Cest la vraie question économique qui est posée, celle de lengagement de ressources au service dun résultat attendu.

Dans les pays riches lefficacité énergétique est en constante amélioration. La chance des pays émergents ou en développement est de pouvoir jouir de ces progrès, sils le désirent et si les rabat-joie catastrophistes ne les empêchent pas dy accéder.

Avec ses méthodes toujours plus productives et plus respectueuses de lenvironnement, lagriculture est en mesure de relever le défi posé par la démographie et lapprovisionnement de mégapoles urbaines. Pour sadapter à des conditions climatiques changeantes, de nouvelles variétés de plante peuvent être développées. Pour cela, la boîte à outil des nouvelles biotechnologies donne des perspectives intéressantes car permettant de mieux cibler les traits à obtenir et de le faire plus rapidement. Lagriculture de précision est sujette à une vraie nouvelle révolution verte et les aides à la croissance des plantes par des microorganismes du sols, tels les mycorhizes, deviennent des techniques de mieux en mieux maitrisées. Un retour à lagriculture vivrière nest pas pour demain, et surtout pas pour lAfrique quun néocolonialisme écolo aimerait figer dans un état préhistorique.

Quels sont les autres arguments qui devraient nous pousser à choisir le progrès technique plutôt que le changement brutal de mode de vie ?

Les changements brutaux de mode de vie nexistent quen fantasme ou par des révolutions ; même si lhistoire ne se répète jamais, ce ne sont pas de bons augures car cela finit en terreur ou en soviétisme, ce qui est pareil au même.

Il nest pas dit que les sondés acceptant un changement de mode de vie pour une protection des affres climatiques soient disposés à des changements brutaux, ni même à des changements nécessitant des efforts ou impliquant des contraintes corporelles ou financières.  Le monde autrement est toujours plus attractif, comme lherbe du voisin est plus verte ; la réalité est autre. Pour en être certain, il faudrait chiffrer ces questions et commencer à leur demander combien ils seraient prêts à mettre de leurs poches pour régler le problème.  On pourrait également sonder les gens sur les mesures que proposent certains écologistes radicaux : seriez-vous prêts d’arrêter de procréer ? Jusqu’à quel âge doit-on soigner les personnes âgées ? On mesurerait alors vraiment si les citoyens préfèrent le changement de leur mode de vie au progrès technique.

Ajoutons que confier le problème aux politiques ne garantit en rien que les mesures prises soient meilleures pour l’environnement ou permettent de lutter contre le réchauffement climatique : l’exemple de la fermeture de Fessenheim est criant. Ce sont les politiques qui ont anéanti cette centrale nucléaire alors que qu’aucun CO2 n’est émis par ce mode de production électrique. Ce sont aussi les politiques qui, en Allemagne par exemple et en France maintenant, ont fait le choix de l’éolien, une solution qui sur le papier semble cocher toutes les cases du made in Nature, mais en réalité détruit la faune, le paysage et nécessite le recours à des centrales au gaz ou au charbon… Par contre, le citoyen commence déjà à percevoir la mesure drastique qu'il pouvait attendre : sa facture d’électricité flambe. Sans aucun doute cet incendie peut être rattaché au traitement du changement climatique par les thuriféraires scientifiques !

Lavantage du progrès technique est d’être mesurable, et corrigible sil est pratiqué avec raison, ce qui exige aussi du courage. Il na pas besoin darguments pour être constaté. Le désavantage du progrès non technique est de ne pas exister. La promotion de lantiscience ou de lalter-quelque chose nest en fait aucune proposition ; cest si ridicule que, par égard pour ceux qui radotent ainsi, il est peu séant den rire ouvertement. Cest pourtant la seule réponse adaptée à ce narratif dillusions.

Il faut que les scientifiques et les ingénieurs communiquent davantage et mieux pour montrer que ce sont eux qui disposent des meilleures solutions pour faire face à ces problématiques et que leurs solutions ne sont pas opposées à la gestion de l’environnement (voir à ce sujet notre ouvrage « Greta a tué Einstein »). C’est le cas par exemple de la smart agriculture qui permet d’avoir des rendements agricoles de l’agriculture intensive toute en optimisant l’usage des intrants par le biais de solutions technologiques.

La civilisation prométhéenne a encore plus d’un tour dans son sac. Il faut que l’opinion continue de lui faire confiance plutôt que de remettre son avenir à des politiques qui voudront édicter de nouvelles normes en s’appuyant sur des modélisations qui n’ont que le but de décrire le pire… La vraie question est celle d’aspirer à la plus grande liberté ou de se soumettre à ceux qui prétendent au savoir en s’appuyant sur un impossible slogan « Science is settled. »

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