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Changer de Premier ministre… ou supprimer la toute puissance du Président de la République ?
©YOAN VALAT / POOL / AFP

Remaniement

Changer de Premier ministre… ou supprimer la toute puissance du Président de la République ?

Alors que le départ d'Edouard Philippe est évoqué dans de nombreux médias à l'issue du second tour des municipales dans le cadre d'un nouveau remaniement, Michel Fize s'interroge sur les deux personnalités de l'exécutif (le Premier ministre et le Président de la République).

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Partira, partira pas ? La question du départ de Matignon d’Edouard Philippe est posée. Avant d’entrer dans le vif du sujet, examinons la situation politique du moment. Après le retrait de vingt députés, dix du groupe LREM et dix non-inscrits, le mouvement du Président a perdu sa majorité absolue à l’Assemblée. C’est un point négatif pour Emmanuel Macron, même s’il peut compter sur le soutien des quarante-six députés Modem de François Bayrou. Un deuxième point négatif est la popularité du Premier ministre. Au dernier sondage ELABE, celui-ci vient de gagner 2 points, à 46 %, quand le Président en perdait 3, à 39 %. Les Français, à l’évidence, pour la gestion de l’épidémie de coronavirus, préfère le discours d’Edouard Philippe à celui d’Emmanuel Macron. Plus clair, plus construit, plus rassurant sans doute.

Edouard Philippe, dans l’esprit du Président, est certainement, dans les circonstances actuelles, utile au pays, donc à lui. Il est aussi sa caution de droite. Peut-il se l’aliéner aujourd’hui ? Probablement pas, ce qui pencherait en faveur de son maintien à l’Hôtel Matignon, au moins encore quelque temps. Et puis, Emmanuel Macron est fort démuni sur sa gauche, écolo ou pas. Peut-il, de ce fait, vraiment espérer des ralliements significatifs à sa personne ? Mais, sans aucun doute, il a besoin, pour l’Acte 2 de son quinquennat, de perspectives de gauche. 

Donc remplacer Edouard Philippe, mais par qui ? Un « progressiste de gauche ». C’est une piste. Mais d’autres options sont possibles. Il y a des prétendants comme Gérald Darmanin qui se morfond au Budget. Un écologiste, comme Yannick Jadot par exemple, après l’échec de Nicolas Hulot, paraît au contraire assez improbable. Pourquoi pas François Bayrou qui peut désormais peser à l’Assemblée nationale ? Une chose est sûre, il n’est pas simple de remplacer Edouard Philippe d’autant que, pour nombre de députés de la majorité, il n’a pas démérité.

Prenons à présent un peu de recul par rapport à l’évènement à venir (ou pas). En régime de quinquennat, aucun « duo » à la tête de l’Etat ne peut fonctionner. La présidence Sarkozy est l’exception qui confirme la règle, parce que François Fillon accepta, par intérêt politique, son rôle de « collaborateur » du Président. L’introduction du quinquennat en 2002 (avec 70 % d’abstentions lors du vote) a été une véritable faute politique parce que la réforme ne s’est accompagnée d’aucun autre changement institutionnel, qui était cependant nécessaire. Il eut fallu réfléchir sur le bien-fondé de maintenir le bicéphalisme de l’Exécutif. Il y avait désormais un homme de trop. En effet, le quinquennat pousse naturellement le Président à descendre dans l’arène politique, à vouloir s’occuper du quotidien, et même du « détail » pour reprendre une expression récente d’Emmanuel Macron. Or, comme le Premier ministre, par définition, est dans ce même quotidien, qu’il conduit les affaires « courantes » du pays, le « marchage des pieds » est fatal. Sauf à bien définir qui fait quoi, à délimiter strictement les périmètres respectifs d’action. Mais cette tâche semble bien délicate. Sans compter les caractères du président de la République et du Premier ministre qui peuvent souvent différer, voire se montrer incompatibles.

Si l’on inclut à présent dans notre analyse les périodes de septennat, l’on sait combien les cohabitations au sein de l’Exécutif furent compliquées. Citons quelques exemples : Pompidou-Chaban Delmas, Giscard d’Estaing-Chirac, Mitterrand-Rocard, Hollande-Valls.

Si l’entente Macron-Philippe semble en revanche avoir bien fonctionné jusqu’au début de la crise sanitaire, elle s’est manifestement détériorée aujourd’hui – malgré les démentis (souvent gênés) des deux hommes.

La solution à l’imbroglio du quinquennat est connue : couper l’une des deux têtes de l’Exécutif. Beaucoup penchent pour sacrifier celle du Premier ministre. Permettez-moi ici d’exprimer un avis personnel contraire – sur lequel je me suis souvent exprimé -, c’est la tête d’un Président « tout-puissant » qu’il faut supprimer. Il en va d’une démocratie bien comprise. La France de 2020 a besoin d’un authentique régime parlementaire et citoyen combinant démocratie représentative et démocratie directe.

Michel Fize a publié Une insurrection populaire au destin encore incertain (Ed. Amazon, 2019)

 

 

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