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Le débat politique français semble de plus en plus parasité par les corps intermédiaires et les personnalités peu représentatives qui s'approprient certaines questions de société
Le débat politique français semble de plus en plus parasité par les corps intermédiaires et les personnalités peu représentatives qui s'approprient certaines questions de société
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CGT, Duflot, associations communautaires et cie : le débat politique français pollué par des orateurs à l’influence déconnectée de leur poids sociologique réel

Syndicats coupés de la réalité de leurs salariés, associations aux revendications communautaires, ministre du Logement moralisatrice... Le débat politique français semble de plus en plus parasité par les corps intermédiaires et les personnalités peu représentatives qui s'approprient certaines questions de société.

Philippe Braud

Philippe Braud

Philippe Braud est un politologue français, spécialiste de sociologie politique. Il est Visiting Professor à l'Université de Princeton et professeur émérite à Sciences-Po Paris.

Il est notamment l'auteur de Petit traité des émotions, sentiments et passions politiques, (Armand Colin, 2007) et du Dictionnaire de de Gaulle (Le grand livre du mois, 2006).

 

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Atlantico : Des syndicats partis en guerre contre les employés de Sephora à Cécile Duflot qui envenime le débat sur les Roms, en passant par Christiane Taubira icône médiatique décriée par une partie de l'opinion, on a parfois le sentiment que le débat politique et économique est aujourd'hui monopolisé par des corps intermédiaires et des personnalités peu représentatives. Qui sont ces corps intermédiaires et qui représentent-ils vraiment ? Quel est leur poids politique et sociologique ?

Philippe Braud : Dans la vie politique, la représentativité est un capital indispensable pour se faire écouter dans le brouhaha des prises de parole tous azimuts. Mais ce capital est fluide. Certes une position institutionnelle de premier plan comme ministre régalien ou leader d’un grand parti d’opposition, a fortiori Premier ministre ou chef de l’Etat, est toujours un atout décisif mais on peut fort bien avoir fait un très bon score électoral et se retrouver marginalisé ou sans voix. A l’inverse, des outsiders réussissent à se hisser sur le podium des leaders d’opinion à partir d’une base électorale très mince. Ce fut un temps le destin de Besancenot. C’est aujourd’hui le statut de François Bayrou qui a cumulé les échecs électoraux mais reste très visible sur la scène politique. Aujourd’hui encore, Christiane Taubira, Cécile Duflot et quelques autres… Pourquoi ces statuts apparemment erratiques ? Pour une raison très simple. Un individu devient représentatif, fut-ce pour un temps éphémère, lorsque son nom en vient à être médiatiquement associé à un problème (ou une solution) à forte résonance dans l’opinion publique. Cette association étroite a pu s’établir parce que la Cause en question a été négligée par des leaders mieux installés au centre du débat politique, ou encore parce qu’ils ont su réagir avec le degré optimum de provocation, nécessaire pour attirer l’attention publique. Par exemple, Cécile Duflot vient de se hausser considérablement sur l’échelle de représentativité en se présentant en vestale du « pacte républicain » à propos d’une polémique empoisonnée relative au traitement des Roms. De même Christiane Taubira, grâce au mélange de trois ingrédients : son statut de ministre de la Justice, sa rhétorique flamboyante et son projet de réforme qui l’oppose frontalement à son collègue de l’Intérieur.

Leur influence est-elle disproportionnée au regard de leur poids électoral et sociologique ? Ce "décalage" est-il une exception française ?

Le poids électoral n’est qu’un élément parmi d’autres de la représentativité. Dire qu’une représentativité est « disproportionnée » renvoie à une vision trop étroite des critères qui l’établissent. De deux choses l’une : ou bien elle existe parce qu’elle soulève un puissant écho dans l’opinion publique, ou bien elle n’existe pas parce que le verbe ou l’action de la personnalité en question sombrent dans une relative indifférence.

Cette situation existe dans toutes les démocraties où la caisse de résonance des médias joue un rôle majeur.

De manière provocatrice, peut-on dire que le débat démocratique est parasité par ces faux leaders d'opinion ? Ces dernier n'ont-ils pas malgré tout un rôle important ?

Des remarques précédentes, il découle qu’à mes yeux il n’y a pas de faux leaders d’opinion. Le seul bémol que j’introduirais sur ce constat est le fait que certaines formes de représentativité sont on ne peut plus volatiles tandis que d’autres sont durablement installées sur la scène politique. Et cela, à cause d’un statut institutionnel prééminent, d’une popularité persistante dans les sondages, ou encore, mais cela ne suffit pas, à cause de performances électorales passées au plus haut niveau de la compétition politique (présidentielles).

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