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Cette étrange complaisance des mondes universitaire et de la culture pour les radicalités (enfin quand elles viennent de la gauche)
©Reuters

Deux poids deux mesures

Cette étrange complaisance des mondes universitaire et de la culture pour les radicalités (enfin quand elles viennent de la gauche)

Mercredi 22 novembre, lors de l'émission 24h David Pujadas, une universitaire, Maboula Soumahoro, a défendu en direct la légitimité d'une liste raciste et antisémite.

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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Mercredi 22 novembre, lors de l'émission 24h David Pujadas, une universitaire, Maboula Soumahoro, a défendu en direct la légitimité d'une liste raciste et antisémite. Aucune réaction du rectorat ou d'une quelconque autorité n'a été notée. Alors qu'il est fréquent d'assister à une chasse à l'homme de droite, surtout en sciences humaines à l'université tout comme dans certaines maisons d'édition prestigieuses, ne peut-on pas en conclure que tout propos est tolérable pour ce milieu pourvu qu'il soit de gauche ?

 
Roland Hureaux : Ce n’est pas seulement parce que Mme Soumahoro est de gauche qu’elle a pu se permettre de  tenir des propos aussi monstrueux que de suggérer que les habitants   de Sarcelles, à majorité noire, devaient en chasser une municipalité selon elle à majorité juive, c’est d’abord parce qu’elle  est femme et noire. Mais le fait de parler depuis la gauche n’est neutre : alors que le positionnement de cette personne   est en gros analogue à celui de Dieudonné, il suscite moins de critiques ; il est vrai qu’elle n’a pas le talent de ce dernier et apparait donc moins dangereuse.
Ceci dit, je serais choqué qu’une autorité académique s’avise de contrôler ce que peut faire et dire    un professeur en dehors de l’Université et même dedans.   Que cela se fasse pour des professeurs de droite ou pour ceux qui, sans être de droite, soutiennent des thèses qui déplaisent à la gauche, c’est déjà choquant. Je pense par exemple aux procès en sorcellerie auxquels a été confronté de la part de ses collègues un Sylvain Gouguenheim quand il s’est avisé de dire que les Européens n’avaient pas eu besoin de passer par les Arabes pour avoir accès à Aristote.  Mais ce le serait autant si on devait agir de même à l’égard d’une thèse venue de la gauche.  La liberté  universitaire ne se divise pas. 
 
Il est tout  aussi choquant que la chasse aux hommes de droite se passe  dans de grandes maisons d’édition dans la mesure où il y a quelques années, l’édition était encore un milieu qui échappait aux contraintes du politiquement correct, ce qui ne semble plus être  le cas aujourd’hui. Encore un  recul des libertés. 
 

Ne faut-il pas y voir une faille du modèle universitaire qui est fondé princiaplement sur un modèl de préemption, l'élève le plus "fidèle" prenant la place de son maître, en dehors de tout jugement sur la qualité du travail ou sur la diversité des opinion dispensées ?

L’Université n’est pas le seul secteur où  l‘accès aux grands  postes se fait par parrainage. Aux premiers échelons des carrières, le  système des concours  évite en partie les discriminations idéologiques. Mais au niveau le plus élevé, ce sont les parrainages qui font la plupart du temps les carrières, et cela a en effet   accru  l’uniformité idéologique.
Cependant n’imaginez pas que la situation soit meilleure à l’étranger. Aux Etats-Unis, si vous êtes républicain et catholique et donc supposé pro-life, vous n‘avez pratiquement  plus accès à  une chaire  universitaire. Le système des concours, assorti du statut de la fonction publique, pourtant très critiqué, assure en France un minimum de protection vis-à-vis des  professeurs  de droite dans un milieu de gauche -  je ne parle pas du cas inverse car il n’existe pratiquement plus.
 
D’ailleurs Mme Soumahoro a reçu une partie de sa formation dans une université américaine et  la  manière dont elle raisonne et assez typique de ce qui se passe aux Etats-Unis. 
Quant à imaginer un  lieu de débat ouvert à toutes les opinions, hélas, il ne faut pas rêver : l’idéologie a envahi le débat public et elle rend toujours  intolérant. C’est un des drames  de notre époque. 
Dans un domaine que je connais bien, comme l’histoire, je regrette aussi  que les chaires   ne soient pas réservées, comme autrefois,  à ceux qui ont fait une thèse d’Etat, ce qui assurait une certaine promotion des  meilleurs hors de tout  critère politique, en même temps qu’une stimulation de la recherche.  
 

Ne faut-il pas y voir aussi la raison d'un discrédit permanent jeté sur ces institutions culturelles, systématiquement opposées à toute forme de débat intellectuel et donc tournant souvent à vide ?

L’idéologie dont je vous parlais corrompt tout, y compris les  institutions les plus respectables. Et entraine naturellement, leur discrédit : la presse  n’est pas exempte de ce phénomène. 
Qu’est-ce que l’idéologie ? C’est  la promotion d’idées  fausses, généralement fausses  parce que  trop simplistes, et supposées  faire faire de progrès à l’humanité (exemple : « l’histoire du monde est l’histoire de la lutte des classes » « il faut supprimer la propriété privée  ou les frontières). Ceux qui s’accrochent à telle ou telle idéologie savent, selon moi, qu’au fond ils ont tort mais comme les enfants qui mentent, ils n’en deviennent que plus véhéments,  plus intolérants à ceux qui les contestent. Et c’est un cercle  vicieux : plus ces idées   démontrent leur fausseté : l’économie   soviétique hier, l’Europe supranationale ou la pédagogie pseudo-scientifique  aujourd’hui, plus ceux qui s‘y accrochent  deviennent intolérants et   bloquent  le débat  - et plus ils proposent  comme solution, d’aller encore plus loin.  Je vous mets au défi par exemple de  trouver  un partisan  de l’euro ou de la théorie du genre qui puisse s’expliquer calmement  avec un contradicteur, en échangeant des arguments raisonnés. Alors que quelqu’un qui soutient une thèse sans caractère   idéologique ce qui veut dire   ni simpliste, ni systématique,  ni censée  apporter un progrès décisif à l‘humanité, pourra discuter librement et dans un climat de tolérance. C’est hélas de plus en plus rare. 
 

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