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Ces surprenants bienfaits de l’anxiété
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Quoi ? Moi, nerveux ? Nan!

Ces surprenants bienfaits de l’anxiété

L'anxiété peut être vécue comme un aspect positif de la personnalité des individus. Elle peut les aider à devenir meilleurs dans leur vie personnelle. Les gens qui font preuve d'anxiété parviennent à se projeter dans des éventuelles difficultés pour anticiper les solutions.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Simon Wolfe Taylor, un chercheur à l'Université de Columbia part du principe que l'anxiété n'est pas un sentiment nécessairement négatif. En quoi éprouver de l'anxiété peut être vécu comme quelque chose de positif ? 

Pascal Neveu Je pense qu’il faut en premier lieu différencier l’anxiété de l’angoisse, et donc les définir précisément. L’anxiété est une réaction psychologique et physiologique face à une situation stressante. C’est une réaction normale liée à des ressentis, des sentiments de peur et de crainte, face à une situation, un événement inévitable, non maîtrisé, non contrôlé, que l’on ne peut pas fuir ou éviter, auquel il faut faire face, se confronter.

Il est très proche de l’état de stress décrit par Hans Selye dans les années 40 qui précise, après ses études auprès des animaux, que l’être humain peut être victime d’un syndrome général d’adaptation. Plus précisément, tout changement brutal d’une habitude peut entraîner chez un individu des perturbations psychologiques et physiologiques.

Les études ultérieures démontrent que l’organisme (dans sa globalité psychocorporelle) est capable de supporter ces variations via le système endocrinologico-immunologico-neuronal. En gros, l’adaptation est possible face à toute situation mais après un état de choc.

L’angoisse, en revanche, est un état de mal-être profond qui plonge celle ou celui qui y est confronté à un ressenti violent et profond d’oppression, de mort imminente, inévitable. Le symptôme anxieux devient un alors un syndrome à la fois psychologique et philosophico-existentiel. Il prend la forme d’un trouble de l’anxiété généralisée avec un ensemble de symptômes décrits dans le manuel de diagnostic psychiatrique de l’OMS (DSM-IV) : palpitations, battements de cœur, transpiration, tremblements, impression d'étouffement, sensation d'étranglement, douleur, gêne thoracique, nausée ou gêne abdominale, sensation de vertige ou d'évanouissement, déréalisation (sentiment d'irréalité) ou dépersonnalisation (être détaché de soi), peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou, peur de mourir, sensations d'engourdissement, frissons ou bouffées de chaleur, fatigue, pleurs.

De cet état découle un versant psychopathologique qui distingue les névroses d’angoisses, mais également les psychoses, les troubles phobiques, organisations états-limites… L’anxieux n’est pas un malade mental ! L’anxieux est un être qui doit faire l’apprentissage d’une situation nouvelle qu’il ne contrôle pas encore. Et il en crée quelque chose de nouveau pour son Moi, pour sa vie.

De de point de vue, en quoi les gens étant anxieux peuvent être de meilleures personnes dans leur vie quotidienne ? 

Je ne sais s’ils peuvent être meilleurs, mais ils peuvent être plus « performants ».

Partons de l’exemple des élèves et étudiants qui, en ce moment, passent examens et concours. Quelle anxiété pour eux et leurs familles et proches ?

Mais l’anxiété principale est celle à laquelle la personne concernée est confrontée. Et là, le cerveau, dans tout ce qu’il comporte de conscient et inconscient, va tout créer. Rappelons-nous untel nous disant « Je ne me rappelle pas ce que j’ai écrit », l’autre « j’ai tout foiré ! »… c’est déjà après coup l’épreuve… alors qu’ils seront les majors et que nous les avons tous maudit !

Mais avant l’épreuve… les études sur les rêves menées par le Pr Arnulf (Pitié-Salpétrière-Paris) montrent que celles et ceux qui ont relaté les pires cauchemars concernant leurs épreuves, sont celles et ceux qui ont le mieux réussi ! Autrement dit, c’est comme si l’anxiété avait été gérée par le cerveau, en anticipant et en gérant tous les paramètres d’anxiété (savoir, lieu, sujet…). Notre cerveau, notre psychisme sont capables de travailler une situation, d’autant plus que nous la ressentons anxieuse.

Justement prenons deux autres exemples.

- Une personne très anxieuse qui a organisée et choisie sa vie personnelle et professionnelle à travers un cadre qu’elle sait gérer. Pas de place à l’imprévu.

Son anxiété intérieure l’amène justement à privilégier des environnements qu’elle sait contrôler, ce qui lui permet d’oublier, d’occulter les autres formes d’anxiétés.

En fait, quand l’anxiété se conjugue à l’obsession mais finalement aboutit à un compromis psychique.

Cette personne, fortement angoissée, crée son environnement angoissant qu’elle sait gérer, par peur d’être confrontée à une situation incontrôlée.

 - Une autre personne, mère de famille, confrontée au nouveau-né… Les cris, les pleurs, les nuits… les angoisses et anxiétés… et finalement souhaite créer un mode de communication normal…

Le lien « naturel » se crée quand l’anxiété est dépassée, et quand on se fait confiance. Car l’anxiété nous relie à la peur de mal faire, de ne pas bien réagir, d’être dans un état de non-survie immédiat. « Que dois-je faire là ? » Nous portons cette capacité d’adaptation.

Quelle est la limite avec l'aspect négatif de cet état d'esprit ? A partir de quand l'anxiété doit être surveillée et traitée ? 

L’anxiété est positive. L’angoisse est négative et pathogène.

Dans son article Simon Wolfe Taylor me semble confondre anxiété et angoisse car il évoque et décrit davantage l’anxiété existentielle propre à Kierkegaard. Sans doute la différence d’approche des troubles psychiques peut l’expliquer, mais je pense surtout que notre vocabulaire accroît cette distinction entre anxiété et angoisse. Kierkegaard pose les fondamentaux de l’existentialisme, et notamment son ouvrage « Le concept de l’angoisse », œuvre aussi négative que l’auteur.

C’est, à mon sens, là, que se situent les différences. De gérer l’anxiété qui n’est pas angoisse, afin de se découvrir soi-même et retrouver l’estime de soi. Ou de découvrir que l’anxiété est une angoisse existentielle qui nécessite un travail identitaire profond auprès d’un thérapeute. La grande facilité est l’usage de la médication. Bien évidemment utile dans les cas d’angoisse. Mais sans anxiété… que seraient devenus nos artistes, nos acteurs, nos créateurs, chanteurs… ?

Le panel des anxiétés est tellement vaste qu’il ne nécessite une prise en charge et un traitement (souvent coupant la créativité) que lorsque nous avons basculé dans une angoisse de vie, de mort du patient. L’anxiété est capable de « surstimuler » notre propension de vie, et donc créer. Elle nous est une petite voix de dépassement de nous même… car elle nous renvoie à l’opposer de notre crainte: ce que nous sommes sommes, ce dont nous sommes capables.  Les extrêmes peuvent se rassembler afin de trouver le centre de l’union.

 

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