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Ce que le sondage d'Atlantico sur l’Europe veut dire et, surtout, ce qu'il ne dit pas
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Les yeux ouverts

Ce que le sondage d'Atlantico sur l’Europe veut dire et, surtout, ce qu'il ne dit pas

L’Europe n'a apparemment pas la côte. Mais il faut y regarder de plus près.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Une majorité de Français – 59% - se prononcent donc pour une restriction de l'immigration européenne. Certains commentateurs choqués sonnent le tocsin : alerte ! D'autres abasourdis sonnent le glas pour l’Europe : de profundis ! D'autres enfin se réjouissent et font carillonner d’allégresse toutes les cloches dont ils disposent : alleluiah !

>>>>>>>>>> Lire le sondage : 59 % des Français favorables à une restriction des conditions de circulation et d’installation des Européens dans le cadre des accords de Schengen

>>>>>>>>> A lire : Le camouflet anti-Europe : et maintenant les Français veulent refermer les frontières aux autres citoyens de l'Union... à qui la faute ?

Un sondage c'est souvent comme un train : il peut en cacher un autre. Celui-ci en revanche ne cache rien. Il donne un chiffre : 59%. Mais c'est ce chiffre qui cache quelque chose. Les sondés étaient interrogés sur l'immigration européenne. Et il aurait fallu écrire « européenne » en lettres majuscules : EUROPÉENNE ! Les sondés, et on les comprend n'ont vu que le mot « immigration ». Et celle-ci , et pas qu'en France, fait peur.

Peut-on croire que les Français ne veulent pas des plombiers polonais (vous en trouvez facilement vous des plombiers ? Et à quel prix) ? Pense-t-on que les Français rejettent les médecins tchèques, bulgares ou hongrois dans nos hôpitaux (il y en a déjà beaucoup et ils soignent aussi bien que les nôtres) ? Imagine-t-on que les Français soient hostiles aux Britanniques et aux Hollandais qui s'installent dans le Périgord ou dans le Gard ? Alors oui, il y a les Roms. On en parle beaucoup – et ils font parler d'eux pas nécessairement en bien. Et à force d'en parler on les multiplie comme Jésus faisait avec les pains.

Tout cela n'est pas très sérieux ni très grave. L'immigration européenne est non seulement utile sur le plan culturel mais aussi souhaitable pour des raisons de rééquilibrage de ce qu'on appelle la diversité. Reste que la plupart des immigrés travailleurs, diplômés, instruits en provenance d’Europe ne choisissent pas la France. Notre pays leur paraît étriqué, morose et déprimé. Ils préfèrent des horizons lointains où ils trouvent plus de vitalité : le Québec, les États-Unis, l'Australie... Mais là il s'agit d'un problème franco-français qui n'est pas prêt d’être réglé.

Les résultats de la votation suisse se prononçant contre l’immigration européenne ont bien sûr influencés ceux du sondage. Assez bêtement – comme souvent – le gouvernement français a donné de la voix pour dénoncer la xénophobie des Helvètes. Il a perdu une occasion de se taire. Car là-bas aussi les choses sont plus complexes que les apparences immédiates. Comme dans le sondage d'Atlantico, les Suisses ont vu en très gros le mot « immigration » et en trop petit le mot « européenne ».

Quiconque connaît un peu la Confédération helvétique – c'est mon cas – sait que ce pays est le plus sûr du monde. La délinquance y est faible et la criminalité violente plutôt marginale. Ce qui fait que dès que l'une et l'autre se manifestent (et elles ont augmenté ces dernières années) elles sont vécues comme insupportables. La Suisse autorise toutes les statistiques ethniques et religieuses. Elles s'étalent dans les journaux et tout citoyen suisse peut en avoir connaissance. Dans les prisons helvètes, on compte plus de 70% d’étrangers. Pour les homicides, ils sont 58%. Idem pour le trafic de drogue. Et 56% pour les délits sexuels graves. Nombre d'entre eux sont des clandestins ou des demandeurs d'asile.

Les nationalités des délinquants et des criminels sont soigneusement répertoriées. Angolais, Mozambicains, Algériens, Tunisiens, Roumains, Bosniaques, Kosovars. En 2010, les Suisses ont décidé par voie d’initiative populaire (c'est le nom du référendum là-bas) de renvoyer chez eux les délinquants étrangers ayant accompli leur peine. Et aujourd’hui, en bonne logique, ils ont considéré que si on ne les laissait pas entrer, on n'aurait pas à les renvoyer. Bien sûr, ils n'ont pas fait finement dans le détail puisque c'est sur l'immigration européenne qu'ils se sont prononcés. Pas de quoi leur jeter de grosses pierres.

Pour ce qui me concerne, les Suisses sont toujours les bienvenus en France. Et je continuerai à me rendre chez eux plusieurs fois dans l'année sans aucun problème et sans aucun visa. De façon plus générale, il y a une leçon simple à tirer et de leur vote et du sondage d'Atlantico. Quand un ami, un voisin ou un étranger vient vous rendre visite, il semble normal de lui demander d'essuyer ses pieds sur le paillasson qui est devant votre porte. Et il n'est pas scandaleux de lui suggérer quand il repart de laisser votre domicile dans l’état où il l'a trouvé.

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.


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