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©LOIC VENANCE / AFP

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Carte vitale, tests antigéniques ou salivaires, vaccins, isolement : mais pourquoi la classe politique refuse-t-elle d’affranchir la majorité de la population ?

Le confinement ou rien d’autre. Les chefs d’entreprises sont fous furieux. Tout se passe en France comme si la classe dirigeante, politique et scientifique préfèrerait finalement les techniques de confinement à toute autre solution alternative qui préserverait l’activité et la liberté du plus grand nombre.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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« On en revient à préférer enfermer tout le monde, plutôt que de procéder à l’isolement des personnes à risque et des personnes testées positives, qu’elles aient de symptômes ou pas ». Le discours des chefs d’entreprise touche au bon sens. Les personnes symptomatiques resteront isolées assez facilement puisqu’elles sont malades, mais toutes les personnes testées « positif » mais asymptomatiques, ne restent pas à l’isolement d’elles-mêmes. Elles se sentent libres de travailler ou de circuler alors qu’elles sont porteuses du virus et qu’elles sont contaminantes. Elles sont donc dangereuses.

Tout se passe en France un peu comme si la majorité politique, la haute administration et la majorité des infectiologues, et plus largement, le corps médical freinaient systématiquement la mise en place de tous les outils capables de ralentir la circulation du virus... Tout se passe comme s’il n’y avait pas d’autres solutions que le confinement total de l‘ensemble de la population.

Ce phénomène qui consiste à ne pas assumer une contamination personnelle est assez incroyable. Cette méfiance, ce reniement, a commencé dès le début de l’épidémie avec comme première consigne de ne pas s’inquiéter. Et pour cause, il ne s’agissait que d’une petite grippette qui ne touche que les seniors, qui reculera avec un Doliprane, qui ne passe pas les frontières, un virus chinois en plus qui ne circule pas. Donc pas besoin de masques. Les masques ne servent à rien. Quant aux tests, mais pour quoi faire, puisque ça passe en 14 jours ? On a connu la même réticence à l’encontre des vaccins, pas sûrs, pas au point... Les médecines naturelles, c’est tellement mieux.

Remarquez, ça tombait bien, on n’avait ni masques, ni tests, ni vaccins. Aujourd’hui, on a enfin réglé les questions d’approvisionnement et de logistique ou presque, mais culturellement le climat n’a guère changé.

En attendant que les traitements soient au point  et que les vaccins permettent d’installer une immunité collective, ce qui demandera sans doute plus d’un an encore, l’opinion publique a du mal à accepter l’idée qu il faudra s’habituer à vivre avec le virus. Sans trop le dire clairement, l’opinion se résigne assez vite à la perspective d’avoir des périodes de confinement total  pour freiner la circulation du virus ou de ses variants. Et quand le président de la République ose imaginer d’autres solutions fondées sur la responsabilité individuelle, la méfiance naturelle alimente le concert de critiques.

Ce qu‘a décidé le président de la République est un premier pas vers une solution de compromis qui permet de laisser le système économique fonctionner à minima tout en espérant contrôler le virus et en se réservant la possibilité de bloquer les freins si, par malheur, les services de santé étaient menacés d’invasion.

C’est une solution de compromis qui risque de ne pas tenir dès les premiers jours de vacances de février.

Ce qui est incompréhensible, ce sont les raisons pour lesquelles le corps social français qui a du mal à supporter le confinement total n’accepte pas plus les mesures qui reviendraient à isoler très précisément les gens testés positifs du reste de la population. C’est ce qui s’est passé en Asie, y compris dans les pays démocratiques comme la Corée du Sud, le Japon, Singapour, le Vietnam, le Cambodge.  

Le seul moyen de différentier les porteurs de virus du reste de la population passe évidemment par le testing de masse, puis, dès qu’on a les cas positifs, la recherche systématique des cas contacts  et enfin de mettre à l‘abri tous ces gens. Soit chez eux, soit dans des hôtels.

Tous les outils techniques et les moyens digitaux existent désormais pour tester massivement la population, pour identifier et tracer les cas porteurs de risques. Tous les moyens existent mais tous ne sont pas applicables, ou sont freinés par l’administration pour des raisons pas très claires.

On teste beaucoup en France, mais on se préoccupe guère de savoir ce que deviennent les cas positifs. On pourrait d’ailleurs permettre à tout le monde de se tester soi-même, ce qui permettrait d’ouvrir les restaurants, les cinémas,  les stades, les musées, de libérer les trains. Ces tests individuels existent mais l’administration rechigne à les laisser en liberté sur le marché.

En attendant le vaccin, il paraît pourtant évident que le restaurateur, le directeur de théâtre, le président d’université ou le chef d’entreprise réclamera  un test, ou même, fera faire un test avant même d’ouvrir sa porte. Le jour où le vaccin sera généralisé, les modalités de vérification seront simplifiées puisqu’on pourra présenter une attestation ou un passeport, comme le demandent déjà les compagnies aériennes. Quant aux cas positifs, ils seront invités à se confiner.

On pourrait même utiliser la carte vitale pour stocker toute l’information médicale. La France est le seul pays au monde à avoir équipé toute sa population de carte vitale dotée d’une puce électronique. Cette carte peut techniquement stocker tout le parcours santé de son porteur, mais l’administration de l’assurance maladie s’y oppose.

Plus grave, le Sénat a présenté une proposition de loi pour mettre en service une carte vitale biométrique. La majorité parlementaire l’a refusée. C’est pourtant le moyen le plus sophistiqué de suivre les patients, et accessoirement de lutter contre la fraude. Selon des enquêtes parlementaires, les cartes vitales en surnombre en circulation seraient de 2,6 millions, ce qui provoquerait une fraude à la Sécurité sociale de plus de 5 milliards d’euros par an. Mais ce chiffre n’a jamais pu être vérifié.

En attendant, nous avons tous les moyens de repérer les cas positifs symptomatiques ou pas, de les suivre et de contrôler le sérieux de leur isolement, peut-être même de les sanctionner pour permettre à  l’immense majorité de la population, salariés et rentiers, étudiants ou commerçants de vivre en liberté et de vaquer à toutes leurs occupations personnelles, professionnelles, sociales... Et qu’on ne vienne pas nous expliquer, via la Cnil ou les juristes férus du principe de précaution, que de tels dispositifs seraient liberticides. Ce qui est liberticide, c’est de laisser le virus circuler.  

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