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Cap 2022 : ce que le gouvernement devrait (vraiment) faire aussi pour espérer réussir à tailler 30 milliards dans les dépenses publiques
©Tumisu / Pixabay

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Cap 2022 : ce que le gouvernement devrait (vraiment) faire aussi pour espérer réussir à tailler 30 milliards dans les dépenses publiques

Selon les informations publiées par les Echos, le gouvernement s’apprêterait à annoncer, sur la base des recommandations du groupe d'experts "Cap 2022", une réduction des dépenses publiques de l'ordre de 30 milliards d'euros bruts, ce qui équivaudrait à une baisse équivalent à 4 points de PIB d'ici à 2022.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Selon les informations publiées par les Echos, le gouvernement s’apprêterait à annoncer, sur la base des recommandations du groupe d'experts "Cap 2022", une réduction des dépenses publiques de l'ordre de 30 milliards d'euros bruts, ce qui équivaudrait à une baisse équivalent à 4 points de PIB d'ici à 2022. Alors que l'historique des promesses en la matière ne plaide pas en faveur d'un succès pour la réduction des dépenses, quelles seraient les véritables actions à mettre en oeuvre pour parvenir à remplir un tel objectif ? 

Philippe Crevel : En matière de dépenses publique, la France est recordman d’Europe. En consacrant 56 % de notre richesse nationale à la dépense publique, nous sommes, en, matière, 9 points au-dessus de la moyenne de la zone euro. La France a choisi depuis une trentaine d’année, une collectivisation de création de richesses. Il en résulte un pays assez égalitaire même si le ressenti est un peu différent mais avec une croissance molle et une défiance généralisée. Le corollaire de ce choix plus ou moins explicite en faveur de la dépense publique est un niveau élevé des prélèvements obligatoires et une dette qui surfe près de la ligne des 100 % du PIB quand elle s’élevait à 21 % à la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing.

La dépense publique s’accroît en période de difficultés mais ne revient jamais à son niveau initial quand la croissance est de retour. Il y a un effet cliquet qui se mue en spirale vicieuse. Les prélèvements obligatoires suivent le mouvement. La réduction des déficits s’effectue en France non pas sous forme d’économies budgétaires mais grâce à l’accroissement des recettes. Cette méthode est évidemment nuisible à l’économie. Tout retournement de conjoncture aboutit dans ses conditions à une envolée du déficit.

Les pays qui ont réussi à maîtriser sur la durée leurs finances publiques l’ont fait en jouant sur la dépense, notamment à travers des réformes de structures. Le Canada, la Nouvelle Zélande ou l’Australie ont opté pour des politiques volontaristes en sériant les dépenses relevant de la sphère publique de celles qui pouvaient être réalisées par le privé. La remise à plat des structures des administrations publiques est nécessaire avec une réduction des agences, des organismes divers et variés. La question du maintien d’un pôle audiovisuel comportant plus de 7 chaines TV dont deux chaines d’information et deux chaînes culturelles se pose par exemple. De même dans la santé, les doublons administratifs sont fréquents. Au niveau des collectivités locales, il faudrait se décider de basculer sur un système intercommunal et le cas échéant supprimer l’échelon départemental.

Selon les informations publiées par les Echos, les retraites et l'assurance chômage seraient exclus du calcul de la baisse des dépenses. Cependant, une baisse des dépenses publiques peut-elle s'affranchir d'une réflexion d'économie sur ces deux thèmes ? 

Les prestations sociales captent plus du tiers du PIB français. Les seules dépenses de retraite représentent 320 milliards d’euros soit près de 15 % du PIB. C’est le premier poste de dépenses sociales. La France a fait le choix, en 1944, du tout répartition. Les régimes obligatoires assurent dans ces conditions plus de 85 % des ressources des retraités quand la capitalisation n’en fournit que 2 % ; le solde est fourni par les revenus du patrimoine. Les marges de manœuvre en matière de retraite sont étroites car le nombre de retraités qui est de 16 millions aujourd’hui atteindra 25 millions d’ici 2040. Si le développement de la capitalisation était réellement décidé, cela nécessiterait du temps avant de se concrétiser pour les dépenses publiques.

L’indemnisation du chômage s’élève à près de 35 milliards d’euros par an. En ajoutant toutes les dépenses en faveur de l’emploi, l’enveloppe budgétaire dépasse les 100 milliards d’euros pour un résultat assez médiocre. Il serait possible de réaliser quelques économies en favorisant les dépenses actives, formation et en effectuant de meilleur contrôle.

Alors qu'une telle réduction des dépenses de l'ordre de 4 points de PIB aurait des effets macroéconomiques sur le pays, quelles seraient les actions à mettre en oeuvre pour permettre d'équilibrer la situation et rendre crédible le projet sur sa durée ? 

Une réduction de 4 points de PIB des dépenses publiques si elle ne s’accompagne pas de la redynamisation de ces dernières aurait un effet évidemment récessif. Le sevrage est un art. Il faut du volontarisme et du doigté avec beaucoup de constance. La réduction des dépenses doit être affectée à la diminution du déficit et à la baisse des impôts pour limiter les effets récessifs. Dans le même temps, l’Etat, les collectivités locales devraient accroître leurs efforts en matière d’investissement pour améliorer la croissance potentielle du pays. Une réduction des effectifs des collectivités publiques devrait entreprise méthodiquement ainsi que le transfert de certaines activités au privé pour réduire le périmètre de la sphère publique.

La réduction des dépenses publiques devrait en outre être fonction de la croissance. En effet, plus elle est forte, plus la réduction est aisée. Les gouvernement devaient éviter le gaspillage des fruits de la croissance et leur utilisation à des fins électorales, mais cela risque d’être un vœu pieux. L’obtention des gains de productivité devrait être mieux récompensée au sein de la fonction publique. L’instauration de primes d’intéressement comme pour l’épargne salariale pour les services réussissant à réduire leurs dépenses de fonctionnement devrait être réalisée. Les capacités de recrutement devrait être encadrées au sein des collectivités locales pour éviter les embauches à but électoral. De même, pour rapprocher les modes de gestion publique et privée, la statut de la fonction publique devrait être réservé aux emplois régaliens.

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