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Jean-Paul II.
Jean-Paul II.
©Reuters

Santo subito !

Canonisation de Jean-Paul II : dernière étape du parcours d'un pape politique, médiatique mais avant tout "pasteur"

Le pape François a confirmé lundi 30 avril que Jean-Paul II et Jean XXIII seraient canonisés en avril 2014. Retour sur le règne médiatique et engagé de Karol Wojtyla, premier pape non italien depuis cinq siècles.

Bernard Lecomte

Bernard Lecomte

Ancien grand reporter à La Croix et à L'Express, ancien rédacteur en chef du Figaro Magazine, Bernard Lecomte est un des meilleurs spécialistes du Vatican. Ses livres sur le sujet font autorité, notamment sa biographie de Jean-Paul II qui fut un succès mondial. Il a publié Tous les secrets du Vatican chez Perrin. 

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Atlantico : Le pape François a annoncé que Jean-Paul II serait canonisé en avril prochain. Qu’est ce qui justifie dans le parcours de Jean-Paul II cette canonisation ? A-t-il été un pape "exceptionnel" par sa façon d'incarner l’Église ?

Bernard Lecomte : Jean-Paul II a été un pape exceptionnel, d’abord, par sa longévité : 26 ans de pontificat, c’est considérable. Seul Saint Pierre, selon la tradition, et Pie IX au XIXème siècle, ont duré plus longtemps que lui. Il fut aussi le premier pape non italien depuis près de cinq siècles, ce qui bouscula bien des habitudes. Mais il fut surtout un pape politique et un prophète moderne. Un pape politique qui se battit pour les droits de l’homme, qui joua un rôle déterminant dans la chute du système communiste et qui fit énormément pour rapprocher les juifs et les chrétiens. Un prophète moderne qui lança dès son élection ce formidable message aux hommes de son temps, que chacun a encore en mémoire : "N’ayez pas peur !"

Comment fonctionne le processus de sélection des futurs canonisés ? Quels sont les critères et les décisionnaires dans ce dernier ?

C’est un processus très complexe, qui démarre dans le diocèse d’origine du futur saint, et comprend plusieurs étapes – dont la plus connue, celle de la" béatification", précède, parfois d’une longue période, celle de la "canonisation". Dans le cas de Jean-Paul II, il faut se rappeler le cri de la foule, le jour de ses obsèques : "Santo subito !" (Qu’il soit saint tout de suite !) C’est une vieille tradition de l’Église que d'écouter d’abord la voix des fidèles, la "vox populi". Toute la vie du futur saint est ensuite examinée à la loupe : certaines candidatures proposées à la sainteté ont ainsi trébuché sur l’examen minutieux de leur vie. Dans le cas des papes, la procédure est aussi attentive, même si on sait à peu près tout de la vie des souverains pontifes. 

La partie la plus "ésotérique" du processus de canonisation concerne la validation de miracles. Comment définit-on un miracle, le valide-t-on ? Quels sont ceux que l’on attribue à ces deux papes ?

En principe, l’Église doit justifier un miracle intervenu après la mort du futur béatifié, et un autre pour le futur canonisé. Cette procédure est extrêmement fouillée, car les cardinaux responsables savent bien qu’on attend l’Église au tournant et qu’une reconnaissance miraculeuse trop rapide pourrait tourner au scandale. Un miracle doit être un cas de guérison officiellement inexpliqué par la science et la médecine. Mais le pape François semble considérer que cette tradition ancestrale n’est pas forcément indispensable pour reconnaître les mérites et les vertus d’une personne, puisqu’il en a dispensé le bienheureux Jean XXIII.

Justement, comment expliquez-vous que Jean XXIII soit canonisé en même temps que Jean-Paul II alors qu'il a régné avant ce dernier ?

Le processus de canonisation de Jean XXIII, le "bon pape Jean", a commencé tout de suite après le concile Vatican II, dont il avait été l’inventeur. Ce qui a compliqué le "procès", comme on dit, c’est la volonté exprimée par certains cardinaux de ne pas minimiser, par défaut, les mérites de son prédécesseur Pie XII. Mais la béatification de Pie XII, pour sa part, a été ralentie par les polémiques sur ses "silences" pendant la guerre (cf mon livre Les Secrets du Vatican, Perrin, 2009). C’est Jean-Paul II lui-même, enfant spirituel du concile Vatican II, qui a finalement béatifié Jean XXIII en l’an 2000. Ce qui est remarquable, c’est que ces deux papes, qui sont avant tout des "pasteurs" soient canonisés par le pape François qui est lui aussi, avant tout, un "pasteur", et qui cherche à  privilégier la vocation pastorale de l’Église moderne : ce n’est évidemment pas un hasard, et cela conforte l’inflexion que le nouveau pape cherche à donner à la gouvernance de l’Église catholique.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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