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Calendrier social : le pari risqué de la concertation avec les syndicats
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Au secours, les syndicats reviennent

Calendrier social : le pari risqué de la concertation avec les syndicats

Jean-Marc Ayrault a présenté ce mercredi son calendrier fiscal. Il a expliqué croire "à l'utilité des corps intermédiaires" et les concertera abondamment durant l'été. Une méthode différente de celle de son prédécesseur de droite. Mais avec des syndicats ne représentant pas tous les Français et peu enclins à la réforme, peut-elle conduire le gouvernement à l'immobilisme ?

Olivier Rouquan

Olivier Rouquan

Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur,  Droit constitutionnel et gouvernances politiques, chez Gualino, septembre 2014, Développement durable des territoires, (Gualino) en 2016, Culture territoriale, (Gualino) 2016 et En finir avec le Président, (Editions François Bourin) en 2017.

 

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Atlantico : Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a dévoilé ce mercredi son « calendrier social » pour les mois à venir. Contrairement à son prédécesseur, il souhaite mettre l’accent sur la concertation et le dialogue social. Que pensez-vous de cette méthode ?

Olivier Rouquan : Elle est plus juste au sens de la gouvernance contemporaine, car désormais les décideurs doivent le plus possible légitimer les décisions possibles, et le plus tôt possible. C’en est fini du temps où une fois élu, le décideur peut tout faire sans consulter. On le voit depuis assez longtemps dans les collectivités territoriales.

Une des premières polémiques du quinquennat a été l’intention du gouvernement de réformer le système des carrières longues pour les retraites en passant par décret. Cela n’est pas vraiment raccord avec l’idée de concertation…

Ce qui doit être ajouté à mes dires précédents, c’est que consulter et concerter, ce n’est pas refuser de décider. Il y a bien des éléments qui sont décidés par l’élu, le représentant, parce qu’il a été élu sur des engagements assez précis. A partir du moment où l’homme politique est élu sur 60 propositions, par exemple, il est normal que son équipe n’ait pas à revenir dessus, sinon l’élection ne veut plus rien dire. La démocratie continue mais pas la fin de la représentation. C’est un équilibre entre la fermeté sur les engagements et la place qui est faite au débat.

Cette concertation avec les corps intermédiaires n’est-elle pas contre-productive, sachant que ces derniers ne représentent pas complètement les Français ?

Le problème n’est pas vraiment de vouloir faire de la concertation, car on sait que la légitimité du politique est problématique ; mais il est vrai qu’il faut aussi revigorer la représentation syndicale et la démocratie sociale. Ce que vous dites est juste : un taux de syndicalisation si faible est problématique. Il y a eu des réformes de la représentativité des syndicats, mais ce n’est peut être pas allé assez loin. Un autre problème, c’est qu’on sous-estime la représentation de chômeurs. Or,  ils sont nombreux. Les syndicats, de ce point de vue, se sont coupés de la réalité sociale du pays.

Ce retour à la concertation risque-t-il de nous conduire à l’immobilisme ?

Je pense qu’il y a une prise de conscience collective de la situation critique dans laquelle nous nous trouvons. A partir de là, les représentants syndicaux doivent avoir suffisamment de maturité pour en tenir compte, et dès lors qu’ils rentrent dans une négociation c’est qu’ils souhaitent obtenir des compromis. Je ne pense donc pas qu’il y ait un risque d’immobilisme : la situation est trop grave et les Français ont de la mesure, et conscience du programme de rigueur qui est fixé.

Jean-Marc Ayrault a annoncé qu’il rencontrerait les syndicats et organisations patronales le 29 mai, avant une grande conférence sur, entre autres, l’emploi, les salaires, les conditions de travail, les retraites, etc. Ne voit-il pas un peu trop grand ?

A la décharge de la méthode mise en place, il semblerait que ça soit un processus continu qui est inauguré. Il semble que ça continuera pendant cinq ans. Cette fois, ça sera un peu l’inauguration, et les dossiers seront traités dans le temps. Le signal donné avec l’ouverture de tous ces enjeux majeurs, c’est que la concertation ne se pratiquera pas que sur un dossier –les retraites par exemple – mais qu’elle sera constante.

Cela ne risque-t-il pas de diluer l’importance des différents dossiers ?

Tout dépendra de comment tout cela est mené. Faisons confiance à nos haut-fonctionnaires pour ne pas confondre concertation et cacophonie. Je ne pense pas que le risque soit là. Il serait, comme souvent, car ce n’est pas la première fois qu’on essaye dans notre République de pratiquer plus de dialogue social, à l’allemande, de transformer une fois de plus une grande ambition en effet de communication. Mais ça, seule l’expérience le dira.

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