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Le Front national a gagné les cantonales à Brignoles.
Le Front national a gagné les cantonales à Brignoles.
©Reuters

Exorcismes

Brignoles : et vous, entre Marine Le Pen et… vous choisissez qui ?

C’est la question à la mode. Nul ne peut y échapper. Mais sommes-nous vraiment obligés d’y répondre ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Aussi sûr que la Terre tourne autour du Soleil, la France (en tout cas son personnel politique et médiatique) tourne autour de Marine Le Pen. Elle est devenue l’astre noir en fonction duquel tout s’articule. Tous ceux qui comptent dans ce pays sont sommés, l’ayant attachée à un poteau, d’entamer une danse du scalp avant de la faire trépasser. Mais en réalité, cela ressemble beaucoup plus à la paralysie du lapin tétanisé par le cobra qui s’apprête à le dévorer.

Les médias, ne reculant devant aucun sacrifice financier, ont dépêché des envoyés spéciaux dans une obscure petite ville du nom de Brignoles. Un hebdomadaire a publié "le sondage qui fait peur", intronisant le FN comme premier parti de France. Un quotidien, Libération, n’écoutant que son courage, a fait une Une en forme d’affiche : "Le FN : 100 % d’extrême droite !" L’éditorialiste dudit journal s’est abaissé au niveau zéro de la pensée journalistique avec un : "elle voulait nous empêcher de l’écrire : nous avons osé !". Dans les radios et télévisions, hommes et femmes politiques sont astreints à un examen de passage : êtes-vous pour ou contre Marine Le Pen ?

Ainsi, le pauvre Jean-François Copé s’est vu demander par David Pujadas : "Dans l’hypothèse d’un deuxième tour à la présidentielle entre François Hollande et Marine Le Pen, vous voteriez pour qui ?" Le président de l’UMP a répondu qu’il ne se plaçait pas dans cette hypothèse, qu’il n’y croyait guère et qu’en tout cas, il restait quelques années avant 2017. Le malheureux, que n’avait-il pas dit là ! Il fut recalé ("le vilain, il refuse de choisir !") sous les huées. Bien plus habile – c’est assez rare chez lui –, Harlem Désir, le patron du PS, interrogé sur son choix dans le cas d’un éventuel duel Sarkozy/Marine Le Pen a répondu sans hésiter : "Sarkozy." Il a été reçu à l’examen avec la mention très bien et les félicitations du jury.

Ainsi donc les élites politiques et journalistiques françaises tentent-elles d’exorciser le diable en déversant sur lui des hectolitres d’eau bénite.Vade retro Satanas ! Elles ont la mémoire bien courte. En 2002 – c’est quand même pas si vieux –, un certain Jean-Marie Le Pen, le grand Satan, parvint au deuxième tour de l’élection présidentielle en dépassant 20 % des voix. On ne voit pas pourquoi sa fille, le petit Satan, sensiblement plus sexy que lui, ne ferait pas quelques points de plus. Longtemps avant, le 11 septembre 1983, à Dreux, une ville un peu plus connue que Brignoles, le FN (allié il est vrai au RPR) remporta l’élection locale. Un coup de tonnerre qui tétanisa la gauche gouvernementale. Et qui fit en France à peu près le même effet que le 11 septembre 2001 à New York.

Horrifié, Jean-Pierre Chevènement, un peu naïf, lâcha qu’il avait senti "souffler l’haleine fétide du fascisme". Et à l’Élysée, au contraire, François Mitterrand, le meilleur élève de Machiavel, se frotta les mains, lui qui avait tant fait pour promouvoir le parti de Jean-Marie Le Pen dans le but d’affaiblir la droite. Il paraît, d’après Le Canard enchaîné, que François Hollande caresse le même rêve et envisage un deuxième tour Hollande/Marine Le Pen avec, à la clé, sa réélection assurée. Mais le chef de l’État est loin, très loin, d’avoir l’intelligence et les qualités manœuvrières du premier président de gauche de la Ve République. Au train où vont les choses, c’est sans doute lui qui ne sera pas au deuxième tour…

Des badineries politiciennes que tout cela. Axel Kahn, biologiste de renom et de gauche, a pendant trois mois sillonné la France à pied et en a fait un livre. Il a rencontré des gens, des vraies gens (pas ceux de la télé, sélectionnés, fabriqués, manipulés pour le spectacle). Il les décrit d’une heureuse formule : "sécession". Ils ont en effet fait sécession. Ils ne croient plus à rien. Ils sont en désespérance. Oubliés, abandonnés, trompés, trahis. Et pour qui croyez-vous qu’ils votent ?

Comme dans la légende de Faust, ils sont prêts à conclure un pacte avec le diable, le petit Satan en l’occurrence. Leur âme en échange d’une revanche sur ceux qu’ils rendent responsables de leurs malheurs. À Brignoles, les électeurs ont entériné ce choix en accordant leurs voix au candidat FN. Entre Laurent Lopez et Catherine Delzers, UMP soutenue par la gauche, ils ont tranché en faveur du premier.

Et vous entre… et Marine Le Pen, vous choisissez qui ? La question ne vous a pas été posée ? À moi non plus. Mais j’y réponds quand même. Chez moi, j’écoute sans me lasser une célèbre chanson de Brassens car, s’agissant des guerres, j’ai les mêmes préférences que lui. "Moi mon colon / celle que je préfère / c’est celle de 14-18."

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

vous pouvez achetez Pourquoi vous vous trompez tout le temps (et comment arrêter) Partie 1 & Partie 2, sur Atlantico Editions.
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