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Brexit : les Britanniques ont plus à perdre que l’Europe
©DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

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Brexit : les Britanniques ont plus à perdre que l’Europe

L’Europe est une habituée des accords de dernières minutes. Tant que l’horloge ne sonnera pas le douzième coup de minuit le 28 mars prochain, tout sera possible. Il sera même possible de bloquer l’horloge ou d’ouvrir une période intérimaire.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Il reste donc encore quelques semaines avant le 29 mars, date officielle du Brexit, afin d’établir un accord permettant de fixer le cadre des futures relations entre le Royaume-Uni et le reste de l’Union européenne. Compte tenu des problèmes de politique intérieure que rencontrent Theresa May et de la volonté des négociateurs européens de ne pas créer un dangereux précédent en se montrant conciliant avec les Britanniques, il n’est pas sans intérêt d’évaluer les conséquences d’une absence d’accord pour l’ensemble des parties prenantes.

Les conséquences d’un Brexit sans accord sont par construction plus importantes pour le Royaume-Uni que pour les autres États membres. Le premier se prive de l’accès en franchise douanière à 27 pays quand ces derniers perdent un seul marché.
Le Royaume-Uni réalise un peu moins de 50 % de ses exportations vers les autres pays de l’Union qui représentent 20 % du PIB mondial. L’Union Européenne a 6 % de ses exportations vers le Royaume-Uni, qui représente 3,5 % du PIB mondial.
Les investissements directs du Royaume-Uni vers les pays membres de l’Union représentent environ 50 % des investissements directs totaux du Royaume-Uni L’investissement des pays de l’Union au Royaume-Uni représente 12 % du stock total d’investissement direct à l’étranger de l’Union à 27.
Selon la banque Natixis, un Brexit sans aucun accord pourrait réduire de 30 % les exportations du Royaume-Uni et de 3 % celle de l’Union européenne à 27. Des effets similaires sur l’investissement pourraient être également constatés.
En raison des pertes potentielles pour le Royaume-Uni, les négociateurs européens emmenés par Michel Barnier, considèrent que les représentants britanniques seront contraints d’accepter l’instauration d’un régime dérogatoire pour l’Irlande et le paiement d’un droit d’accès au marché intérieur. La Première Ministre, Theresa May doit faire face à un pays conservateur divisé entre les tenants d’un hardbrexit et ceux enclins à signer au plus vite un accord afin de réduire la période d’incertitudes. Elle doit tenir compte de son allié unioniste d’Irlande du Nord qui rejette l’idée d’une dérogation pour leur territoire. Or, ces derniers pourraient potentiellement mettre en minorité le gouvernement britannique. Si les autorités britanniques ont espéré diviser les Européens en jouant en particulier sur le sentiment anglophile des États du Nord et de l’Est, pour le moment, cette tentative est restée vaine. Theresa May a essayé également d’amadouer l’Allemagne qui est un client important du Royaume-Uni. Les difficultés internes d’Angela Merkel et sa méfiance vis-à-vis d’un pays qui tente de jouer une alliance avec les États-Unis rendent peu probables un rapprochement. Avec la France, les relations sont complexes. Pour autant, le Royaume-Uni est un des rares pays de l’Union avec lequel la France dégage un excédent commercial. Par ailleurs, les deux pays disposent de liens militaires historiques. Pour autant, le Gouvernement français trouve intérêt de renouer un partenariat fort avec l’Allemagne et d’isoler un pays qui, ces dernières années, avait pesé fortement sur le cours des politiques européennes notamment dans le domaine agricole.

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