Boom éphémère : les Etats-Unis seront le premier producteur de pétrole dans 2 ans… mais ça ne durera pas<!-- --> | Atlantico.fr
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En octobre, les USA sont passés sous de seuil symbolique des 50% de dépendance pétrolière.
En octobre, les USA sont passés sous de seuil symbolique des 50% de dépendance pétrolière.
©Reuters

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L'Agence Internationale de l'Énergie estime que les Etats-Unis pourraient devenir le premier producteur de pétrole devant l'Arabie saoudite en 2015.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : L'Agence Internationale de l'Énergie s'est récemment déclarée très optimiste quant aux progrès américains en matière de pétrole, la place de premier producteur mondial étant même promise à l'Oncle Sam dès 2015 d'après l'institut. Ces affirmations vous semblent-elles crédibles actuellement ?

Stephan Silvestre : La production pétrolière américaine est en effet repartie à la hausse après une longue période de déclin amorcée à la suite du célèbre pic de 1970. Depuis cette date, les USA se sont mis à importer massivement du pétrole et en 1993, le volume des importations a dépassé celui de la production, c’est-à-dire que le pays importait plus de 50% de sa consommation. Ce que vient d’annoncer l’AIE, c’est que cette proportion vient d’être inversée : en octobre, les USA ont produit davantage qu’ils n’ont importé, passant sous de seuil symbolique des 50% de dépendance pétrolière. Et ce taux va continuer de baisser durant la prochaine décennie, grâce à l’exploitation généralisée des pétroles dits non conventionnels.

À ce rythme, les USA pourraient bien déloger l’Arabie Saoudite de la première place mondiale dans les prochaines années, après avoir ravi à la Russie la deuxième place l’année dernière. Mais les Saoudiens ont encore des marges de manœuvre et peuvent aussi augmenter leur production si la demande asiatique le justifie.  

Quelles peuvent être les conséquences de cette évolution énergétique majeures sur le prix du baril ?

Les conséquences seront très différentes de ce qui a été observé sur le gaz. Le gaz est négocié de façon régionale sur plusieurs marchés, essentiellement l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. L’explosion de la production de gaz de schiste aux USA a provoqué une chute des cours sur ce marché qui ne s’est pas répercutée sur les autres. Ceci est dû au fait que le gaz transite encore peu intercontinentalement car il est véhiculé surtout par gazoducs. Pour le pétrole, la situation est très différente : le marché est complètement mondialisé et l’équilibre entre l’offre et la demande se fait au niveau de la planète. Le prix ne pourrait baisser que si l’offre excède la demande. Or, actuellement, la demande continue de croître, surtout en Asie, alors que l’offre peine à suivre car les nouveaux gisements ne compensent que partiellement l’épuisement des anciens. Il ne faut donc pas s’attendre à une baisse des prix.

On a aussi avancé l’idée que les USA pourraient devenir le producteur « pivot » au niveau mondial (« swing state »), c’est-à-dire qu’ils se substitueraient à l’Arabie Saoudite pour pallier tout pic de la demande mondiale ou toute chute de l’offre, devenant les maîtres des prix. Mais cela ne risque guère d’arriver car il faudrait que la production américaine dépasse sa demande interne, ce qui a peu de chance de se produire, à moins que les Américains ne réduisent drastiquement leur consommation. Quand bien même, les Américains n’auraient aucun intérêt à un prix du pétrole trop bas : l’industrie américaine du pétrole profite des cours élevés et les consommateurs américains payent leur carburant encore à un prix raisonnable grâce à une fiscalité modérée.

Le même rapport précise que les réserves américaines de pétrole de schiste, de par leur faible potentiel, s'épuiseront pour faire repasser l'Arabie Saoudite comme premier producteur mondial dès 2020. Partagez-vous ce constat ?

Oui, l’éventuelle première place des USA sera de toute façon temporaire. L’exploitation des gisements de roche mère ne constitue qu’un sursaut et devrait à son tour décliner dès 2020.

Sachant que la consommation américaine aura encore augmenté d'ici la décennie 2020, quelles sont les options alternatives de Washington en termes de production pétrolière ? Faudra-t-il revenir à un modèle d'importation ?

En réalité, la consommation américaine de pétrole est déjà orientée à la baisse depuis 2006. Si cette tendance se confirme, voire s’amplifie, les importations américaines devraient continuer de diminuer jusqu’en 2020-2025. Au-delà, il est hasardeux de faire des prédictions. Les Américains ont maintes fois démontré leur aptitude à sortir des technologies de rupture qui changent rapidement la donne. Cela est vrai pour la production comme pour la consommation. Le pétrole restera une source d’énergie majeure dans les années 2030 à 2050, mais ce sera essentiellement vrai en Asie.

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