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Bienvenue dans le cauchemar dystopique de la vie à Wuhan post déconfinement
©STR / AFP

A l’Est, du nouveau

Bienvenue dans le cauchemar dystopique de la vie à Wuhan post déconfinement

Wuhan a été confinée pendant 76 jours, soit deux mois et demi, avec des mesures très restrictives. Mais les habitants de la ville ne peuvent dès lors que se réjouir de la reprise des activités, entamée le 8 avril, car il subsiste de grandes inquiétudes quant à une « deuxième vague ».

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont

Barthélémy Courmont est enseignant-chercheur à l'Université catholique de Lille où il dirige le Master Histoire - Relations internationales. Il est également directeur de recherche à l'IRIS, responsable du programme Asie-Pacifique et co-rédacteur en chef d'Asia Focus. Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les quetsions asiatiques contemporaines. Barthélémy Courmont (@BartCourmont) / Twitter 

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Atlantico : À quoi la vie à Wuhan ressemble-t-elle lorsque que chacun des citoyens à l’idée en tête d’une résurgence du virus à tout moment ? Comment le retour au entreprise s’organise-t-il avec les mesures de distanciation sociale ?

Barthélémy Courmont : Wuhan a été confinée pendant 76 jours, soit deux mois et demi, avec des mesures très restrictives rendant quasi impossibles toutes activités et déplacements. Les habitants de la ville ne peuvent dès lors que se réjouir de la reprise des activités, entamée le 8 avril. Cependant, il subsiste deux semaines plus tard de grandes inquiétudes quand à une « deuxième vague » et la population ne semble pas avoir encore totalement repris une vie « normale ». Ce n’est pas tant dans le port du masque, qui est habituel dans les villes chinoises et que chacun respecte tout naturellement, ni même dans le maintien d’une distance sociale, mais dans la peur de ressortir et de contracter le virus. Ainsi, les activités ont repris timidement, en particulier la consommation et les sorties non obligatoires, même si les enseignes sont à nouveau ouvertes. La distanciation sociale et les mesures imposées ne  pas aussi problématiques que cette angoisse, qui paralyse légitimement de nombreux habitants. Même le commerce d’alimentation semblent affectés, à en juger par l’aide apportée par la municipalité, qui a distribué pour plusieurs dizaines de millions d’euros de bons d’achat utilisables dans les supermarchés ou les restaurants. Les habitants de la ville voient les effets du coronavirus dans le monde, et se méfient notamment des cas asymptomatiques. On se méfie également des étrangers qui doivent fournir des justificatifs de déplacement et sont contrôlés. Il faudra plusieurs semaines avant que cette atmosphère d’angoisse se dissipe, et en ce sens Wuhan donne peut être un avant goût de ce qui attend d’autres sociétés en sortie de confinement. Et puis il y a la situation dans d’autres villes chinoises, où des véhicules qui viennent d’autres villes sont pour le moment interdits d’accès, par peur de voir le virus être « importé ». Dans le Heilongjiang, dans le Nord est du pays, on aurait relevé des cas de personnes infectées revenant de Russie. Tout cela accentue un sentiment d’angoisse qui ne devrait pas s’atténuer avant plusieurs semaines.

La réalité post-confinement fait part-belle à l’utilisation d’outils de prévention, comment l’état Chinois monopolise-t-il ses forces afin d’éviter une résurgence du virus ? Comment cela s'applique-t-il aux Wuhanais ? 

Barthélémy Courmont : La géolocalisation est, de ces outils, à la fois le plus efficace et celui qui suscite le plus d’interrogations dans un pays où l’utilisation des données par les autorités reste opaque. Il ne faut cependant pas tout confondre. Certes les autorités chinoises ont enforce leur contrôle des populations, et notamment des critiques de la gestion de la crise, très nombreuses en janvier, et désormais réduites au silence. Arrestation de lanceurs d’alertes, interdiction de critiquer les mesures gouvernementales et la réponse à la crise: l’Etat chinois a resserré son emprise sur sa population. Mais dans le même temps, ces mesures répondent à une vulnérabilité identifiée par le gouvernement autant que la population, aussi elles ne sont pas pointées du doigt dès lors qu’elles peuvent apporter des résultats satisfaisants. Cela ne veut pas dire que les Chinois sont prêts à renoncer à certaines libertés, mais qu’ils estiment que la securitisation telle qu’elle se met actuellement en place est nécessaire. Il faudra cependant observer comment ces outils pourront éventuellement être utilisés à d’autres fins une fois la crise passée, et si les Chinois les accepteront de la même manière. La Chine est un pays autoritaire, mais ce n’est pas un régime totalitaire, et la contestation existe, elle existera d’autant plus si Les mesures mises en place ne fonctionnent pas bien, et/ou si les autorités cherchent à renforcer leur contrôle au-delà de la crise sanitaire. Notons que d’autres pays, démocratiques, ont également recours à la géolocalisation, comme la Corée du Sud ou l’Allemagne.

La Chine sait à quel point une reprise de ses activités est indispensable, comme la plupart des autres pays d’ailleurs. Ainsi la mobilisation est totale, et elle le fut déjà pendant le confinement. Les grandes entreprises ont notamment été mobilisées pour mettre au point des technologie, et on pense notamment à l’application Alipay Health Code d’Alibaba, qui permet de vérifier la fréquentation par les utilisateurs de lieux à risques, avec un QR code dont la couleur, verte à rouge, indique le danger potentiel. Si votre Couleur est le vert, tout va bien, mais vous devez respecter une quarantaine de 7 jours si c’est jaune, et 14 jours quand vous êtes dans le rouge. Ce QR code est exigé par les autorités pour des déplacements, ou pour prendre les transports publics. C’est une nouvelle forme de contrôle social, qui soulève des interrogations quant à l’utilisation que les autorités pourraient en faire au-delà du confinement, mais sans doute est-elle nécessaire pour une reprise des activités.

Les centres commerciaux ainsi que les cafés sont ouverts à nouveau mais ils se sont vidés de clients et dans le cas des restaurants la livraison à domicile est privilégiée. Est-il possible que les habitants arrivent à oublier le traumatisme du confinement pour retrouver un semblant de normalité  ? 

Barthélémy Courmont : Le retour à la normale viendra, bien entendu, mais il est difficile de savoir quand, et sous quelles conditions. Je dirais que tant que l’épidémie continuera de se développer dans le monde, l’atmosphère restera très tendue. De même, les commerçants doivent s’habituer à de nouveaux comportements, et les ventes à domicile sont en effet privilégiées. Cela devrait durer encore longtemps. 

La société urbaine en Chine est organisée selon une logique de quartiers, avec une communauté organisée et solidaire. Cela a été très profitable pendant le confinement, notamment dans l’approvisionnement à domicile, et cela permet de pratiquer un deconfinement gradué, dans lequel les plus vulnérables peuvent continuer à profiter du soutien de leur entourage. Mais paradoxalement, cela peut aussi pérenniser un système qui a ses vertus, mais qui va repousser la vraie sortie du confinement. C’est sans doute une bonne chose d’un point de vue sanitaire, c’est en revanche potentiellement transformateur des habitudes de vie et de consommation, et surtout de sortie des quartiers pour les plus sensibles. Ainsi, les habitants de Whan ne sont plus aujourd’hui confinés, mais leurs déplacements semblent très limités, ce que l’on observe en constatant la timide reprise des activités.

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