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Bien pire que les nuées de sauterelles : les sept vraies plaies d'Egypte
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prophéties

Bien pire que les nuées de sauterelles : les sept vraies plaies d'Egypte

Alors qu'un essaim de sauterelles du désert a envahi l’Egypte cette semaine, insectes décrits dans la bible comme la huitième plaie d'Egypte, bien d'autres défis attendent le pays...

Béligh Nabli

Béligh Nabli

Béligh Nabli est directeur de recherches à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Il dirige également l’Observatoire des mutations politiques dans le monde arabe qui analyse la première Révolution du XXIe siècle et son impact géopolitique sur le monde arabe.
 
 
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L’accroissement des inégalités sociales

Le programme d’Intifâh (ouverture) lancé par Sadate et accéléré par Moubarak a ouvert la voie à une libéralisation de l’économie égyptienne. Toutefois, le passage du modèle socialiste nassériste, qui a permis l’émergence d’une classe moyenne solide, à l’Infitâh, n’a pas permis de consolider cette progression et de freiner l’appauvrissement croissant d’une partie de plus en plus importante de sa population. Les inégalités sociales ne cessent de s’accentuer et la pauvreté explose  sous le poids de l’accroissement démographique. Près de 40% d’Égyptiens vivent avec moins de deux dollars par jour.

La dépendance de l’économie nationale

L’économie égyptienne repose sur trois piliers sensibles aux aléas mondiaux : les rentes du canal de Suez, les transferts d’argent des émigrés, le tourisme et la rente stratégique, (les Etats-Unis assurant un "soutien civil et militaire" de près de 2 milliards par an), l’économie égyptienne est fragile et dépendante.

La dépendance alimentaire

Grand pays agricole de la région (grâce aux terres fertiles de la vallée du Nil), l’Egypte est incapable de nourrir sa propre population, la plus nombreuse du monde arabe. Avec la libéralisation économique accélérée sous la présidence Moubarak, le retrait de l’Etat, la privatisation de l’agriculture au bénéfice d’entreprises tournées vers la seule exportation ont entraîné de graves crises alimentaires se traduisant par des pénuries de pain et de produits de base. Le pays n’a pas été épargné par les "émeutes de la faim" de 2008, entraînées par la flambée des prix alimentaires.

Un système d’éducation défaillant

Si son modèle d’éducation a permis l’exportation de cadres et de travailleurs qualifiés dans toute la région, elle peine aujourd’hui à absorber sur le marché du travail une jeunesse diplômée en proie aux frustrations et aux rancœurs face à une bourgeoisie "parasite" (Henry Laurens). Son système éducatif lui aussi privatisé est en inadéquation avec la réalité du pays et n’a pas permis d’endiguer l’analphabétisme qui touche encore  la moitié de la population.

Désordre et instabilité qui fragilise l’unité nationale

Si les affrontements entre musulmans et coptes ne font plus l’actualité, l’unité du pays est traversée par de nouveaux clivages. Depuis la chute de président Moubarak et l’élection du président Morsi, le pays n’a pas renoué avec l’ordre et la stabilité. Il est entré dans un cycle de crise politique post-révolutionnaire. On parle de seconde révolution, la place Tahrir est de nouveau occupée, les affrontements entre pro-Morsi et anti-Morsi cristallisent la césure qui coupe le pays en deux camps. Une confrontation qui se polarise aujourd’hui dans la ville de Port Said. La ville du canal de Suez connaît des affrontements meurtriers entre la police et ses habitants, depuis une décision de justice (sur le drame qui avait coûté la vie à 74 supporters de football, en février 2012) qui a condamné 21 personnes à la peine capitale.  La tension est à son paroxysme et symbolise la défiance absolue du peuple à l’endroit de sa propre police nationale, accusée de violences gratuites massives et de corruption.

Sentiment d’une révolution confisquée

Si les islamistes (Frères musulmans et salafistes) ont remporté les différents scrutins organisés depuis la chute de Moubarak, leur accession au pouvoir nourri un sentiment de confiscation de la révolution. Les islamistes n’étaient en effet les penseurs ni les instigateurs du soulèvement populaire incarné par le "peuple de la Place Tahrir". Ce dernier avait pour cœur une jeunesse ouverte aux idées libérales et n’appelait pas à une prise du pouvoir par l’islamisme politique.

La paralysie centralisatrice:

L’Etat égyptien repose sur des piliers bureaucratico-militaire et sur le centralisme politique, sachant que l’autorité politique centrale égyptienne est l’une des premières dans les sociétés humaines (3000 av. J.-C.). Etat centralisé plurimillénaire, dont ni les frontières ni le système administratif n’ont été remis en cause. Pis, cette tradition accroît d'autant plus le spectre d'un régime qui (re)basculerait dansl'autoritarisme. Mais contrairement à l'ère Moubarak, cette dérive aurait cette fois-ci une dimension religieuse  légitimée par le nouveau cadre constitutionnel.




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