Bercy : Sapin - Montebourg, le combat des chefs | Atlantico.fr
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Arnaud Montebourg a été nommé ministre de l’Économie, du Numérique et du Redressement productif. Michel Sapin aura la responsabilité des Finances et de la dépense publique.
Arnaud Montebourg a été nommé ministre de l’Économie, du Numérique et du Redressement productif. Michel Sapin aura la responsabilité des Finances et de la dépense publique.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Bercy : Sapin - Montebourg, le combat des chefs

La nouvelle organisation de Bercy a créé la surprise. D’abord parce qu'elle est très nouvelle. Ensuite parce qu’elle est portée par des hommes qui ne sont guère faits pour cohabiter, a priori. Et dans ce match Montebourg - Sapin, sur lequel le monde politique spécule, le plus fort ne sera pas forcément celui qu’on croit. Explications.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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C’est la première fois en France qu'on met la politique économique d’un côté, la gestion des finances et de la dépense publique de l’autre.  Arnaud Montebourg  a donc été nommé ministre de l’Économie, du Numérique et du Redressement productif. Michel Sapin aura la responsabilité des Finances et de la dépense publique. Un peu comme en Allemagne. Où ça fonctionne plutôt bien.

Mais en France, c’est du jamais vu. C’est une conception assez  novatrice, assez libérale (dans le sens américain)  que de débrancher les finances de la machine étatique et interventionniste. Si on sépare la politique économique de la gestion budgétaire, cela signifie que les finances publiques ne sont plus un outil d’intervention de l’État aussi fort qu’auparavant. Il y a donc des raisons de fond à mettre en place une telle organisation. Il s’agit de gagner en clarté et en efficacité. Peut-être aussi de remettre l’État à sa place.

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La fonction financière est une fonction régalienne. La fonction de régulation de l’économie ne l’est pas.  

Seulement tout le monde raisonne aussi en rapports de force politique. Et depuis hier matin, les commentateurs  soulignent le déséquilibre probable entre les deux ministres. Arnaud Montebourg a une telle force, un tel poids politique par rapport à Michel Sapin, que beaucoup pensent qu’il emportera l’influence et l’avantage sur Michel Sapin.  Toute la journée d’hier a déjà bruissé rumeurs, couacs et  étincelles. Tant que les décrets d’attributions ne sont pas publiés, c’est-à-dire les textes qui définissent très précisément le périmètre de compétence de chacun, chaque ministre essaie d’élargir son champ d’action.

Arnaud Montebourg  a réussi à évincer Fleur Pellerin de la responsabilité du Numérique où elle avait remarquablement réussi. Il aussi essayé par tous les moyens d’annexer la responsabilité du commence extérieur. Sur ce point, il a perdu. François Hollande ne pouvait pas confier  à un adepte de la demondialisation le soin de promouvoir la France à l’étranger. C’est très logiquement le Quai d’Orsay de Laurent Fabius qui abritera ce ministère du Commerce extérieur avec comme secrétaire d’État (petite revanche )…  Fleur Pellerin qui sera nommée la semaine prochaine.

Mais les débats les plus forts vont porter sur la tutelle de la Direction du Trésor, de l’Agence des participations, ou de la Caisse des dépôts.L’enjeu est considérable selon que la tutelle serait assurée par Montebourg ou par Sapin. Les frontières ne sont pas encore arrêtées et la bagarre va être sanglante.

 Mais ce n’est rien en comparaison de la concurrence qui va se développer entre les deux ministres dans l’exercice quotidien de leurs fonctions. Beaucoup s’attendent à une guerre de tranchées.

A ce jeu-là , Arnaud Montebourg a des armes redoutables : Son talent, son poids et son positionnement politique, ses coups de gueule contre la mondialisation ou la Banque centrale européenne , contre l’Allemagne, avec  ses attaques à peine voilées contre  Mme Merkel. Les deux années passées à Bercy ont montré qu’il savait manier la provocation au service de ses ambitions de carrière.

Michel Sapin n’a pas demandé à cohabiter avec  Arnaud Montebourg. Il s’en serait bien passé. Et s’il n’y avait pas eu la demande pressante du président de la République, son ami de 30 ans, et s’il n’y avait pas eu cette loyauté et cette fidélité à toute épreuve, il aurait refusé.

Ceci étant, tous ceux qui le voient plier et s’étouffer devant Arnaud Montebourg se trompent. Michel Sapin, ministre des Finances est porteur du vrai pouvoir à Bercy. C’est un ministre régalien.

Indépendamment des personnalités propres, indépendamment de sa proximité avec le président de la République, cette nouvelle organisation le sert. Et ce, pour trois raisons.

La première tient au cœur de la fonction, la gestion des chiffresMichel Sapin, ministres des impôts, de la dépense et des flux monétaires va devoir gérer et mettre en œuvre le pacte de responsabilité avec notamment le plan de 50 milliards d’économies. Une tâche immense. Une tâche à haut risque, mais essentielle. Une tache de pouvoir vis-à-vis de tous les autres ministres.

La deuxième raison tient à la nécessite d’améliorer la compétitivité de l’économie française. C’est donc lui qui va baisser les charges d’entreprises, puis agir sur la fiscalité des entreprises et des ménages.Techniquement et politiquement il a donc dans les mains des armes redoutables.

La troisième raison tient au fait que c’est le ministre des finances qui va représenter la France dans les instances économiques internationales.François Hollande ne pouvait pas envoyer Arnaud Montebourg pour siéger à l’EcoFin (véritable gouvernement économique de l’Europe). L’aurait-il accepté que les institutions européennes n’auraient guère apprécié.

C’est donc Michel Sapin  qui sera l’ambassadeur de la France auprès des institutions européennes.  C’est lui qui défendra les dossiers français à Bruxelles  ou face aux agences de notation. C’est encore lui  qui sera l’interface de la Banque centrale européenne… C’est Michel Sapin enfin qui négociera éventuellement des délais et des assouplissements  dans nos relations avec l’Allemagne. Il pourra compter sur Pierre Moscovici un des grands  perdants de ce remaniement alors qu’il n’avait pas démérité particulièrement dans la négociation avec nos partenaires européens.

Pierre Moscovici pourrait se retrouver demain commissaire européen. Ce qui arrangerait bien Michel Sapin.  L’inconvénient de cette fonction, c’est qu'elle n’est pas visible par l’opinion française. Le ministre des Finances passe beaucoup de temps à l’étranger et tout ce qu'il dit est épluché à la virgule près par toutes les chancelleries, les banques et en général par les marchés. Le ministre des finances est obligé d’être extrêmement prudent. Pas question de faire des déclarations à l’emporte-pièce contre l’austérité allemande ou l’irresponsabilité de la BCE... Hors de question.

Arnaud Montebourg, lui, pourra continuer à dire ce qu'il voudra. Ses paroles feront les 20H de la télé. La gauche de la gauche sera ravie, mais, aucune importance autre que d’ordre de politique-politicienne. Encore une fois, le vrai pouvoir appartient au ministère des Finances.

Comme en Allemagne.  Ajoutons qu'en Allemagne,  tout le monde connait le ministre des Finances, Wolfgang Schauble, son autorité et son influence… Sa responsabilité,  en ont fait une star incontestée en Europe et même dans le monde. Mais personne ne connait le ministre de l’Économie allemand. 

 

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