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Ben Laden est mort 
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La lutte finale

Ben Laden est mort mais reste immortel

Avec la disparition du leader d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden, tué lors d'une opération des forces spéciales américaines ce dimanche 1er mai au Pakistan, la stratégie occidentale de lutte anti-terroriste prend-elle un nouveau virage ? Spécialiste du monde arabe et du terrorisme, Anne Giudicelli analyse pour Atlantico, les dessous et les conséquences de cette opération.

Anne  Giudicelli

Anne Giudicelli

Anne Giudicelli est journaliste dans la presse française et arabe et spécialiste du monde arabe et musulman.

Elle est l'auteur de Le risque anti-terroriste (Seuil, 2007).

 

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Atlantico : L'objectif de la Maison Blanche était-il de tuer ou de capturer Oussama Ben Laden ?

Anne Giudicelli : A priori, d’’après les informations venues des Etats-Unis, l’objectif officiel aurait été de le capturer, mais il semble qu’Oussama Ben Laden et ses proches ont résisté aux forces spéciales américaines, s'exposant de fait aux tirs des militaires.

La disparition de Ben Laden modifie-t-elle la stratégie de lutte contre le terrorisme ?

Non. Cela ne modifera pas la donne puisque l’ensemble des gouvernements occidentaux et arabes ont d'ores et déjà réitéré que la lutte anti-terroriste continuait car pour eux, la mort du leader d'Al-Qaïda ne réduira pas forcément la menace.

Ben Laden mort est-il plus utile à la cause de la nébuleuse terroriste ?

La mort de Ben Laden est vécue partout dans le monde comme une victoire des Etats-Unis contre l’ennemi public numéro 1. Et cela, c'est un effet positif.

Pour les Pakistanais, cela permet de donner les gages demandés par les Américains et donc de bénéficier du soutien logistique et sécuritaire des Etats-Unis.

Pour la mouvance terroriste en revanche, leur leader est mort physiquement mais toujours vivant en tant que référence et fondateur de l’organisation : c'est lui qui a fondé les bases de cette idéologie d’abord anti-américaine. Il est donc déjà devenu immortel car n’étant plus depuis 2001 le commandant en chef opérationnel, il avait été relégué au rang de celui qui donne la vision, mise en action par ses hommes, chargés de traduire cette vision en stratégie opérationnelle. L’idéologie est déjà construite, son fondateur peut  donc disparaître. Les évolutions se sont faites plus ou moins sans lui et continueront à se faire sans lui.

Quel rôle a joué le Pakistan dans cette opération ?

Difficile de savoir et d'évaluer pour l’instant si certaines franges des services de renseignements pakistanais étaient au courant de la localisation de Ben Laden. Par contre, il est évident que les Pakistanais ont fourni le renseignement aux Américains. Le principal problème aujourd'hui, c'est la réaction des talibans qui vont faire des Etats-Unis et du Pakistan leurs deux cibles privilégiées.

Après Ben Laden, qui va devenir le nouvel ennemi public numéro 1 ?

Al-Qaïda. On a monté Oussama Ben Laden en ennemi public numéro 1 mais en réalité, on ne lâche pas une lutte comme celle-ci en terme de lobby sécuritaire, de moyens mis en oeuvre ou de choix de diplomatie. Il y a toujours un ennemi, après il peut avoir un visage ou non. Son successeur va peut-être porter la mémoire du cheikh. Il restera dans tous les cas immortel aux yeux des activistes et partisans d’Al-Qaïda car il cristallise et symbolise son mouvement : c'est comme lire des textes sacrés, on en fait des interprétations.

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