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Comment la Belgique s'effrite...
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Crise politique

Comment la Belgique s'effrite...

De nouvelles manifestations sont prévues ce samedi à Bruxelles pour défendre l'unité du royaume. La crise politique n'en finit plus dans le pays... mais ses causes sont souvent mal perçues.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Depuis près d’un an, la Belgique vit sans gouvernement. Elle réalise ainsi une sorte de performance dans le monde des démocraties parlementaires, où le fonctionnement normal des institutions suppose généralement l’existence d’un exécutif en ordre de marche. Certes, le spectre d’une crise de la dette parcourt le pays, mais la croissance économique est annoncée en hausse et les affaires se font. Si certains ne s'agitaient pas, les étudiants notamment, les Belges se féliciteraient presque de cette vacuité – relative, puisque le gouvernement Leterme expédie les affaires courantes – à la tête de leur État.

Crise linguistique ou crise nationaliste ?

La presse française range volontiers la crise politique actuelle de la Belgique dans la longue histoire des affrontements entre francophones et néerlandophones. Bien entendu, cette explication n’est pas dénuée de fondement. C’est bien parce que la communauté flamande subordonne la constitution d’un gouvernement à une réforme de l’État censée lui être favorable que la Belgique est plongée dans la crise. Les partis francophones considèrent en effet que les demandes flamandes sont exorbitantes, et les négociations nécessaires pour constituer une coalition de gouvernement s’éternisent.

Néanmoins, réduire la crise belge à la simple expression d’un conflit entre Nord et Sud rend assez mal compte des phénomènes en cours, notamment de l’impressionnante montée de l’extrême droite flamande. Car l’incapacité à constituer un gouvernement découle des urnes elles-mêmes : à l’issue des élections législatives de juin 2010, l'Alliance Néo-Flamande (NVA) est devenu le principal parti au parlement belge, avec 30 sièges. Et le programme de la NVA « plaide pour une république flamande, état membre d'une Europe confédérale et démocratique ». Dans ces conditions, la constitution d’un gouvernement était vouée à l’échec dès la fin du scrutin.

Au-delà d'une simple crise belge, une crise européenne

Incidemment, la NVA interroge la légitimité historique de la Belgique, cette invention de bric et de broc issue du Congrès de Vienne, en 1815. Car, depuis l’Antiquité, la Belgique ne cesse d’être disputée entre le monde latin et le monde germanique dont elle constitue une frontière flottante. Historiquement, la Belgique (Flandre comprise, et même Flandre en tête) a passé beaucoup plus de temps dans le giron latin, qu’il soit bourguignon, français ou espagnol, que dans le giron germanique. Et d’ordinaire dans la plus grande des dispersions. Elle a acquis en 1830 une improbable indépendance et unité longtemps liée à une neutralité militaire : le glacis belge devait continuer à séparer impartialement la France et l’Allemagne.  

En remettant en cause l’unité de la Belgique, la NVA ouvre une brèche dans l’Europe dessinée à partir de 1815, qui devait donner naissance à l’Europe des nationalités. Une brèche vers quel nouveau projet ? Personne ne le sait encore. L’Europe confédérale et démocratique dont la NVA parle est encore floue. Elle ressemble beaucoup à une Europe des nations renouvelées, mâtinée d’idéal xénophobe comme plusieurs pays européens - dont la France - s’en font déjà l’écho.

Il serait trompeur de limiter l’émergence d’une extrême droite majoritaire à la seule Flandre. Elle concerne de plus en plus de pays européens. En même temps, l’exaltation de l’échelon régional comme fondement du continent, nous renvoie à une sorte d’âge lointain, proche des thématiques de la Renaissance telles que les ligues italiennes les défendent aujourd’hui. Le plus grand paradoxe de l’extrême droite européenne est de vouloir revenir aux frontières nationales telles qu’elles existaient, peu ou prou, sous l’Ancien Régime. Comme pour mieux refonder une nouvelle carte, plus durable, étrangère à l’ordre des puissances de Vienne.

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