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Des députés européens participent à une séance de vote lors d'une session plénière au Parlement européen à Strasbourg, le 8 juin 2022.
Des députés européens participent à une séance de vote lors d'une session plénière au Parlement européen à Strasbourg, le 8 juin 2022.
©FRÉDÉRICK FLORIN / AFP

Qui sont les VRAIS écologistes ?

Bataille rangée et alliances contre-nature : mais que s’est-il donc passé au Parlement européen sur le paquet climat ?

Les eurodéputés devaient voter ce mercredi 8 juin un texte majeur sur la réforme du marché européen du carbone. Le texte a été rejeté à la surprise générale et renvoyé en commission parlementaire. Les Verts et la gauche ont voté contre en estimant qu’il manquait d’ambition.

Samuel Furfari

Samuel Furfari

Samuel Furfari est professeur en géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles, docteur en Sciences appliquées (ULB), ingénieur polytechnicien (ULB) et Président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l'énergie de la Commission européenne.

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Atlantico : Le Parlement européen a voté sur le paquet climat et les votes en ont surpris plus d’un. A quel point avons-nous assisté à des alliances de circonstances qui pourraient sembler contre-nature ?

Samuel Furfari : Le Parti populaire, qui avec le Parti socialiste forment la majorité au Parlement européen, avait introduit des amendements sur le mécanisme du marché du carbone qui permettaient d’être légèrement plus flexibles pour l’industrie. Le Parti socialiste européen et les Ecologistes n’ont pas accepté. Nous avons assisté à la rupture d’une alliance sur ce dossier. Le Parti populaire voulait faire passer des amendements pour ne pas compliquer  la situation énergétique . L’extrême droite a d’ailleurs voté avec l’extrême gauche mais pour des raisons opposées.

L’extrême gauche avec les écologistes et les socialistes européens n’étaient pas satisfaits par cette proposition qui allait passer avec l’amendement du Parti populaire. L’extrême droite était opposée à l’ensemble du paquet climat.

Ces députés européens dans une alliance contre-nature n’étaient pas d’accord sur tout mais pour l’occasion ils étaient prêts à faire capoter le projet.

Le texte a été renvoyé en commission environnement. Un compromis sera trouvé.

Le marché du carbone exonère actuellement 43% des émissions. L’objectif de la proposition  était maintenant de 67%. Le Parti populaire plaidait pour 61%. L’échec est donc intervenu sur la question de la différence entre 61 et 67%. Un compromis devra être trouvé.  

On peut s’étonner que des partis de gauche qui défendent le climat s’opposent à un texte et décident de voter contre, parce que c’est un mauvais texte à leurs yeux car il ne va pas assez loin, plutôt que d’accepter une avancée plus modeste ?

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Ils considèrent que l’enjeu est tellement important qu’ils ne peuvent pas inflechir la proposition. Il y a donc eu un affrontement entre deux positions fortes. Les socialistes et les écologistes ont finalement décidé de ne pas approuver ce texte car il était trop mou, selon eux. Cela participe à des jeux politiques. Mais au fond, un compromis devrait bien avoir lieu dans les prochains jours ou les prochaines semaines. Le Parlement européen ne fera pas l’impasse sur ce dossier.  

La vraie bataille sera en réalité au Conseil des ministres de l’Union européenne. Le Parlement décide en procédure de ci-décision avec le Conseil des ministres et ils doivent être d’accord sur le même texte  

La situation dramatique dans laquelle se trouve l’UE en matière d’énergie peut jouer en faveur de la position du Parti populaire. La hausse des prix de l’énergie risque de s’accompagner par une forme de taxe qui fera augmenter plus encore le prix de l’énergie.

La facture énergétique pèse de plus en plus pour les citoyens européens qui éprouvent de plus en plus de difficultés. En plus des tarifs du chauffage et des prix de l’essence, les émissions de CO2 seront pénalisantes.

Cette position pourrait donc potentiellement être réévaluée au regard de la situation actuelle. Il n’est pas possible de continuer à faire augmenter le prix de l’énergie artificiellement. Ce sera le cas avec les mesures anti-CO2. Le but des écologistes a toujours été de dire que les tarifs de l’énergie doivent  augmenter afin de   pousser les gens à consommer moins d’énergie. Cette politique est intenable avec les prix actuels.  

Le PPE est dans une approche mesurée, avec une politique des petits pas plutôt qu’une approche radicale. Est-ce une bonne stratégie à adopter ?

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Le Ppe est sensible à l’explosion du prix de l’énergie tandis que les écologistes sont contents de la situation actuelle et du contexte mais sans le dire évidemment  ils espèrent que des prix élevés vont forcer le mode de vie et réduire à la fois la consommation d’énergie et des émissions de CO₂  ils oublient que l’on utilise pas l’énergie comme un loisir mais comme une nécessité. En économie ont dit que la demande en Énergie est inélastique  

En s’enfermant dans une forme de radicalité, les écologistes ne parviennent pas à obtenir de résultats. Quels sont les enseignements de cette approche ?

Nous évoluons effectivement dans une réalité assez surprenante. Plusieurs éléments sont les fruits de cette querelle politicienne.

Ce paquet climat devait permettre d’adopter d’autres mesures dont le fonds social climat. Le prix de l’énergie va augmenter suite aux taxes et aux différents mécanismes. La Commission veut proposer de donner de l’argent public pour les gens en difficulté financière.

Un fonds social a été créé pour lutter contre la précarité énergétique. Comme cela était lié au marché du carbone, le vote a aussi été renvoyé.

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (C-BAM, carbon border adjustment mechanism) vise à protéger notre industrie contre le dumping des entreprises à travers le monde qui ne paient pas de taxe sur le CO2. L’idée est donc d’introduire des taxes sur le CO2 pour tous les produits qui entrent dans l’Europe. Tout ce qui vient de Chine ou d’Inde, où il n’y a pas de taxes sur le carbone, pourrait être ciblé par des taxes en Europe. Qui va payer ces taxes ? Le consommateur en réalité et non l’entreprise, qui va voir ses taxes se répercuter sur le prix final de vente. Nous allons assister en Europe à une explosion de tous les prix à cause de ce mécanisme d’ajustement.

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Puisque les Chinois ne paient pas de taxes sur le CO2, nous allons pénaliser leurs produits pour qu’ils soient à équivalence avec la pénalité de l’Europe. Il faut néanmoins voir si cela est acceptable au niveau du commerce international.

Un accord sur le plan international semble délicat car cela va à l’encontre des lois du marché international. L’introduction de barrières au CO2 n’avait jamais été faite jusqu’à présent. Tous les produits importés vont augmenter à cause de la taxe sur le CO2 et à cause du prix de l’énergie plus élevé et de l’inflation. Cela va contribuer à une situation chaotique.

Quelle est la bonne solution, la bonne démarche pour s’en sortir au vu de ce qu’il s’est passé récemment ?

Il faut revoir nos ambitions sur le climat au regard de la situation nouvelle avec la guerre en Ukraine. Mais ce conflit a bon dos. Le prix de l’énergie avait commencé à augmenter en septembre de l’année dernière et non pas à cause du début de la guerre en Ukraine le 24 février. Vladimir Poutine a profité du chaos pour lancer sa guerre.

La situation très préoccupante dans laquelle nous nous trouvons est liée au fait que dans les pays de l’OCDE la décision a été prise de renoncer aux énergies fossiles pour développer l’énergie renouvelable. Les entreprises n’investissent plus. Le domaine du pétrole et du gaz est à flux continu. Il faut donc investir constamment.

Joe Biden, pendant sa campagne, avait expliqué qu’il fallait mettre fin aux hydrocarbures. Cela a refroidi les compagnies pétrolières américaines. Le marché a anticipé. Les prix de l’énergie ont alors commencé à augmenter. Un autre accélérateur pour le prix de l’énergie a été la récupération de l’activité en Inde et en Chine après la pandémie de Covid-19.

Tout cela a contribué à une forte hausse du prix de l’énergie à partir du mois d’octobre 2021. Vladimir Poutine, voyant ce contexte, en a profité pour lancer sa guerre. Le message de la sortie de l’énergie fossile comporte donc des risques.

Certaines personnalités politiques au Parlement européen et au Ppe ont commencé à être sensibles à cela et au risque de la catastrophe énergétique et économique si en plus on ajoutait des charges sur le CO2.

La directive sur l’abandon des véhicules thermiques a pourtant été adoptée. Cela rend d’autant plus paradoxale le reste du vote…

L’Europe se retrouve isolée avec de tels choix. La Commission a publié il y a quelques jours un document où elle se vante d’avoir dépensé 221 milliards d’euros sur le budget de l’Union européenne entre 2014 et 2020. Les résultats seront perceptibles sur le long terme. Même si l’on regarde sur le bilan carbone réel sur cette même période et que l’on compare cela avec la somme de ce budget conséquent, la tonne de CO2 revient à 4.000 euros. Or la discussion qui a échoué cette semaine concernait le prix de la tonne de CO2 aux alentours de 80 euros. Nous sommes en train de dépenser des milliards qui n’apportent pas grand-chose en termes de réductions des émissions de CO2 à l’échelle de l’Europe et du point de vue mondial. Les émissions de CO2 ont augmenté de 58% dans le monde depuis 1992 lorsque fut adoptée à  la conférence de Rio la convention sur le changement climatique. Depuis lors, les émissions de CO2 ont connu une hausse de plus de 58%. C’est normal : on vient de le dire: la demande en énergie est inélastique. Sauf à arrêter de vivre on consommera plus et ce ne sont pas les marginales et chères énergies renouvelables qui changeront cette réalité. 

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