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François Hollande a indiqué que la Banque publique d'investissement sera créée "dans les jours qui viennent".
François Hollande a indiqué que la Banque publique d'investissement sera créée "dans les jours qui viennent".
©Reuters

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Banque publique d’investissement : une nouveauté... ah oui vraiment ?

François Hollande a indiqué ce vendredi que la Banque publique d'investissement, une de ses promesses de campagne, sera créée "dans les jours qui viennent". Ce simple regroupement d'acteurs existant suffira-t-il à régler les problèmes de trésorerie des PME ?

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad

Bernard Cohen-Hadad est président de la commission financement des entreprises de la CGPME. Il est également président du think-tank Etienne Marcel et assureur.

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Atlantico : La future Banque publique d'investissement, promesse de campagne de François Hollande, sera créée dans les jours qui viennent, a-t-il annoncé. Est-ce un simple coup de communication ou un bon remède pour relancer l’investissement en faveur des entreprises ?

Bernard Cohen-Hadad : La nouveauté du dispositif est simplement la réunion, au sein du même organisme, de différents acteurs de financement préexistants, qui quand ils étaient éparses, ne faisaient pas preuve d'une efficacité totale. L'intérêt de ce dispositif de banque publique est donc d'avoir une plus grande efficacité, mais encore faut-il qu'elle en ait les moyens, que son application soit rationnelle, et qu'elle concerne toutes les entreprises qui peuvent en bénéficier. Aujourd'hui, le principal problème auquel font face les PME est leur financement. Pour relancer le développement des entreprises et l'entreprenariat, il faut donc améliorer ce financement à travers tous les dispositifs possibles, notamment les crédits de trésorerie pour les TPE/PME et les encours de moins de 25000 euros.

La Banque publique d'investissement peut être un des moyens d'orienter l'épargne publique – à travers le livret A et les autres dispositifs PME – vers les entreprises. Elle pourra être un élément déterminant, mais en restant à côté des banques privées, pas en se substituant à elles. En effet, les banques privées sont aujourd'hui très présentes dans le financement des entreprises : 62% des partons de PME dont le chiffre d'affaires annuelle est de moins de 2 millions d'euros ont un seul partenaire financier, la banque privée, classique.

La BPI s'appuiera sur ces acteurs existants (Oséo, l'Ademe, la Caisse des dépôts, etc.), mais de manière "rationnelle" et "simplifiée", selon la volonté du gouvernement. Ce taux de 62% de patrons qui ont pour partenaire unique les banques privées vient-il d'une difficulté des entreprises à faire fonctionner ces outils ?

Il y a une tradition chez nous de financement par les acteurs bancaires ; les banques privées resteront donc un des acteurs principaux du financement des entreprises.

Les deux ne s'adressent pas forcément au même public. La banque publique peut s'adresser à des PME patrimoniale, indépendantes, mais qui ont beaucoup plus de besoins et de soucis de financement. Mais ça ne veut pas dire que les banques privées ne s'intéressent pas aux entreprises importantes. Aujourd'hui, le problème certes dans le financement et l'accès au crédit des TPE, mais il est aussi dans les gros dossiers. Dans ces cas-là, la banque publique peut être un élément de complément, si elle n'arrive pas trop tard. Il faut qu'elle soit mise en route rapidement pour pouvoir être un élément d'accompagnement des projets d'avenir, d'investissement, de développement.

Ce financement ne pouvait pas passer par les acteurs précédents ?

Justement, la situation délicate des entreprises oblige à multiplier les sources de financement, et donc à faire appel à d'autres acteurs. Par exemple, pour les PME les plus dynamiques, au capital investissement, qui peut venir en complément du soutien bancaire ; ou pour les fleurons, à l'accès aux marchés. Il faut aussi encourager les PME à lever des capitaux, car la bourse reste aujourd'hui le moyen le plus rapide pour elles de lever des capitaux.

Le troisième élément que pourraient utiliser les PME pour se financer est d'avoir accès aux obligations d'entreprises. Elles sont réservées pour l'instant aux très grandes entreprises. Il faut orienter l'obligataire vers les PME de moins de 250 salariés à travers des nouveaux supports et produits bancaires.

Enfin, le quatrième élément est l'épargne réglementée et l'assurance vie. Il faut encourager à la fois les financements des banques et le financement public à aller, à travers l'épargne règlementaire, vers le financement des entreprises.

Le doublement du plafond du livret de développement durable (LDD) à la mi-septembre est donc une bonne nouvelle ?

Ca peut effectivement être un élément d'accompagnement… Si on a une traçabilité accrue sur l'affectation de ces fonds.

Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui ?

Ce qui aujourd'hui mérite une meilleure visibilité.

La spécificité de la BPI voulue par François Hollande est de renforcer le rôle des régions dans l'aide au financement. Qu'en pensez-vous ?

Nous avons toujours pensé qu'il est important d'avoir un meilleur contact entre les acteurs régionaux en matière de financement, et qu'il ne faut pas faire le chemin de Paris pour financer une entreprise, surtout une entreprise régionale. Le renforcement des acteurs locaux, la mise en relation des responsables d'entreprise et des interlocuteurs financiers est importante, car quand on est plus proche, on se connait mieux, on travaille mieux ensemble et on a plus confiance.

La Banque publique d'investissement n'a finalement pas grand-chose de nouveau, puisqu'elle consiste simplement à regrouper des acteurs existant du financement. Quelles sont les conditions pour qu'elle soit efficace ?

La banque publique d'investissement est une bonne chose à condition qu'elle soit simple, dynamique, qu'elle soit à l'image de ce qui a été fait par Oséo, et qu'elle soit à l'écoute des patrons de toutes les entreprises moyennes. Pour l'instant, on est dans une phase de débat. Il doit aboutir dans l'intérêt des PME, car elles représentent aujourd'hui la plus grande partie des entreprises qui peuvent se développer, embaucher, et surtout qui ont toujours plus de difficultés à se financer.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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