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Aymeric Caron dans "On n'est pas couché", ou le grand retour des jeux du cirque orchestré par le service public
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Éditorial

Aymeric Caron dans "On n'est pas couché", ou le grand retour des jeux du cirque orchestré par le service public

Tous les samedis soirs, sur le plateau de "On n'est pas couché", Aymeric Caron malmène les invités de l'émission de Laurent Ruquier.

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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Depuis une vingtaine d'années, on a vu la télévision entreprendre des efforts louables pour faire en sorte que les invités des talk-show ne viennent plus simplement faire la promo de leur livre, disque, spectacle etc. Les interviewers se sont faits plus incisifs, les chroniqueurs volontiers critiques.

Puis sont arrivés les polémistes tels que Zemmour et Naulleau qui ne questionnent pas l'invité mais débattent avec lui d'égal a égal. Parfois même, on a pu constater, avec des animateurs tel que Thierry Ardisson par exemple, que l'invité était là pour faire briller le présentateur en quelque sorte. Soit. Le deal était win/win. Le producteur réalise une belle audience, plus ou moins aux dépens des invités qui, malgré tout, parviennent à vendre leur camelote dans l'émission.

Mais avec Aymeric Caron, qui sévit chaque semaine dans On n'est pas couché, l'émission nocturne présentée avec talent d'ailleurs par l'infatigable Laurent Ruquier, nous voilà passés dans une autre dimension, une autre époque. Ce grand et beau garçon à la morgue insupportable et au sourire invariablement satisfait se comporte comme s'il était l'ennemi des invités de l’émission. Il n'argumente pas, il assène. Il ne déstabilise pas, il frappe. Encore et encore, jusqu'à ce que sa proie chancelle puis tombe. Et là, selon son humeur, il l'achève ou la laisse au sol, agonisante.

C'est la part d’humanité d'Aymeric Caron qui, à la manière de ces tueurs à gages qu'on voit dans les thrillers américains, épargne un jour une cible qui l’a attendrie. L'un des collaborateurs de Laurent Ruquier, auquel je confiais mon irritation face à l'assassin cathodique qui n'aime pas la viande mais semble s'enivrer de l'odeur du sang, me confiait que "tout cela n'était pas grave car Caron est le personnage que les Français adorent détester".

Je crois qu'il se trompe. Le succès d'Aymeric Caron s'appuie sur un ressort très ancien. Il a toujours existé un public qui aime les jeux du cirque, la corrida, la mise à mort. Ce qui tient en haleine le téléspectateur de On n'est pas couché à deux heures du mat', c'est la perspective de voir un homme ou une femme, parfois brillant, souvent auteur d'une œuvre qui a été célébrée dans d'autres programmes, se faire massacrer. C'est un spectacle affligeant et le pire, c'est que c'est France 2, le fleuron du service public, qui l'offre semaine après semaine.

 

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