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Avoir une "foi absolue dans les énergies renouvelables" suffit-il vraiment à définir une politique de l'énergie crédible ?
©Reuters

Ecologie

Avoir une "foi absolue dans les énergies renouvelables" suffit-il vraiment à définir une politique de l'énergie crédible ?

J’ai appris à la lecture du journal (16 Juillet 2017) que le nouveau Ministre en charge de l’écologie et de l’énergie avait « une foi absolue dans les énergies renouvelables », cela a enthousiasmé la presse mais m’a laissé perplexe. Qu’est-ce que la religion a à faire là-dedans ?

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Et puis ce jour-là, j’étais en Afrique, et je vivais donc dans un bout de planète, très éloigné du Boulevard périphérique, avec une démographie galopante et des embouteillages monstres…de motos, véhicules de la majorité de la population de la conurbation. Toute la famille revient à la maison sur la moto, Papa, Maman, et deux, trois, quatre enfants…pour un véhicule, et les automobiles et camions se meuvent avec difficulté dans cet océan mouvant, bruyant et pollueur. Le transport urbain-autobus- qui voudrait s’implanter aurait du mal à rivaliser avec la meute et serait vite bloqué des heures dans un trafic désormais impossible à réguler. S’ils avaient eu accès au même journal que moi, ils auraient su que le pétrole doit disparaitre au profit de l’électricité basé sur la « foi » dans les énergies renouvelables ! Malheureusement dans cette conurbation de plusieurs millions de personnes qui va doubler dans les dix à vingt ans il n’y a pas d’électricité fiable en dehors des générateurs électriques individuels à gazole, et la propriété d’un téléphone portable, indispensable désormais, même pour les plus pauvres, conduit à une recherche éperdue quotidienne d’ une prise de courant nécessaire à la recharge de l’appareil ! Car la planète, c’est nous certes avec nos 65 millions d’habitants, mais c’est aussi eux, leur milliard en train de devenir rapidement deux milliards, et leur quotidien c’est le pétrole et leur moto !

Plus loin sur le marché africain rempli de produits et de couleurs, de gaité communicative, de rires et de marchandages, chacun finissait par partir avec sa marchandise, des milliers de petits sacs plastiques, chaque denrée étant ainsi protégée par un ou plusieurs petits sacs noirs avec des nœuds pour bien fermer ! Tout y passe, mais surtout des produits déjà un peu cuisinés qui vont faire quelques repas comme les pates de maïs ou de manioc, des poissons fumés…puisque la conservation des produits frais est difficile sans assurance d’une électricité performante basée sur…les générateurs individuels au gazole ! Mais ces milliers, ces millions de petits sacs plastiques, désormais devenus indispensables aux africains…et à d’autres continents, ils proviennent du pétrole, et leur cout dérisoire est directement lié aux progrès de générations de techniciens pétroliers dont on peut penser que la planète aura besoin encore pendant des dizaines et des dizaines d’années. Le combat mené contre les sacs plastiques du Boulevard périphérique parisien apparait comme décalé de la réalité…mondiale même si l’objectif à atteindre pour notre pays est loin d’être absurde. Autrement dit remplacer le sac plastique par un sac biodégradable en papier peut améliorer la France , mais ne sauve pas la planète, car nos réalités sont différentes et tendent plutôt à se différencier encore plus tous les jours.

Notre problème n’est donc pas la foi, mais la réalité, c’est-à-dire notre capacité à définir une politique qui a réellement valeur d’exemple si l’objectif est bien celui-là. Enoncer sa « foi » dans les énergies renouvelables n’a qu’un intérêt mineur pour la planète si, en même temps, on ne lui démontre pas qu’une vie est possible pour eux aussi et pas seulement pour nous. Que nous ayons peur du réchauffement climatique, libre à nous, que nous leur disions que cette lutte collective c’est aussi la leur, eh bien cela se gagne ailleurs, et surtout pas en réunissant des Chefs d’Etats prêts à signer n’importe quoi du moment qu’ils conservent pouvoir et argent. Une économie » décarbonée » qu’est-ce que cela veut dire pour 90 % de la population du globe ? Et les véhicules électriques parisiens et les sacs de supermarché en  papier-carton qu’est-ce que cela peut bien leur faire ?

Revenons donc sur terre et essayons le « vivre ensemble «, mais énergétique,   dont on nous rabat les oreilles . L’énergie de demain , ce sera l’énergie la moins chère, ce n’est pas une question de foi, c’est la réalité historique. Le « vivre ensemble » énergétique conduit à faire cohabiter les différentes formes d’énergie en leur fixant des contraintes qui conduisent à les orienter sur des progrès de toute nature. Condamner le pétrole et le gaz parce qu’ils réchauffent la planète, et les condamner dans un petit espace comme la France (ou Paris !) est stupide car si d’autres pays produisent ils trouveront les marchés. De même condamner le charbon c’est faire émigrer les Polonais de Silésie et des millions d’Indiens et de Chinois, ce n’est pas le vivre ensemble, c’est la guerre de religion. Mais dans l’un et l’autre cas relever les règles de dépollution et de rejets de carbone peut conduire à des recherches sur le piégeage du carbone et l’amélioration de la combustion. Déjà en France des essais de mélange de charbon et de déchets ligneux sont réalisés près de Nantes à la centrale charbon de Cordemais, pouvant donner une nouvelle jeunesse « écologique » à cette unité. Cette coexistence des  sources d’énergie est indispensable car elle conduit à l’amélioration des performances, la sureté pour le nucléaire, la raréfaction des rejets carbonés pour les hydrocarbures ou les couts trop élevés pour le solaire et l’éolien.  Il est clair d’ailleurs que la « foi » dans les énergies renouvelables conduisant à vouloir donner un »avantage compétitif à l’énergie décarbonée » mène à s’engouffrer dans l’énergie nucléaire…elle-même conspuée par l’écologie politique. On voit là la faiblesse de la « foi » et de l’idéologie, ses limites et ses dangers. Pour sauver le climat de la planète il faut faire des voitures électriques décarbonées et donc favoriser le nucléaire et dans le même discours le faire décroitre au profit d’énergies subventionnées pour la satisfaction…d’une idéologie multiforme mais mortifère puisqu’elle abandonne le théorème essentiel l’énergie de demain est la moins chère !

 

Notre travail n’est donc pas de choisir entre Jésus, Jéhovah, Allah, Bouddha ou Vichnou, mais de faire évoluer toutes les formes d’énergie en poussant les recherches pour que leurs avantages soient plus évidents et que leurs inconvénients s’affaiblissent. Mais il n’y aura pas UN gagnant mes DES gagnants, c’est-à-dire que selon les pays, selon les réalités des contrées telle ou telle forme d’énergie  sera choisie pour telle ou telle situation, il y a coexistence, il y aura coexistence, ce qui n’empêche pas , bien au contraire, que les énergies renouvelables participent à ce monde nouveau. Mais ce n’est pas un problème de foi, un objet religieux, mais une conquête à réaliser et la planète réelle ne regardera que l’efficacité.

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