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Une personne heureuse vit tout simplement et s’inscrit dans la sagesse d’un quotidien qui la contente.
Une personne heureuse vit tout simplement et s’inscrit dans la sagesse d’un quotidien qui la contente.
©Allociné

Hédonisme domestique

Avez-vous remarqué l'état émotionnel qui vous pousse à vous lancer dans les tâches ménagères ? Une étude sur 28 000 personnes vous éclairera peut-être

Publiée sur le site PNAS, l'étude met en avant l'idée que les personnes heureuses sont plus enclines à faire des tâches qu'elles n'apprécient pas forcément, comme les tâches ménagères, et tendent à se lancer dans des activités plus divertissantes quand elles vont moins bien.

Catherine Berliet

Catherine Berliet

Catherine Berliet intervient depuis 15 ans en conseil, formation, coaching de cadres et dirigeants pour le compte de grandes entreprises françaises. Diplômée en communication, elle est également thérapeute, praticien en Rêve Eveillé libre. Elle est co-auteur de : Et si je choisissais d’être heureux  ! : Le bonheur mode d’emploi  paru en juillet 2014 aux Editions Eyrolles, Manager au quotidien et Les outils de développement personnel du manager aux Editions Eyrolles. Elle est auteur de Et si je prenais mon temps aux Editions Eyrolles et co-auteur de "Et si je choisissais d'être heureux" avec Capucine Berliet toujours aux éditions Eyrolles

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Atlantico : Pourquoi les personnes heureuses ou bien dans leur peau sont-elles plus enclines à faire des tâches (administratives, ménagères, ennuyeuses) qu'elles n'apprécient pas forcément ? Quelles peuvent être leur motivation pour faire ces taches dans cet état d'esprit spécifique (vision plus large des événements ou désir de réaliser des choses utiles pour l'avenir) ?

Catherine Berliet : Si je m’en tiens aux études effectuées, je suis tentée de dire qu’une personne heureuse ne cherche pas le mouton à 5 pattes, qu’elle n’a rien à oublier, et qu’elle n’a pas besoin de mettre en permanence du baume sur sa vie puisque son sort lui convient. 

Du coup, une personne heureuse ne passe pas son temps à tirer des plans sur la comète, ni à s’inventer en permanence des lendemains qui chantent. Elle vit tout simplement et s’inscrit dans la sagesse d’un quotidien qui la contente. Elle a appris à se ressourcer et à se satisfaire de ce que lui apporte chaque journée, y compris le train-train, les obligations avec lesquelles elle doit composer et dont elle sait très bien qu’elles font tout simplement partie de sa vie. Car même si ce sont des tâches accessoires, elles sont une nécessité incontournable. 

Ces personnes "bien dans leur peau" savent qu’une fois ces tâches ennuyeuses effectuées, elles pourront se consacrer à ce qu’elles aiment vraiment. Elles sont dans une logique d’harmonie qui leur fait dire à l’instar de L’Ecclésiaste : "Il y a un temps pour tout et un temps pour chaque chose, un temps pour travailler et un temps pour s’amuser…". Le sentiment de frustration est absent puisqu’elles ont l’assurance d’un après plus ludique et joyeux. Les personnes heureuses ont une stabilité psychique et émotionnelle qui ne se laisse pas entamer par les obligations contraignantes. Elles sont dans le principe de réalité qui est complètement intégré et savent composer avec le principe de plaisir. Les personnes qui choisissent d’assumer ces activités jugées peu gratifiantes et pour le moins rébarbatives, sont des personnes qui ne subissent pas et qui entendent gérer leur vie en sachant faire la part du feu entre le "il faut" et le "j’ai envie".

À l'inverse, le fait de réaliser ce genre de tâches peut-il "remonter" le moral de personnes tristes ou déprimées ? Pourquoi cherchent-elles, comme le mentionne l'étude, à se concentrer sur des activités divertissantes qui n'apportent rien sur le long terme ?

Il est vrai que les déprimés sont plus enclins à se choisir un monde meilleur et à l’envisager au travers d’activités divertissantes. Pour eux, le présent est vécu comme un pensum et seul le futur apparaît comme prometteur à condition de le construire dans un principe de plaisir. Leur horizon temporel se limite au long terme, le quotidien, lui, étant vécu comme une horrible contrainte exempte de sens.

Je reste pourtant persuadée que les tâches quotidiennes nous plongent dans une réalité qui focalise notre esprit sur l’ici et maintenant. Toujours cette histoire de pleine conscience qui revient pour nous empêcher de cogiter, de mouliner sur ce que nous briguons et n’avons pas encore, et qui neutralise les ferments d’une éternelle insatisfaction... 

L’action balaie le stress et nous oblige à nous concentrer, évitant ainsi notre machine à penser de se mettre en marche pour fabriquer des inquiétudes, des hypothèses catastrophiques ou des peurs ubuesques. 

Ne vous êtes vous jamais surpris à avoir une irrépressible envie de ranger, de frotter, de manier chiffon, balai ou aspirateur quand vous vous sentez terriblement contrarié ou perturbé ? 

Frotter, ranger, pour ne pas penser et pour désamorcer ses angoisses en évitant de se laisser submerger. 

Tenaillé par l’anxiété vous vous jetez inconsciemment dans des rituels qui vous calment et empêchent l’idéation d’instiller son venin. Super bon plan, et super bonne nouvelle : faible budget, pas besoin de psy ou de coach, juste d’un peu de temps…

L’homéostasie fait des merveilles, et nous pousse à privilégier des comportements qui nous font du bien, car nous savons mieux que quiconque ce qui est bon pour nous. A condition que cela ne devienne pas de l’évitement ou un TOC (trouble obsessionnel compulsif) !

Par quels moyens peut-on se motiver à réaliser des tâches ennuyeuses mais nécessaires ?

J’ai envie de vous répondre par un mot qui fait peur : "la discipline".

A nous de nous créer des automatismes pour les choses contraignantes, à nous de les programmer quelque soit notre envie. À nous de nous atteler à la tâche, qu’il pleuve ou qu’il vente, et de la ritualiser pour la finaliser sans y penser. 

Concernant les choses rébarbatives, positionnez-les en début de matinée, car "ce qui est fait n’est plus à faire.". Vous mentionnerez ces activités dans votre emploi du temps et les traiterez comme des incontournables. 

Au lieu de procrastiner indéfiniment et de vous apercevoir un beau matin avec effroi, que vous avez accumulé un monstre total de trucs horribles à vous coltiner d’un seul coup d’un seul, optez pour la rigueur et faites vous violence : agissez !

Je vous rappelle que nous prenons un malin plaisir à reporter aux calendes grecques ce que nous n’aimons pas faire. 

Aussi, pour vous motiver à passer à l’action, rien de tel que de vous fabriquer des habitudes. À cet effet les chercheurs nous disent qu’il faut 21 jours à notre cerveau pour mettre en place une bonne ou une mauvaise habitude. 

Et pour vous donner du cœur à l’ouvrage dites-vous que la tâche la plus humble a une finalité. À vous de trouver du sens. Cherchez bien, il y en a forcément un.

Exemple : "Je n’ai envie de ranger ni mon bureau ni mon joyeux capharnaüm, mais si je me dis qu’une fois réorganisé c’est mon cerveau que je réinitialise et qu’ainsi je pourrai mieux me concentrer sur mes dossiers, c’est presque gagné !

"Il faut viser la lune, parce qu’au moins si vous échouez, vous finirez dans les étoiles." Oscar Wilde

 

 

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