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En recueillant 67% des préférences chez les sympathisants de l'UMP en cas de primaire pour 2017 et 46% chez les sympathisants de droite et d'extrême droite, Nicolas Sarkozy fait figure d'ultra-favori.
En recueillant 67% des préférences chez les sympathisants de l'UMP en cas de primaire pour 2017 et 46% chez les sympathisants de droite et d'extrême droite, Nicolas Sarkozy fait figure d'ultra-favori.
©Reuters

Sondage exclusif

Avec 67% des sympathisants UMP qui le choisiraient comme candidat pour 2017, Nicolas Sarkozy consolide son avance sur ses potentiels concurrents

Selon un sondage CSA pour Atlantico, Nicolas Sarkozy fait toujours figure d'ultra favori pour mener la course présidentielle de 2017. Loin devant François Fillon (12% des sympathisants), Alain Juppé (8%) et Jean-François Copé (3%).

Yves-Marie Cann et Jérôme Fourquet

Yves-Marie Cann et Jérôme Fourquet

Yves-Marie Cann est Directeur adjoint du Pôle Opinion Corporate de l'Institut CSA

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

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Atlantico : En recueillant 67% des préférences chez les sympathisants de l'UMP en cas de primaire pour 2017 et 46% chez les sympathisants de droite et d'extrême droite, Nicolas Sarkozy fait figure d'ultra-favori. C'est ce que révèle un sondage CSA pour Atlantico. François Fillon, qui a d'ores et déjà indiqué sa volonté de se présenter aux primaires, ne recueille que 12% et 13% chez ces deux catégories. Comment interpréter ces résultats ?

Yves-Marie CannCe que l’on retient d’abord du sondage, c’est que plus d’un an après sa défaite à l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy bénéficie toujours d’un capital de sympathie très élevé à droite. Dans notre « Observatoire politique » mensuel avec Les Echos, l’ancien chef de l’Etat est d’ailleurs crédité de 78% d’image positive auprès des sympathisants de droite, un résultat qui s’élève à 83% parmi ceux de l’UMP. Son image reste donc intacte et son potentiel électoral élevé. D’ailleurs, dans une enquête réalisée fin mars pour RTL, 94% des sympathisants UMP déclaraient regretter Nicolas Sarkozy comme président de la République.

Il faut noter que Nicolas Sarkozy est le seul candidat qui présente un très fort écart entre les résultats obtenus auprès des seuls sympathisants de l'UMP et ceux des sympathisants de droites et d'extrême droite. Le premier facteur explicatif est que ceux du premier groupe sont les plus nombreux à donner une réponses. Sur le premier choix, seuls 4% des sympathisants de l'UMP ne choisissent aucune de ces personnalités alors que sur la base des militants de droite et d'extrême droite, ils sont 20%. En dehors des sympathisants de l'UMP, il y a une forte propension des partisans de l'extrême droite et de l'UDI à ne choisir aucun candidat parmi ceux proposés.

Second facteur, les sympathisants de droite hors-UMP et d'extrême-droite sont les plus nombreux à se reporter sur d'autres personnalités que Nicolas Sarkozy. Si les sympathisants d'extrême droite choisissent Nicolas Sarkozy, ceux de l'UDI choisissent davantage Alain Juppé ou François Fillon en premier choix, Nicolas Sarkozy n'arrivant que troisième. Par ces deux facteurs, il est le seul candidat à avoir un aussi grand écart entre ces deux électorats. Il s'agit de la principale faiblesse de Nicolas Sarkozy en cas de primaire ouverte.

Dans un sondage Ifop pour Atlantico (lire ici) paru en mars dernier, 56% des partisans UMP choisissaient déjà Nicolas Sarkozy comme candidat. Une tendance confirmée par un nouveau sondage en juillet pour Valeurs Actuelles. Conforte-t-il son avance ?

Jérôme Fourquet : Il y a une très forte avance pour Nicolas Sarkozy qui, en étant très au-dessus de la barre des 50% chez les sympathisants UMP, reçoit un véritable plébiscite. Il s'agit d'une vraie performance car, à l'Ifop, nous l'avons comparé avec neuf autres personnalités sans qu'il n'y ait un émiettement de son score puisqu'il reste proche de la barre des 60%.

Il faut rappeler qu'il obtient des scores très élevés alors bien même que l'actualité médiatique lui est très défavorable avec les affaires judiciaires en cours ou à venir. Mais celles-ci n'entament en rien le lien très particulier qu'il a su tisser avec l'électorat UMP. Sa situation est donc très différente de celle de Valéry Giscard d’Estaing après 1981. Bien que battu en 2012, Sarkozy conserve une place particulière dans le cœur des électeurs de droite qui souhaitent le voir redescendre dans l'arène et porter leurs couleurs en 2017 en dépit de la présence de nombreux rivaux comme François Fillon, Jean-François Copé et d'autres quadragénaires.

A contrario, François Fillon est dans une posture en totale opposition. Sarkozy a été battu, est impliqué dans un certain nombre d'affaires judiciaires, a de nombreux concurrents, est en retrait de la vie politique et, pourtant, est au sommet des sondage. A l'inverse, Fillon est au coeur de la vie politique, a annoncé sa volonté de se présenter à la primaire pour la présidentielle et, depuis quelques mois, son score stagne. Il n'y a aucune dynamique autour de sa personnalité : il se situe 40 points derrière l'ancien président de la République. Pire, à la question "qui souhaiteriez-vous voir candidat si Nicolas Sarkozy ne se représente pas en 2017 ?", Fillon arrive premier mais ne franchit pas la barre des 50%. Autrement dit, à l'exception de Nicolas Sarkozy, il n'y a pas de leader naturel.

A part Nicolas Sarkozy, seul François Fillon obtient un score à deux chiffres, loin devant Jean-François Copé qui ne recueille que 3% chez l'ensemble de la droite. Qu'est-ce que cela traduit ?

Yves-Marie Cann : Le capital image dont bénéficie Nicolas Sarkozy à droite et la nostalgie existant aujourd’hui autour de sa personne y contribue sans doute pour beaucoup. Absent physiquement de la scène politique depuis un an, Nicolas Sarkozy reste très présent dans les esprits. L’ancien chef de l’Etat se tient aujourd’hui telle une épée de Damoclès au-dessus du jeu politique et de la compétition à droite qui se dessine dans la perspective de 2017. Il faut ajouter à cela les conséquences du duel fratricide ayant opposé François Fillon à Jean-François Copé fin 2012.

Les déchirements autour de la présidence de l’UMP ont laissé des traces et entamé l’image des duellistes. Si François Fillon a pour sa part regagné une partie du terrain perdu depuis cette date au sein de l’opinion publique, les choses semblent plus compliquées pour Jean-François Copé qui reste à un bas niveau de popularité (y compris à droite).

Jérôme Fourquet : Jean-François Copé apparaît comme idéologiquement proche de Nicolas Sarkozy qui est lui-même l'inventeur de la ligne de la "droite décomplexée". Ce dernier obtenant plus de 60% des préférences, ce positionnement politique n'est donc pas condamnéMais tant que Nicolas Sarkozy est dans le jeu, Jean-François Copé n'a pas d'espace politique pour exister. A cela s'ajoute une image personnelle très abîmée depuis l'élection pour la présidence du parti. Le faible score de Copé par rapport à Fillon s'explique donc non pas par son positionnement idéologique mais par cette double contrainte : un manque d'espace politique en étant l'ombre tutélaire de Nicolas Sarkozy et un problème d'image personnelle.

La "sarkophilie" qui existe au sein de l'UMP n'a pas échappé à Jean-François Copé qui, lors de la bataille interne pour la présidence du parti, a très vite pris conscience du phénomène alors qu'il était le plus distant de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci était à l'Elysée. Copé a alors adopté une posture encore plus sarkozyste que Sarkozy lui-même parce qu'il avait compris que c'était le seul moyen pour lui de battreFrançois Fillon. Ce calcul a également été celui des jeunes leaders de la Droite forte qui se sont revendiqués de la "génération Sarkozy" ce qui leur a permit, sans ancrage local et sans légitimité électorale ancienne, d'arriver en tête des motions. Envers et contre tout, la base de l'UMP (militants et sympathisants) est plus sarkozyste que jamais.

A l’exception de Nicolas Sarkozy, président de la République de 2007 à 2012, seuls François Fillon (13%) et Alain Juppé (8%), tout deux ex-Premiers ministres, obtiennent des scores significatifs. Cela ne révèle-t-il pas que, contrairement au Parti socialiste qui a déjà connu plusieurs primaires, la droite est encore dominée par la "culture du chef" ?

Yves-Marie Cann : Les parcours politiques et plus particulièrement les responsabilités exercées au niveau national participent de la construction d’une stature de présidentiable, à gauche comme à droite. On observe toutefois que les sympathisants de droite y sont généralement plus sensibles que ceux de gauche. Lors de la primaire socialiste de 2011, nous avions observé que Martine Aubry, de par ses fonctions ministérielles passées, incarnait aux yeux des sympathisants de gauche « l’expérience », davantage que François Hollande.

C’est pourtant ce dernier qui l’a emporté. La tradition bonapartiste de la droite réduirait sans doute la probabilité d’un tel résultat. Il ne faut pas non plus oublier que dans ce type de scrutin les électeurs optent fréquemment pour un « vote stratège » en choisissant le candidat qui paraît avoir le plus de chances de l’emporter.

Jérôme Fourquet : Incontestablement, la droite est encore dans une logique de "cuture du chef". Preuve en est que les trois personnalités qui arrivent en tête (Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé) ont tous été président ou Premier ministre. Mais cette culture du chef s'inscrit dans l'empreinte qu'a laissée Nicolas Sarkozy depuis son retrait de la vie politique. Aucune personnalité, quelle qu'elle soit, n'a profité de son retrait pour prendre sa place. Beaucoup ont essayé mais le résultat est cruel pour eux. Ils le constatent d'ailleurs lorsqu'ils sont en déplacement en province. Tous font le même constat : la base de l'UMP reste profondément sarkozyste.

Ce système est très bloquant, raison pour laquelle certain appellent à un droit d'inventaire. Mais toutes les grandes personnalités de droite ont été ministres sous Sarkozy et sont donc comptables de son bilan. Ils sont pris en étau : ils ne peuvent pas critiquer Sarkozy, mais ne pas le critiquer, c'est entretenir et conforter sa position dominante. Fillon a essayé de trouver une voie de passage en tenant son propre discours en revendiquant à son compte une partie du mandat de Sarkozy, mais cette stratégie peine encore à payer.

Jean-François Copé, Bruno Le Maire, Laurient Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse : toutes les autres personnalités obtiennent des scores très faibles, trop faibles pour peser politiquement une fois les primaires terminées. Cela révèle t-il l'incapacité de la droite à se renouveler idéologiquement au travers de nouvelles personnalités politiques ?

Yves-Marie Cann : Toutes ces personnalités ont l’avenir devant elles ! Plutôt qu’une incapacité de la droite à se renouveler, j’y verrais plutôt un effet de cycle à la fois politique et générationnel. Le fait que Nicolas Sarkozy, François Fillon et Alain Juppé captent aujourd’hui l’essentiel de l’attention nuit en retour à la visibilité des autres prétendants.

En participant à la primaire ouverte de l’UMP en 2016, ils pourraient toutefois gagner en visibilité, occuper le terrain et, en fonction de leur score, peser politiquement lors du prochain quinquennat. L’exemple d’Arnaud Montebourg à gauche en est aujourd’hui la meilleure illustration possible.

Jérôme Fourquet : La droite peine à se renouveler idéologiquement au travers de nouvelles personnalités. Mais ce n'est pas propre à la droite. Il est toujours très difficile après une défaite de faire émerger de nouveaux leaders. Il n'y a qu'à voir le Parti socialiste après l'éviction de Lionel Jospin dès le premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Mais l'ancien Premier ministre socialiste s'était retiré "définitivement" de la vie politique, ce que Nicolas Sarkozy n'a pas fait. Tous les quadras de l'UMP ont été ministres sous la présidence Sarkozy. Quelle rupture peuvent-ils alors vraiment incarner ?

Dans une perspective plus large, le candidat préféré des sympathisants de droite et d'extrême droite est-il forcément celui qui a le plus gros potentiel électoral à l'échelle nationale ? Comment et pour quelles raisons ces chiffres pourraient-ils évoluer ?

Yves-Marie Cann : D’ici 2016, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Ce que nous observons aujourd’hui à travers les enquêtes d’opinion n’est pas figé, tout ceci est dynamique, les jeux ne sont pas faitsA titre d’exemple, une victoire de l’UMP aux prochains scrutins locaux, en 2014 et 2015, pourrait renforcer l’image de Jean-François Copé qui, de part son statut de président de l’UMP, serait sans doute l’un des premiers à profiter d’une dynamique électorale favorable à son parti. De même, si l’option Sarkozy venait à disparaitre, les cartes seraient rebattues et l’issue de la primaire sans doute beaucoup plus incertaine.

Jérôme Fourquet : Effectivement, nous constatons que François Fillon, grâce à son image moins clivante auprès des Français, aurait un meilleur profil de candidat pour le second tour de la présidentielle, notamment pour s'adresser au centre et l'aile droite de la gaucheMais dans notre système présidentiel à deux tours, la règle d'or consiste toujours à être capable de rassembler avant tout son propre camp. Dès lors, si Nicolas Sarkozy a encore beaucoup d'efforts à faire pour être en capacité de s'adresser à tous les Français et avoir un programme de rassemblement, il reste le mieux placé pour rassembler sa famille politique : ce sera l’élément décisif pour les primaires.

La primaire socialiste nous a cependant appris que tout peut arriver. Deux ans plus tôt, tout le monde pariait sur Dominique Strauss-Kahn. Et nous connaissons pourtant la suite. Aujourd'hui, Nicolas Sarkozy est impliqué dans plusieurs affaires judiciaires et son compte de campagne a été invalidé par la Cour des comptes, ce qui place l'UMP dans une situation financière très fragile. Tout peut donc arriver. Cependant, un an après sa défaite, personne n'émerge et ne remet en cause son leadership. S'il veut revenir, il devra s'y prendre après les élections européennes de l'année prochaine où la droite ne fera pas forcément un très bon score. Il lui reste un an à tenir.

Propos recueillis par Olivier Harmant

Méthodologie du sondage : Sondage exclusif CSA pour Atlantico réalisé par Internet du 26 juin au 4 juillet 2013. Les données présentées ici sont issues d’un cumul de deux enquêtes réalisées auprès d’échantillons nationaux représentatifs, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’individu) après stratification par région et catégorie d’agglomération. L’échantillon total comprend 2010 personnes âgées de 18 ans et plus dont ont été extraits 695 sympathisants de droite et d’extrême-droite.

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