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Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre australien Malcolm Turnbull debout sur le pont du HMAS Waller, un sous-marin exploité par le Royal Marine australienne, à Garden Island à Sydney.
Le président Emmanuel Macron et le Premier ministre australien Malcolm Turnbull debout sur le pont du HMAS Waller, un sous-marin exploité par le Royal Marine australienne, à Garden Island à Sydney.
©BRENDAN ESPOSITO / PISCINE / AFP

Contrat rompu

Australie : retour au réel

L'Australie a annoncé la rupture de son contrat avec la France qui prévoyait l'achat de douze sous-marins pour un montant de 56 milliards d'euros. L'Australie s'est rapprochée des Etats-Unis et du Royaume-Uni. La rupture de ce contrat est un échec pour Emmanuel Macron.

Bernard Carayon

Bernard Carayon

Bernard Carayon est ancien député du Tarn, maire de Lavaur et membre du Conseil d'orientation du Fonds Stratégique d'Investissement (FSI). Maître de conférences à Sciences Po Paris, il est notamment l'auteur de Patriotisme économique : de la guerre à la paix économique (Editions du Rocher, 2006).

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La rupture par l’Australie du contrat prévoyant l’achat de douze sous-marins fournis par l’industriel français Naval Group est d’abord un échec cinglant pour Emmanuel Macron.

Le meilleur projet industriel – dans un secteur stratégique – ne peut être vendu sans un soutien présidentiel massif.

Ou ce dossier majeur a été traité avec dilettantisme (ce qui n’est pas le genre de Jean-Yves Le Drian), ou notre influence géostratégique dans le Pacifique-sud a été pulvérisée.

Pour un président aussi atlantiste, c’est une double humiliation.

C’est aussi une catastrophe industrielle pour le leader européen des sous-marins : 34 milliards d’euros sur les 56 de l’opération globale sur 15 ans, c’était un enjeu historique pour un groupe pesant seulement 3,5 milliards de chiffre d’affaires.

Dur retour à la réalité pour le président français ! La leçon est claire : quand leurs intérêts sont en jeu – en l’espèce la compétition avec la Chine dans le Pacifique – les Américains n’ont pas d’amis, pas d’alliés.

Leur départ d’Afghanistan, dans des conditions précipitées, comme cette affaire, devraient ouvrir les yeux sur ce « partenaire particulier ». L’Australie devient ainsi une base américaine d’où le groupe européen Eurocopter avait été expulsé l’an dernier quand les hélicoptères de combats Apache avaient été choisis au détriment du Tigre.

Avec un certain cynisme, les États-Unis choisissent comme allié industriel les Britanniques qui ont, pourtant, depuis longtemps, perdu dans ce segment d’activité beaucoup de leurs compétences techniques : quand on n’exporte pas, ou peu, et que le marché domestique n’est pas suffisant (comme aux États-Unis, en Chine et en Russie), on n’entretient plus ses savoir-faire.

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L’échec d’Emmanuel Macron s’observe aussi en Europe et traduit son isolement.

En trois ans, les Polonais ont acheté plus de 10 milliards d’euros d’armement, dont cinq pour acquérir 32 avions de combat F35 produits par Lockheed Martin, et vont consacrer à leur défense d’ici 2034, 133 milliards d’euros.

Venu à Varsovie l’an dernier pour promouvoir le char du futur, Emmanuel Macron a du souci à se faire, d’autant que le groupe allemand TKMS, qui a vendu ses sous-marins à la Norvège, est à la manœuvre pour rafler le marché hollandais qui nous était promis.

Notre capacité d’influence a été mise à mal également dans le plan de relance européen : sur les 750 milliards d’euros, la France qui perçoit 10 milliards de moins qu’elle ne verse à l’Union, n’en touche que 40 quand l’Italie en reçoit 240 !

Il est vrai que l’Italie a reçu un soutien sans équivoque de l’Allemagne qui en a fait un de ses sous-traitants majeurs de l’industrie automobile.

Même constat pour le traitement de notre industrie nucléaire : la France est, grâce à cette énergie décarbonée à 95 %, le meilleur élève de la classe européenne et l’Allemagne le pire depuis que Mme Merkel a abandonné, pour amadouer les Verts, cette filière d’excellence qui ne serait pas éligible aux obligations vertes et donc au plan de relance !

L’affaire australienne n’est peut-être pas terminée : car si les Australiens, sous l’injonction américaine, choisissent la propulsion nucléaire pour leurs sous-marins, il reste à la France la solution de leur vendre nos Barracudas, deux ou trois fois moins chers que les sous-marins américains !

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La succession des échecs internationaux d’Emmanuel Macron ouvre la perspective pour son successeur d’une diplomatie de nos intérêts, réaliste, et donc à géométrie variable. Cela signifie, pour résumer, d’en finir avec cette fascination pour l’« ami » américain et cette romantique mais illusoire « souveraineté européenne ».

Que l’on se souvienne, à cet égard, que le gouvernement a choisi de construire des clouds faussement souverains sur la base de technologies américaines sous licence et non en s’adossant aux PME européennes, nous plaçant sous le risque permanent d’interception de nos données en application du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA) auquel sont soumis les logiciels américains !

La France est le seul pays d’Europe où la question de la souveraineté – autre mot de la liberté – est régulièrement soulevée.

Ce n’est pas un hasard dans le pays de Jehan Bodin, son concepteur, c’est le résultat de notre histoire singulière et ce n’est pas non plus un hasard si, dans le domaine de l’immigration, l’ancien et talentueux négociateur du Brexit, Michel Barnier, plaide la nécessité d’une souveraineté juridique.

Si l’on ne veut pas devenir de simples sous-traitants d’un continent qui se refuse à devenir une puissance politique, il serait bon de tirer les leçons de l’aventure australienne. Au moins, l’an prochain.

Bernard CARAYON

Ancien député du Tarn

Avocat au barreau de Paris

Maire de Lavaur

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