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Attention travaux : la droite en plein opération rafistolage de son unité
©emMarketer/Statista

Rififi

Attention travaux : la droite en plein opération rafistolage de son unité

En cas de victoire à l'élection présidentielle, le président devrai se tourner vers sa propre majorité qui a énormément souffert des affaires. Mais il pourrait aussi bénéficier d'un effet d'aubaine et de suprprise bienvenu qui lui allègerait quelque peu la tâche.

Atlantico : Alors que l'issue de l'élection se rapproche, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ont renouvelé, au cours de ces dernières heures leur soutien au candidat François Fillon. Si l'unité de la droite paraît pour le moins fragile à ce jour, celle ci pourrait elle être suffisante dans l'optique de gouverner le pays ?

Maxime Tandonnet : Tout dépend du résultat des élections présidentielles et législatives. Si François Fillon l'emporte aux présidentielles sa victoire à l'arrachée pourrait entraîner une majorité de droite à l'Assemblée nationale. Il me semble que sa victoire serait vécue comme un événement exceptionnel après une campagne aussi incertaine et chaotique. Cette heureuse surprise, une double victoire aux présidentielles et législatives, se traduirait alors par une dynamique de gouvernement devant laquelle s'effaceraient les divisions personnelles et les guerres d'ego. En outre, la droite est relativement homogène sur le plan des propositions de fond: libéralisation de l'économie, sécurité, maîtrise des frontières. Dès lors, la volonté de gouverner ensemble l'emporterait tout au moins pour les deux années à venir. En revanche, en cas de victoire de M. Macron aux présidentielles, la situation de la droite serait beaucoup plus complexe, même dans l'hypothèse d'une majorité droite et centre aux élections législatives. Une partie des députés de la droite et du centre seraient tentés de soutenir l'expérience Macron et s'allieront avec les socialistes modérés dans la mouvance de M. Valls, au moins en un premier temps. On entrerait alors sans doute dans une situation assez confuse, sans orientation politique claire. 

Si les tensions ont été nombreuses autour de la candidature Fillon, comment comprendre la persistance de cette relative unité en comparaison d'une véritable explosion de la gauche ?

La situation de la gauche et de la droite sont totalement différentes. La gauche sort de cinq ans au pouvoir qui ont laissé de profondes cicatrices. La politique de M. Hollande et M. Valls axée sur le pacte de responsabilité et sur une relative libéralisation du marché du travail a entraîné de violentes oppositions, celles de M. Mélenchon et des "frondeurs" du parti socialiste, dont M. Hamon. Celles-ci se retrouvent aujourd'hui dans les déchirements de la gauche. Il y a bien une fracture profonde entre deux courants à gauche: l'un étatiste, égalitariste, réservé envers l'Union européenne, et l'autre social-démocrate, pro-européen et conscient des réalités de l'économie de marché. Les deux gauches semblent désormais irréconciliables. Elles pourraient s'unir dans l'adversité, en cas d'échec aux élections présidentielles et législatives face à des candidats de droite. En revanche, à terme, pour la gauche, une victoire aux présidentielles de Macron ne serait pas forcément un scénario favorable. Elle se traduirait sans doute par l'émergence d'une alliance de gouvernement plus ou moins stable et durable centre droit/centre gauche, rejetant dans l'opposition la frange progressiste du parti socialiste. Ce serait clairement la fin d'une époque, celle ouverte par le congrès d'Epinay en 1971 par François Mitterrand unifiant le parti socialiste.  Ce serait sans doute  la fin du parti socialiste créé par ce dernier. 

Quelles sont les conditions qui permettraient une réelle union de la droite derrière un candidat victorieux ?

La première de ces conditions serait d'obtenir une majorité absolue aux élections législatives. Ce n'est pas forcément gagné: la situation politique semble extrêmement instable et mouvante. Le prochain chef de l'Etat, quoi qu'il arrive, sera élu part défaut avec un score de moins d'un quart de l'électorat aux premier tour. La dynamique suffira-t-elle a emporté une large victoire aux législatives? Nul ne le sait avec certitude. Nous pouvons avoir une percée "frontiste" aux législatives rendant plus difficile la formation d'une majorité. Dès lors la future composition de l'Assemblée nationale est aujourd'hui une inconnue majeure et un facteur déterminant pour le gouvernement de la France. Ensuite le choix du Premier ministre sera un facteur décisif pour l'unité et la réussite éventuelle de la droite au pouvoir. Qu'on le veuille ou non, même en cas de victoire, M. Fillon ne sortirait pas indemne de l'épreuve qu'il aura traversée pendant la campagne. Il aura tout intérêt à s'appuyer sur un véritable chef de gouvernement puissant et déterminé pour diriger la politique intérieure française. A cet égard, le choix de la personnalité nommée à Matignon serait décisif pour la réussite de la droite au pouvoir. Enfin, l'essentiel peut-être, c'est que cette nouvelle majorité et ce nouveau gouvernement se dote d'un programme solide, cohérent, volontaire, sur l'école, l'économie, l'autorité de l'Etat, la sécurité. Les questions de fond se sont effacées derrière les polémiques et les scandales. En peu de temps, il faudra mettre sur pied un programme de gouvernement qui servira de ligne de conduite au nouveau pouvoir. 

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