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le sociologue Gaël Brustier, proche du candidat socialiste défend la participation de M. Montebourg à la primaire socialiste.
le sociologue Gaël Brustier, proche du candidat socialiste défend la participation de M. Montebourg à la primaire socialiste.
©Reuters

Cher Hugues Serraf...

"Vos attaques contre Arnaud Montebourg ne comportent aucun argument"

Réagissant à l'éditorial d'Hugues Serraf "Primaire PS : mais à quoi sert Arnaud Montebourg ?" publié jeudi, le sociologue Gaël Brustier, proche du candidat socialiste, dénonce le "totalitarisme" de l'éditorialiste d'Atlantico et défend la participation de M. Montebourg à la primaire socialiste.

Gaël Brustier

Gaël Brustier

Gaël Brustier est chercheur en sciences humaines (sociologie, science politique, histoire).

Avec son camarade Jean-Philippe Huelin, il s’emploie à saisir et à décrire les transformations politiques actuelles. Tous deux développent depuis plusieurs années des outils conceptuels (gramsciens) qui leur permettent d’analyser le phénomène de droitisation, aujourd’hui majeur en Europe et en France.

Ils sont les auteurs de Recherche le peuple désespérément (Bourrin, 2010) et ont publié Voyage au bout de la droite (Mille et une nuits, 2011).

Gaël Brustier vient de publier Le désordre idéologique, aux Editions du Cerf (2017).

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Disons le tout net, ce qui m’a le plus navré dans « l’éditorial » d’Hugues Serraf n’est pas tant qu’il s’en prenne à Arnaud Montebourg (dont, je précise, je suis un collaborateur et un ami politique de longue date) que son invocation abusive du regretté Philippe Muray. Muray, au contraire de Serraf, "n’éditorialisait" pas sur tout et n’importe quoi et mettait au service de ses utiles provocations un style un peu plus travaillé que celui de notre homme.

Après avoir été qualifiés de "réactionnaires" et de "ringards" par un ancien ministre passé d’Occident au sarkozysme, nous voici donc accusés d’être "grotesques" et d’être pires que le "lider maximo" (quelle insulte originale !) Jean-Luc Mélenchon. Bref, d’être indignes de participer à tout débat, en particulier à celui des primaires.

Sûr de sa vérité, l’article de Serraf ne comporte donc aucun argument. Des invectives oui, des arguments non. Ce n’est pas la peine. Montebourg est déjà jugé. Ce n’est plus un réquisitoire, c’est une collection d’insultes en demi-teintes. C’est d’ailleurs cela qui est déplaisant. Je dis bien en demi-teintes, car, tant qu’à subir un procès, on préfère que le procureur ait du talent et pas qu’il stagne dans un entre deux eaux littéraires, pseudo humoristique et un peu croupi. Voilà, en gros, c’est le genre de papier qui, pour paraphraser Nimier, ne laisse pas un souvenir mais une odeur.

Belle leçon de totalitarisme

Serraf a-t-il lu le livre d’Arnaud Montebourg, Des Idées et des rêves, paru en novembre dernier ou celui, plus récent, paru en mai ? Que nenni ! Dans l’univers de Serraf, on sait écrire, au kilomètre en plus (normal pour un spécialiste de la bagnole), mais, apparemment, on n’a pas besoin de lire. On sait. Et donc puisque l’on sait, on « é-di-to-ria-li-se ». Respect !

Montebourg et les siens n’auraient "rien" à "apporter au débat public" sauf de la "démagogie". C’est une variante moins sophistiquée du "cercle de raison" d’Alain Minc. Minc a d’ailleurs traité Montebourg de "connard" mais, entre Minc et Serraf, je le confesse, je ne suis pas sûr du tout de qui est le plus vulgaire (dans sa pensée, Serraf étant à Minc ce qu’une star de radio-crochet est à la Callas).

Belle leçon de totalitarisme en fait que celle que nous assène ce monsieur. Comme, il n’y a aucun argument critique au sens noble dans la prose de Serraf, je ne m’attarderai pas à lui adresser des arguments qui existent et qu’il n’a qu’à aller lire par lui-même si son occupation d’omniscient professionnel lui en laisse le loisir (autant dans les écrits d’Arnaud Montebourg que ceux d’Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Frédéric Lordon, Gaël Giraud, Hubert Védrine et tant d’autres…). Chacun l’a compris, Serraf ne veut pas du débat et, comble de la pensée orwellienne, c’est au nom du débat qu’il déclare qu’Arnaud Montebourg n’a pas le droit d’y participer. Avec de tels "éditorialistes", nous voilà bien parés pour les années à venir.

"Editorialiste toutologue"

Interdit moi-même et par voie de conséquence de débat par Serraf, je me suis donc penché sur la production de ce docte éditorialiste et intéressé à ce qui le passionne pour mieux le connaitre. Je n’avais jamais rien lu de lui auparavant. Je viens donc de rattraper mon retard culturel (béant) en quelques minutes (à Atlantico, au contraire d’autres, on n’indique pas le temps de lecture, rapide heureusement pour les papiers de Serraf).

Comme tous les éditorialistes toutologues, Hugues Serraf parle de tout (et donc de rien). Si, hier, il s’est déchainé contre Arnaud Montebourg, l’homme sait fait preuve d’éclectisme. Certes, il a parlé avant-hier d’un sujet sur les transports, à propos duquel il doit être compétent, je le concède. Cependant au cours des dernières semaines on trouve de tout : Charlène et Albert, le "mariage durable", La Poste, Thomas Voeckler, DSK, Gaza, la bisexualité (avec quelques phrases d’anthologie oscillant entre beaufitude et platitude), la dette grecque (monsieur est, parait-il un "libéral de gauche"), la SNCF, le mariage gay et le cannabis, etc…

On retiendra cette sentence qui mérite d’être méditée : "Le cul, c’est un peu le moteur numéro 1 de l’humanité". Je croyais, m’inspirant d’un ancien Président, que c’était la vanité. A lire Serraf, j’en suis encore un peu plus convaincu. Bref, avec de tels antécédents, le problème des accusations portées par Monsieur Serraf contre la campagne d’Arnaud Montebourg est qu’elles sont entachées d’un grave "credibility issue".

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La réponse d'Hugues Serraf :

"Je lis ce texte saturé de « name dropping » et, ma foi, si je me rends bien compte qu’il s’agit surtout de la réaction d’un proche de Montebourg piqué au vif, je ne vois pas l’intérêt de répliquer point par point à ce chapelet d’attaques personnelles un peu vaines.

Deux choses néanmoins. D’abord, « toutologue » : terme inventé par le plus respectable de ces spécialistes généralistes, je le prends comme un compliment. S’intéresser à tout, c’est tout de même plus excitant que le contraire. Chez un chroniqueur, c’est même perçu comme une compétence. Eh oui.

Mais sur Montebourg, des choses concrètes sont dites sur lesquelles vous faites l’impasse, emporté par votre terrible colère de porte-flingue improvisé, du cumul des mandats à la fonction présidentielle.

Sur l’absurdité abyssale de la « démondialisation » ou de la culture à prix unique, on concèdera que c’est mon opinion contre la sienne mais, hey, j’ai le droit de penser ce que je veux de l’offre d’un politique et de l'écrire. C’est même mon privilège de toutologue."

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