L'atout Angela Merkel pourrait-il se révéler être un boulet pour Nicolas Sarkozy ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
L'atout Angela Merkel pourrait-il 
se révéler être un boulet 
pour Nicolas Sarkozy ?
©

Couple

L'atout Angela Merkel pourrait-il se révéler être un boulet pour Nicolas Sarkozy ?

Interview télévisée commune du président de la République et de la chancelière ce soir, diffusée simultanément en France et en Allemagne. Angela Merkel pourrait-elle vraiment aider Nicolas Sarkozy a faire remonter sa cote de popularité ?

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

Voir la bio »

Atlantico : Vous avez réalisé fin-janvier avec l’IFOP pour l’Ambassade de la République Fédérale d’Allemagne à Paris une étude consacrée à « l’image de l’Allemagne en France ». Que pensent les Français d’Angela Merkel ? Sa rencontre avec Nicolas Sarkozy ce lundi constitue-t-elle pour lui un réel atout politique à l’aune de la présidentielle française à venir ?

Jérôme Fourquet : Il faut tout d’abord se souvenir de la récente rencontre Sarkozy/Obama, lors du G20 à Cannes : nous avions assisté à une tentative de rapprochement avec "l’extérieur". Résultat : cela n’avait pas nui à Nicolas Sarkozy, mais cela ne lui avait pas non plus profité ; on n’avait pas constaté d’impact majeur sur les cotes de popularité ou sur les intentions de vote. On peut donc s’interroger sur l’impact d’un soutien d’Angela Merkel.

Dans notre étude, la chancelière représente véritablement l’Allemagne pour les Français. C’est son nom qui vient en deuxième (après la notion de "sérieux") lorsqu’on évoque « les traits d’image spontanément associés à l’Allemagne ». Elle incarne ainsi la discipline, la rigueur, l’austérité, la constance, le travail et le sérieux. On est un peu dans les clichés de l’image d’Épinal mais aux yeux de nos compatriotes, elle représente le visage de l’Allemagne telle qu’ils la voient.

Si l’on se fie à l’étude que nous avons menée, la notion de modèle allemand est bien intégrée dans l’esprit des Français : pour eux c’est un pays qui a une économie dynamique et performante dont on devrait s’inspirer. Mais il existe deux limites :

  • D’une part, les Français sont conscients que la réussite allemande est passée par des sacrifices importants en matière de protection sociale. Selon notre étude, plus de 60% des Français estiment que notre pays devrait s’inspirer du modèle économique allemand, mais quasiment la même proportion estime qu’en matière de protection sociale c’est la France qui présente les meilleurs résultats. C’est donc une image un peu ambivalente : la notion de modèle est à manier avec précaution.
  • Deuxième limite : l’Allemagne et Mme Merkel sont très fortement instrumentalisées dans le débat politique intérieur français notamment par la droite et Nicolas Sarkozy. Ceci a été renforcé lors de sa dernière intervention télévisée où il a cité l’Allemagne à de très nombreuses reprises. Cela a des effets très concrets : l’image de l’Allemagne, même si elle bonne, est assez différente selon qu’on soit « de droite » ou « de gauche » : 93 %  des partisans de l UMP ont une bonne image globale de l’Allemagne contre 78% au PS.

Il existe donc un clivage partisan sur ce sujet. En s’affichant avec Mme Merkel, Nicolas Sarkozy ne fait que conforter ses propres troupes.

En outre, il existe le risque que les Français perçoivent cette rencontre Sarkozy/Merkel comme l’illustration des difficultés actuelles du Président qui chercherait ainsi un soutien à l’étranger.

Par ailleurs, notre enquête montre que les Français considèrent que les relations franco-allemandes sont bonnes mais que l’Allemagne a pris le leadership en Europe. La rencontre Sarkozy/Merkel pourrait donc aussi être considérée comme une forme d’ingérence de la chancelière dans la campagne présidentielle française. Cela pourrait ainsi se retourner contre Nicolas Sarkozy, si on le percevait sous l’influence d’Angela Merkel.

Cette éventualité est renforcée par l'évolution de la perception de l'Allemagne chez les Français. Nous disposons d’une étude datant de 1997 qui montre que l’écart s’est creusé : le dynamisme et la performance allemande ont attisé quelques craintes chez nos concitoyens, avec notamment le sentiment que l’Allemagne a pris le dessus sur nous.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !