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RSA et « assistanat », 
Fukushima de l’UMP ?
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EDITORIAL

RSA et « assistanat », Fukushima de l’UMP ?

Beaufitude, démagogie, « cancer », les mots et noms d’oiseaux employés au sein de l’UMP dans le débat ouvert depuis dimanche par Laurent Wauquiez témoignent de l’apparition d’un nouveau front extrêmement sensible au sein de la majorité : l’assistanat et la justice sociale.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Depuis  dimanche on ne parle que de « ça ». On peut comparer la sortie de Laurent Wauquiez sur la réforme du RSA et l’assistanat (ce "cancer" qui ronge la France) à  un tremblement de terre : et il est aujourd’hui  impossible d’en évaluer  l’ampleur à cause des ondes de choc que cette offensive  est susceptible de provoquer. C’est tout le futur paysage politique à droite qui pourrait s’en trouver redessiné.

Une seule certitude sur les suites de la polémique lancée par le ministre des Affaires européennes : il n’y aura pas de proposition de loi pour  plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75% du SMIC et pour  exiger 5 heures de travail hebdomadaire en contrepartie du RSA.  La proposition de loi est en effet l’apanage des parlementaires ; son origine ne peut être ministérielle. Et s’il se trouvait un élu suffisamment téméraire pour  se lancer dans cette démarche, il ferait chou blanc. Ladite proposition n’aurait aucune chance d’être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée avant la présidentielle. Officiellement  parce que  le  laps de temps nous séparant des élections ne le permettrait pas, mais surtout parce que la question de l’assistanat qui met aujourd’hui le feu à la droite constituera vraisemblablement un des thèmes des prochains scrutins et qu’il s’agit d’un sujet bien plus sensible encore que le bouclier fiscal ou la réforme de l’ISF au menu du Conseil des Ministres de ce mercredi.

François Fillon est hors de lui : « j’en ai marre de ces ministres qui se font de la pub sur le dos du gouvernement » a -t-il lancé au petit déjeuner de la majorité à l’Elysée , avant d’avertir les députés UMP à la réunion à huis clos du groupe à l’Assemblée : « Il ne faut pas qu'on s'ingénie à détruire le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy , nous ne devons pas jeter le discrédit sur la réforme du RSA… Attention à ne pas nous tirer une balle dans le pied ! "» a-t-il déclaré devant  des députés très divisés. Roselyne Bachelot a, elle, encore moins fait dans la nuance avec un cinglant : "Faisons attention à certains discours de beaufitude et aux propos de comptoirs...".

Pour autant, le Premier ministre est conscient que Laurent Wauquiez a mis le doigt sur un sujet qui a une vraie résonance dans l’opinion publique. Au cours de la séance des questions d’actualité, François Fillon a résumé la situation : « Le RSA, c'est une avancée par rapport au revenu minimum d'insertion … Mais cette réforme n'a pas pour autant résolu tous les problèmes. Nous avons deux défis à relever : le premier, c'est d'orienter davantage de personnes vers un parcours d'insertion ; le deuxième, c'est de lutter contre les fraudes qui exaspèrent à juste titre nos concitoyens! »

Et c’est cette exaspération plus que l’avancée sociale que perçoivent aujourd’hui des élus inquiets pour leur réélection , qui ont à nouveau applaudi le Ministre des Affaires Européennes ce matin au cours du Bureau Politique de l’UMP.

Alors assistanat, thématique porteuse surfant sur le mécontentement des classes moyennes ou danger pour la majorité confrontée, comme le soulignent certains, à un « besoin de social » au moment où l’on réforme l’ISF  et où les montants des salaires de grands patrons ou de certains bonus donnent le tournis … ?

Difficile ces jours ci à l’UMP d’accorder ses violons sur les moyens de promouvoir la justice sociale…

D’autant, qu’au-delà de la brutalité du propos, (le terme cancer a choqué), c’est le calendrier choisi par Laurent Wauquiez qui  interpelle et est vilipendé par une partie de la majorité. Le Ministre a lancé son offensive en pleine célébration du 10 mai, au moment où la Gauche vante les acquis sociaux de l’ère Mitterrand, mis à mal sous la présidence Sarkozy. Mais surtout  il a lancé son débat à la veille du congrès du Parti Radical qui se tient ce week-end et qui doit entériner le ralliement du parti à la Confédération Centriste, mais dont le but est surtout  d’acter la candidature de Jean Louis Borloo à l’élection présidentielle. Jean-Louis Borloo se voit « partir à 10% », avant de conquérir tout l’électorat du centre et de rallier progressivement les élus centristes de l’UMP, voire des gaullistes sociaux. Et Borloo, c’est le champion du « social ». La question de l’assistanat, il la voit à travers l’insertion, le retour à la vie professionnelle, l’attribution de logements décents, à l’opposé de ceux qui   n’ont que les fraudeurs en ligne de mire.

Pour contrer l’offensive centriste, l’enjeu à l’UMP est maintenant de réussir à faire la synthèse sur la vision de la justice sociale portée par le parti, entre les Réformateurs qui  à l’instar d’Hervé Novelli expliquent  qu’«il faut revoir les règles de l'assistanat » et les élus de la Droite populaire qui  affirment par la voix de Lionel Luca que «ce n'est pas le moment ni le bon angle d'attaque. Le bon angle  d’attaque, c’est la fraude et ce n’est pas désigner du doigt des gens qui profiteraient d’un système auquel ils ont droit légitimement».

Cette synthèse, Jean-François Copé en rêve, puisqu’une Convention est programmée sur ce thème début juin. L’ancien ministre Marc-Philippe Daubresse, par ailleurs secrétaire général adjoint de l’UMP, prépare de son côté un rapport sur l'application du RSA à l'intention de Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat qui, ce matin, est sorti de sa réserve en indiquant lors du Conseil des ministres que chaque membre du gouvernement devait se cantonner à son domaine de compétences. Nicolas Sarkozy a également tenu à souligner le bilan "exceptionnel" du RSA. Manière de recadrer Laurent Wauquiez, et de ménager François Fillon. Le Premier ministre était en effet pris dans une tenaille intenable : défendre le bilan du gouvernement tout en assurant sa cohésion mise à mal, cette semaine, par l'initiative du ministre des Affaires européennes.

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