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Arsenal de guerre des terroristes : comment les groupes mafieux ont mis la main sur un trafic d’armes juteux
©Flickr

Argent facile

Arsenal de guerre des terroristes : comment les groupes mafieux ont mis la main sur un trafic d’armes juteux

Les attentats de novembre à Paris, puis ceux de Bruxelles récemment, ont montré que des liens existaient entre les petits voyous devenus terroristes et le crime organisé. Aujourd'hui, presque toute la logistique des groupes djihadistes provient des organisations criminelles.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Atlantico : Composants pour explosifs, kalachnikovs, armes de poing... c'est un arsenal du parfait terroriste que l'on a retrouvé chez Reda Kriket. L'homme, arrêté le 24 mars à Argenteuil, comptait l'utiliser pour perpétrer un attentat. L'origine du stock est encore indéterminée, mais certaines personnes parlent de liens de plus en plus évidents entre la mafia et les djihadistes. L’approvisionnement des terroristes qui commettent ou planifient des attentats en Europe peut-il être assuré par un réseau du crime organisé de type mafieux ?

Alain Rodier : Quoiqu'en dise la légende, il n'est pas si facile que cela de trouver une Kalachnikov, même au coin d'une rue d'un "quartier difficile". Il convient d'avoir affaire à des trafiquants qui appartiennent au crime organisé et qui se sont fait une spécialité d'amener clandestinement des armes depuis les Balkans. A l'origine, il s'agissait de fournir en matériels nécessaires les braqueurs de fourgons blindés. En France, cela faisait partie du grand banditisme. Leurs chefs étaient poétiquement surnommés les "beaux mecs". Peu à peu, les choses ont évolué, les nouveaux clients étant des membres de bandes de banlieues qui souhaitaient conquérir puis défendre des territoires pour s'y livrer à leur activité de prédilection: le trafic de drogue. Les fusillades entre bandes sont devenues chose commune alors que les "beaux mecs" se trucidaient assez peu entre eux. Avec le temps, une partie de ces jeunes pistoleros a versé dans le terrorisme d'origine islamique, histoire de s'acheter une place au paradis en rémission des fautes qu'ils avaient commises.  

Le très puissant cartel mexicain Sinaloa ou encore la mafia italienne de New-York ont déclaré publiquement la guerre à l’État Islamique. Pourtant, historiquement, il semble exister des liens étroits entre terroristes et mafieux. Les terroristes de Molenbeek, par exemple, n'ont-ils pas été en contact avec des mafieux lorsqu'ils n'étaient que de petits trafiquants de drogue ?

Cette information est fausse, un fake. Jamais aucune organisation criminelle dont le cartel de Sinaloa (Mexique) ni une des cinq familles italo-américaines de New-York n'a déclaré la guerre à Daech. Il s'agit vraisemblablement d'une opération de type Anonymous. Cela est d'autant plus vrai que, pour le moment, le Groupe Etat Islamique (GEI ou Daech) n'est pas parvenu à pénétrer le continent américain même si des "loups solitaires" se revendiquant de Daech ont mené quelques attentats aux Etats-Unis. Les contacts entre le crime organisé et les petits voyous belges devenus terroristes sont évidents. Certains d'entre-eux comme les kamikazes de Bruxelles étaient plus connus des fichiers de police pour des délits de droit commun que pour une radicalisation religieuse.   

La plupart des armes de guerre utilisées par les terroristes en Europe auraient été introduites dans nos pays par les trafiquants d'armes des pays des Balkans. Peut-on considérer qu'il suffirait de neutraliser ces réseaux mafieux pour empêcher les terroristes de nuire ?

Vous avez parfaitement raison. Il convient de ne pas renouveler l'erreur commise par le FBI après les attentats du 11 septembre 2001. Nombre d'agents spéciaux affectés à la lutte contre le crime organisé ont été mutés à l'anti-terrorisme. Inutile de dire que les criminels présents aux Etats-Unis ont été ravis et ont profité de l'aubaine.

De plus, presque toute la logistique des groupes terroristes provient du crime organisé. Quand le GEI vend du pétrole ou des antiquités (et peut-être de la drogue), il y a un acheteur qui a pignon sur rue. Entre les deux, il y a le crime organisé et dans le cas du front syro-irakien, les maffyas turco-kurdes.

On sait aussi que la mafia contrôle les flux de migrants en Italie, et que les terroristes passent par les centres d'accueil qu'elle tient sous sa coupe. Comment, et sur la base de quels échanges, se construit ce sombre partenariat ?

Les principe de toute organisation criminelle (ce que sont les cinq mafias italiennes) est de gagner de l'argent facilement. L'arrivée des migrants constitue pour elles une aubaine. Non seulement elles participent pour partie au "voyage" vers l'Europe, du moins au débarquement, mais ensuite à la gestion des camps de réfugiés en détournant une partie des aides accordées, en rackettant les malheureux migrants, voire en les livrant ensuite à la traite des êtres humains.

Le problème actuel est que le crime organisé sait mener ses activités avec assez de professionnalisme et de discrétion pour rester en dessous des radars des forces de sécurité. Il leur reste à trouver les "parrains" de ces trafics avec des preuves recevables devant la justice.

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