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"Il y a entre 15 et 20 millions 
d'armes à feu en France"
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Escalade de la violence

"Il y a entre 15 et 20 millions d'armes à feu en France"

La mort d'un adolescent qui tentait de s'introduire dans une maison quand un riverain lui a tiré dessus, à Marseille le 2 mai, pose l'éternelle question de la légitime défense et du port d'arme en France.

Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Atlantico : Le drame de Marseille évoque-t-il une tentation générale à l’auto-défense ? Assiste-t-on à une propagation des armes ?

Alain Bauer : ce sont paradoxalement deux fausses questions car elles sont liées à l’actualité mais pas à la réalité. D’abord, des armes en France, il y en a entre 15 et 20 millions. Le problème de propagation n’a donc pas de sens en particulier. La France est un pays de chasseurs, qui dispose d’un nombre considérable de fusils et de carabines. En la matière, le cambrioleur a été tué par une carabine. La problématique de l’usage des armes à feu en France est relativement basse. Le seul souci est l’apparition d’armes de guerre, entre les mains de criminels plus jeunes et moins structurés. Jusqu’à présent il y avait un strict contrôle par le crime organisé de l’armement lourd. C’est un phénomène post-Yougoslavie où la Kalachnikov est apparue sur l’ensemble des marchés européens, à des prix défiants toute concurrence.

L’actualité met-elle le doigt sur un épiphénomène ou existe-t-il un emballement pour se faire justice soi-même ?

Quantitativement, c’est un épiphénomène. En tout cas pour l’usage d’arme à feu. Pour ce qui est du règlement individuel ou en groupe, à la batte de baseball, avec la quincaillerie ou l’outillage du garage, il y a effectivement plus de cas visible, notamment pour les violences entre personnes. Mais il y a dans cette affaire une difficulté à différencier ce qui relève de l’auto-défense et ce qui relève du règlement de compte entre bande. Comme les chiffres ne sont pas gigantesques, le système informatique et les remontées nationales de la statistique, ne permettent pas de se faire une opinion dans les circonstances présentes.

On est en tout cas très loin des États-Unis….

Aux États-Unis, l’ensemble des concepts dont vous me parlez sont légaux et sont même soutenus par l’ensemble des États. La loi est ainsi faite qu’on vous recommande de vous défendre, d’être armé et la plupart des législations d’Etat vous autorisent à faire feu, même contre quelqu’un de désarmé, à la grande différence de la législation nationale. La comparaison, à système pénal non compatible, n’a pas beaucoup de sens.

Si ce n’est qu’il y a beaucoup plus de morts par arme à feu aux États-Unis…

Oui, mais il y en a de moins en moins aux États-Unis. Le niveau de mortalité-homicide par arme à feu est en chute libre depuis 1994. Eu égard à la population globale de ce pays et au nombre d’arme à feu présent. C’est une caricature car on ne compare pas des choses comparables. Vous avez 320 millions d’habitants plus une vingtaine de millions de clandestins, vous avez 300 millions d’armes à feu. La législation vous incite à vous protéger et même à porter des armes cachées. Techniquement parlant, la masse de cas potentiel est sans commune mesure avec celle qui pourrait exister en France. Du coup, le nombre de cas doit être apprécié en fonction de la masse potentielle et pas en fonction de ce qui se passe sur le territoire français.

La Corse reste le lieu où il y a le plus de règlement de compte en Europe…

Oui, mais comme toujours on calcule par rapport à quoi ? Si je calcule par rapport à la Sicile, ce n’est pas vrai. Le problème, c’est que comparer des choses incomparables pour vous garantir une opinion est une chose mais scientifiquement parlant, on essaye de comparer dans des situations comparables. Donc si on compare la Corse à la Sicile, ce que l’on vient de dire n’est pas vrai. Le système de comparaison au niveau européen ou international, part de données incomplètes et pas systématiquement comparables. Il est donc assez difficile de se lancer dans ce type d’aventure. Il faut le faire en tout cas avec toutes les réserves d’usage. Ce qui réduit beaucoup l’argumentation.

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