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Areva, la vraie histoire du fiasco
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L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Areva, la vraie histoire du fiasco

Le gouvernement a déjà mis des semaines pour annoncer publiquement les pertes d’Areva : 5 milliards d’euros. Il faut maintenant annoncer la solution qu’il faudra adopter pour sauver la filière nucléaire française.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’un des plus beaux fleurons de l’industrie française aura accumulé plus de 5 milliards de pertes en 2014. Au temps de François Mitterrand, il n’en avait pas fallu autant pour faire du Crédit Lyonnais  un scandale d’État. Avec Areva, c’est financièrement encore plus grave.

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Pendant ces dix dernières années, l’État nous a raconté des histoires sur le financement du nucléaire. L’État qui contrôlait tout a laissé faire une technostructure d’ingénieurs des mines présidée par une énarque dont la seule vraie qualité aura été d’être proche de François Mitterrand. Les successeurs de droite n’ont pas été plus malins. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy n’ont pas été plus lucides et plus courageux.

Que s’est-il passé pour en arriver à une telle catastrophe financière sans que personne ne tire la sonnette d’alarme ? Dans n’importe quelle entreprise privée, on aurait appuyé sur les freins, les personnels, les actionnaires  ou les Commissaires aux comptes. 

Dans une entreprise publique stratégique comme Areva, tout s’est passé dans une logique de secret d’État. L’entreprise était une réserve de vaches sacrées qu'il ne fallait surtout pas critiquer. En fait, Areva n’a pas eu de stratégie à l’intérieur du pays comme à l’extérieur.

Areva a défendu  deux certitudes. La première, c’était que le nucléaire est sans doute la seule source d’énergie propre et peu chère. Les dirigeants d’Areva ont principalement investi dans la sécurité pour calmer ou anesthésier  les inquiétudes politiques.

La deuxième certitude, c’est que les ingénieurs de l’entreprise étaient les meilleurs et qu'ils n’avaient besoin de personne pour être contrôlés ou épaulés. Ils étaient très fort pour gérer la technologie, beaucoup moins pour réaliser des optimisations financières.

Le résultat de cette arrogance, c’est qu'Areva est parti dans la course au gigantisme avec l’EPR, persuadé d’avoir découvert la pierre philosophale de l’énergie perpétuelle. Aucun gouvernement n’avait la compétence pour challenger un tel pari.

Areva a refusé toute alliance avec des groupes qui auraient pu l’aider, l’épauler, la compléter. Areva a refusé l’alliance de son client EDF ou de son fournisseur Alstom. La France a raté la construction d’une puissante filière nucléaire dans laquelle se seraient enchainés  Areva, EDF, Bouygues allié à Alstom. Il y aurait eu beaucoup de compétences, beaucoup de force commerciale, beaucoup de sécurité et des marchés extérieurs pour la France.

Aucun gouvernement n’a osé affronter la technostructure d’Areva. La gauche ne l’a pas fait pour ne pas froisser Anne Lauvergeon et agacer les écologistes ou Greenpeace. Nicolas Sarkozy qui connaissait les règles du Monopoly ne l’a pas fait parce qu'il avait trop peur qu'on lui reproche de faire un cadeau à son ami Martin Bouygues. Or, c’était pourtant la solution économiquement la plus efficace.

La conséquence de tout cela, c’est qu’Alstom a été vendu aux américains de GE, Bouygues va se replier sur le bâtiment et l’audiovisuel, EDF continue d’exploiter les centrales sans faire d’exploits  à l’étranger.

Pendant ce temps, Areva continue de dépenser de l’argent dans des chantiers EPR extrêmement mal gérés, dans des achats mal étudiés et surtout dans un manque de compétitivité commerciale dans la conquête des marchés émergents, faute de s’entendre avec son principal partenaire.

Bilan, 5 milliards d’euros à trouver. L’État a bien sur une solution. Après avoir demandé à la direction d’assainir l’organisation, de réduire les frais de personnel, l’État va étudier une recapitalisation.

Pour des raisons politiques, l’État français a refusé les offres des Qataries, refusé les offres des fonds chinois et renoncé à pomper sur l’argent public. De toute façon il n’y en a pas.  

La seule solution : EDF. Et pour une fois, avec un montage astucieux.  Tout d’abord, il y aura un rapprochement au niveau du capital, puis de l’organisation. En clair, on va annoncer sans doute la semaine prochaine qu’EDF prendra une participation importante dans Areva afin de regonfler ses fonds propres. On fera à chaud ce que Prolgio voulait faire à froid.

Ou bien EDF finance seule l’opération et demande à ses clients de payer l’addition, ou bien l’État vend une parcelle de capital d’EDF au public, à la bourse. Dans tous les cas de figure, c’est  politiquement  invendable quand on sait la pression qu’exerce le PS sur les tarifs d’EDF. C’est invendable quand on sait l’état dans lequel sont les écologistes.

C’est tellement invendable que le président de la République, comme toujours, n’ose pas parler des sujets qui fâchent. Donc il va laisser Emmanuel Macron gérer la situation.

Mercredi, jour où l’on annonçait la perte colossale d’Areva, François Hollande a parlé d’autre chose. Il a fait venir la télévision pour se féliciter des succès de Dassault avec le Rafale : passionnant, enfin des vrais problèmes. Ce pays est parfois désespérant.

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