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Pari sur l'avenir

Aqmi : ce que changerait la mort d'Abou Zeid

Abou Zeid, l'un des principaux chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), aurait été tué vendredi lors de combats au nord du Mali, selon le président tchadien Idriss Déby. Un décès non confirmé par Paris, mais qui aurait un fort impact sur l'organisation terroriste.

Atlantico : Abou Zeid, cadre haut-placé d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), aurait été tué lors d'un raid français dans le Nord Mali, selon l'annonce faite vendredi par le président tchadien, lors d'un hommage à des soldats tués pendant cette opération. Sa mort, si elle était confirmée, pourrait-elle affaiblir Aqmi ?

Antoine Tisseron : Oui, indéniablement, Aqmi serait affaiblie par la mort d’Abou Zeid. Cela poserait – puisque la France n’a encore rien confirmé ce matin et qu’à plusieurs reprises déjà, tant Zeid que Belmokhtar ont été annoncés comme morts – la question de la présence militaire d’Aqmi dans le Sahara, et même de l’influence des dirigeants d’Al-Qaïda dans la région. En effet, comme le rappelait en 2010 l'universitaire Jean-Pierre Filiu, Zeid avait une connexion directe avec Al-Qaïda central, et notamment l'Égyptien Ayman Al Zawahiri.

Qui pourrait lui succéder en termes de leadership ? Makhar Bel Mokhtar, l'instigateur de l'attaque contre le site gazier d'In Anemas, pourrait-il revêtir cet habit ?

C’est une bonne question. Elle est pour l’instant soumise à l’annonce de la mort d’Abou Zeid par le chef d’Aqmi. Quoi qu’il en soit, une succession ne sera pas facile. Zeid est la figure de proue d’Aqmi au Sahel, voire selon Mathieu Guidère le dernier représentant officiel de l’organisation dans la région.

Ensuite, si Aqmi souhaite rester dans le Sahara après l’offensive militaire menée par la France et ses alliés, elle devra choisir un homme qui connaît bien la zone et un meneur d’hommes, ce qui restreint les possibilités. Comme vous le suggérez, Belmokhtar serait un successeur potentiel. Ceci étant, il a pris ses distances avec Aqmi fin 2012 et les relations entre Belmokhtar et Abdelmakel Droukdel, le chef d'Aqmi, ont été à plusieurs reprises ces dernières années conflictuelles. Un éventuel retour dans l’organisation de Belmokhtar montrerait ainsi qu’Aqmi ne dispose pas d’autre possibilité, et pourrait être interprété comme un signe de la faiblesse du mouvement.

Une autre hypothèse serait, pour Aqmi, d’adouber un mauritanien ou un malien, ce qui serait un geste fort dans le sens ou il marquerait la fin d’une hégémonie algérienne. Reste à voir si la direction y est prête.

Abou Zeid est considéré comme l’instigateur des enlèvements d’étrangers. Si sa mort est confirmée, peut-on parier sur un changement de stratégie, moins axée sur la prise d'otages ?

Abou Zeid est un partisan du djihad global et de l’application stricte de la charia. Indéniablement, sa mort affaiblirait en cela la ligne dure au sein d’Aqmi. Cependant, il ne faut pas oublier que Droukdel est aussi un rigoriste qui souhaitait appliquer la charia dans le nord du Mali.

Surtout, les prises d’otages ne sont pas seulement un acte religieux : les Occidentaux capturés sont une ressource politique et financière. Alors le choix d’un éventuel successeur indiquera si oui ou non la direction d’Aqmi a opté pour un assouplissement idéologique au nom d’un pragmatisme combattant. Mais de là à considérer que la mort de Zeid réduise l’attrait que constituent les prises otages, cela me semble très peu probable.

En quoi sa mort pourrait-elle faciliter, ou compliquer, l’action de la France au Mali ?

Je ne pense pas que la mort de Zeid facilite ou complique particulièrement l’action de la France au Mali. Certes, elle mettrait fin à un ennemi sévissant dans la zone depuis 2003 et son apparition lors du rapt de 32 touristes européens dans le grand sud algérien, revendiqué par Abderrezak el Para. Il s’agirait également d’une victoire symbolique, même si elle pose des questions sur l’avenir des otages et les nouveaux interlocuteurs dans le cadre de discussions. Mais je crois qu’il faudrait surtout la prendre comme un révélateur de la violence des coups qui sont portés aujourd’hui dans le nord du Mali par les opérations conjointes tchadiennes et françaises. Des coups qui ne doivent pas faire oublier que la principale difficulté au Mali réside dans la construction d’une paix solide et durable, à travers des actions politiques dans lesquelles Paris n’a d’autre choix que de s’engager.

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