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Après une soirée d'euphorie, Emmanuel Macron face à une pression maximale dans l'entre deux tours (et au delà...)
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Dîner de la Rotonde

Après une soirée d'euphorie, Emmanuel Macron face à une pression maximale dans l'entre deux tours (et au delà...)

Dans la soirée du 23 avril, Emmanuel Macron s'est retrouvé avec ces proches à la Rotonde, restaurant parisien, pour fêter sa première place au premier tour de l'élection présidentielle. Mais derrière ces festivités se préparent déjà des choix cruciaux : ceux des alliances et équilibres qui vont dessiner ce qui devrait être la présidence d'Emmanuel Macron.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle avec 23,75% des voix, devant ses militants réunis dans un hall de la Porte de Versailles à Paris, Emmanuel Macron a déclaré : "Nous avons changé le visage de la vie politique française", avant d'ajouter qu'il veut devenir "le président de tout le peuple de France, des patriotes, face à la menace des nationalistes...". Opposé à Marine Le Pen qui le talonne avec 21, 53% des suffrages, le candidat d'En Marche a toutes les chances d'être élu Président de la République le 7 mai prochain. Tous les appels à voter en sa faveur, tous les sondages réalisés après la publication des résultats vont dans ce sens et lui accordent autour de 60% des voix, contre un peu moins de 40% des suffrages à Marine Le Pen. Pendant son allocution, l'ancien ministre de François Hollande a marqué plusieurs pauses et repris sa respiration, comme s'il réalisait soudain l'ampleur du changement - qui s'apparente davantage à un tremblement de terre politique - qui est en train de se produire.

Car c'est tout un monde (politique ) qui s'est écroulé à l'occasion de ce premier tour avec l'élimination de François Fillon et Benoit Hamon, les deux candidats des deux partis qui gouvernent alternativement la France depuis le début de la Ve République - le Parti Républicain, version moderne des gaullistes alliés aux centristes et le Parti Socialiste façonné par François Mitterrand. La victoire annoncée d'Emmanuel Macron le 7 mai prochain leur promet des jours difficiles. Mais l'alternative reste à construire et la question qui se pose aujourd'hui est : avec quelle majorité Emmanuel Macron va-t-il et pourra-t-il gouverner le pays ? Même si le projet présidentiel était dans sa tête depuis des années, - le candidat d'En Marche a réussi une " blitzkrieg" (guerre éclair) jamais égalée en étant aux portes du pouvoir une année seulement après avoir lancé son mouvement - même s'il a fait imploser un système à bout de souffle, Emmanuel Macron ne sait pas quelle sera la configuration du "son" système lorsqu'il sortira des élections législatives des 11 et 18 juin prochains. 

Et c'est là que tout devient flou. Emmanuel Macron ne dispose pas d' un parti politique structuré, à sa main, comme l'avaient à leur époque François Mitterrand et Jacques Chirac. En Marche est un mouvement composé de multiples comités locaux qui ont essentiellement oeuvré à la victoire de leur candidat, mais qui ne dispose d'aucun élu sur ce label. Dimanche soir, Emmanuel Macron a d'emblée annoncé vouloir construire "dès à présent une majorité de gouvernement" où " chacune et chacun peut avoir sa place". Et il a précisé : "Je ne demanderai pas à ceux qui me rejoignent d'où ils viennent, mais s'ils sont d'accord pour fonder ce renouveau politique". 

Emmanuel Macron devra cependant rapidement clarifier la situation et investir les candidats qui se réclameront de son programme s'il veut former une majorité présidentielle, comme l'expliquent ceux qui autour de lui, examinent les candidatures des aspirants députés. Sans faire de bruit un comité d'investitures travaille depuis plusieurs semaines à la sélection des candidats aux législatives estampillés En Marche. Car une majorité ne se construit pas dans l'improvisation. Le candidat d'En Marche se réclame "ni de droite ni de gauche". Emmanuel Macron a d'ores et déjà conclu une alliance électorale avec François Bayrou qui a obtenu l'assurance qu'une centaine de circonscriptions seront dévolues à des candidats centristes. L'UDI a, comme un seul homme appelé à voter Macron. Et certains, à l'instar d'Yves Jégo, appellent à construire une majorité "humaniste", prélude à un pas supplémentaire en direction d'EM !... Un certain nombre de députés socialistes (entre quarante et cinquante, qui avaient parrainé sa candidature et étaient en rupture avec la campagne de Benoit Hamon, sont déjà préinvestis mais Emmanuel Macron a voulu endiguer une vague de ralliements de députés candidats à leur réélection et a exclu tout accord d'ensemble avec le PS.

C'est à cause de ce flou que les Républicains espèrent encore obtenir une majorité à l'Assemblée en juin. Jean-Pierre Raffarin déclarait hier : "Il faut qu’on ait aux législatives une majorité qui fasse contrepoids aux excès que pourrait avoir M. Macron". Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée renchérissait sur un autre plateau télé en mettant en avant "la volonté d'alternances des Français", qui éliraient une majorité de droite et imposeraient une cohabitation au futur Président. C'est oublier un peu vite ce qui s'était produit en1981. Après la défaite de VGE, les électeurs de droite s'étaient massivement abstenus lors des législatives provoquées par François Mitterrand nouvellement élu, et c'est une "chambre" rose, comme on n'en avait jamais vu qui était ressortie des urnes. Mais la situation de 2017 n'est pas comparable à celle de 1981. Si l'avance d'Emmanuel Macron n'est pas considérable par rapport à Marine Le Pen, le candidat d'En Marche peut être servi par les divisions qui se sont manifestées dès hier soir chez les Républicains . On a vu François Baroin, Christian Estrosi, Jean-Pierre Raffarin, et Alain Juppé entre autres appeler à voter sans réserve pour Emmanuel Macron, tandis que Laurent Wauquiez, tenant d'une ligne dure, se contentait d'appeler à "ne pas voter pour Marine Le Pen"; et le député du Rhône Georges Fenech, (qui avait appelé au retrait de la candidature de François Fillon) affirmait que "se jeter dans les bras de Macron, c'est un deuxième suicide collectif pour les législatives".

Et si François Fillon a appelé ses amis politiques à "rester unis et déterminés", le Mouvement Sens Commun dont les bataillons ont été les plus fervents soutiens du candidat de la droite et de Centre, ne veut "ni le chaos de Marine Le Pen, ni la déconstruction d'En Marche !". D'ailleurs les sondages (notamment celui de Harris Interactive) sur les reports de voix des électeurs de François Fillon, montrent que la moitié seulement de ces électeurs sont prêts à voter Macron au deuxième tour. Les ondes de choc de la présidentielle ne font que commencer. La droite républicaine, fissurée, peut définitivement éclater. Au nom de la clarification, et de l'alternance future.

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