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Angela Merkel a imposé son tempo et la vision allemande de l'Europe lors du sommet européen du 27 octobre 2011. Une mauvaise nouvelle pour l'euro?
Angela Merkel a imposé son tempo et la vision allemande de l'Europe lors du sommet européen du 27 octobre 2011. Une mauvaise nouvelle pour l'euro?
©Reuters

Mèremptoire ?

Angela Merkel, détricoteuse de la zone Euro

Le « sommet européen de la dernière chance » a vu la chancelière allemande imposer à Nicolas Sarkozy pratiquement toutes ses volontés. Un dénouement qui n'assure pas forcément un futur pérenne pour la zone Euro.

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Après la folle nuit de Bruxelles, chacun est rentré dans sa capitale pour se féliciter de la solution définitive apportée au problème des dettes publiques de la zone euro. Et pourtant, il faut se souvenir que cela avait déjà été le cas après le sommet du 9 mai 2010 ou celui du 21 juillet 2011. Or, de sommet en sommet, il se dessine un recul des Français face aux vues allemandes, avec pour conséquence une redéfinition des règles du jeu monétaire. 

L’édifice monétaire traditionnel mis au point par les Anglais au XIXe siècle repose sur le principe de l’existence d’une banque centrale assurant le double rôle de garant de la stabilité des prix et de prêteur en dernier ressort, en particulier pour les États. Dans ce schéma, la banqueroute publique, qui avait fait tant de dégâts dans les économies des XVIIe et XVIIIe siècles, disparaît et la dette publique devient un actif sûr que les acteurs financiers recherchent et s’échangent sur le marché monétaire.

La diplomatie allemande joue le jeu de la BCE

Depuis novembre 2009, le doute a été jeté sur les capacités de l’État grec à honorer ses engagements. La réponse naturelle aurait été d’indiquer que la BCE (banque centrale européenne) assumerait vis-à-vis de l’État grec son rôle de prêteur en dernier ressort. D’abord prise au dépourvue, la diplomatie allemande a trouvé dans l’introduction du FMI en zone Euro, un moyen d’éviter de faire appel à la BCE. Puis, elle a adopté une position intangible reposant d’abord  sur une action punitive, au demeurant  populaire car orientée à la fois contre les banques - qui ont fini par être mises à contribution à hauteur de 100 milliards d'euros - coupables de légèreté et contre les Grecs, dont l’économie a été en deux ans durablement désorganisée. Cette action punitive doit être comprise par tous les acteurs économiques comme l’affirmation d’une nouvelle donne : la dette publique cesse d’être un actif sûr a priori. Elle le devient grâce à une gestion budgétaire stricte légitimée par sa notation.

FESF et conséquences...

Une des traductions de cette approche est  la création comme prêteur en dernier ressort d’un fonds ad hoc - le Fonds européen de stabilité financière (FESF) - avec comme spécificité d'être limité dans son montant à 1 000 milliards, et de constituer le moyen de - non pas de créer de la monnaie - transférer de la confiance des pays les moins endettés vers les pays les plus endettés.

Ce mécanisme a pour conséquence la décomposition de l’Europe des 17 membres de la zone Euro en trois blocs :

  • les plus endettés qui ont besoin du Fonds,
  • les moins endettés qui font vivre le Fonds,
  • les pays intermédiaires qui, en passant de moins endettés à plus endettés, feraient mourir le Fonds et in fine la zone Euro.


Angela Merkel a les cartes en main

En fait, un seul pays porte désormais la responsabilité ultime de l’avenir de l’Euro. Ce pays est… la France.

Mme Merkel a mis l’avenir de la zone Euro entre les mains de Paris, avec la perspective que la mort n’est plus impossible. Dès lors, chaque dépense nouvelle, chaque annonce d’embauche de fonctionnaires, chaque promesse inconsidérée est un coup de feu tiré sur l’Euro, qui peut être mortel. En particulier quand elles sont jugées susceptibles de faire reculer la perspective de réduction du déficit budgétaire français en menaçant le triple « A ».

So, the winner is… Angela Merkel. Et le perdant ? L’Euro peut-être, Nicolas Sarkozy probablement, et accessoirement, le programme du Parti socialiste, sûrement même.

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