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Oui, Anders Breivik 
est bien un "fondamentaliste libéral"
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Cher Daniel Tourre...

Oui, Anders Breivik est bien un "fondamentaliste libéral"

Jacques de Guillebon avait écrit, sur Atlantico, que le tueur d'Oslo était un fondamentaliste plus "néolibéral" que "chrétien", ce à quoi Daniel Tourre avait répondu en s'insurgeant contre une telle utilisation du mot "libéralisme". Suite de la polémique ici : Jacques de Guillebon persiste et signe.

La réponse du libéral du temps présent se fait toujours de manière méprisante et grossière. C’est même à ça qu’on le reconnaît. Doué selon toute probabilité d’un complexe culturel, ledit libéral commence par accuser son contradicteur d’ignorance en sa matière fétiche : parce que lui-même a fait vœu de ne lire, sans doute par esprit de rentabilité et par souci d’économie de temps, que la littérature consacrée à l’apologie de son idéologie, il soupçonne le reste du monde de s’adonner de manière compulsive, de jour comme de nuit, à l’étude solitaire et exclusive du premier livre du Capital.

Balayons donc cette accusation ridicule, car pour notre part nous n’avons aucun besoin de passer par le blog à la superfétatoire précision de Daniel Tourre, Le libéralisme pour les nuls, pour connaître de l’intérieur les fondements de la philosophie libérale.

La liberté n'est pas un droit de naissance

Passons rapidement aussi sur le terme néolibéral que nous n’avions employé qu’afin de satisfaire l’insatiable appétit de progrès du libéral, croyant qu’il en serait flatté. Nous partageons en ce point unique les opinions de M. Tourre : il n’y a qu’un libéralisme, d’hier à aujourd’hui. Mais c’est pour diverger incontinent sur la datation de cet hier qui est bien entendu l’aujourd’hui de Machiavel avant d’être celui de Locke, et Daniel Tourre le saurait s’il avait lu Strauss ou Manent par exemple.

De l’addition de nos tendances naturelles au mal, faisons le bien, c’est l’axiome fondamental du libéralisme – que Machiavel a formalisé politiquement avant que les empiristes de type lockéen en déduisent les merveilleuses vertus de la liberté individuelle pour la Cité et surtout pour le marché.

De cette magie noire qui d’apparence marche sont nées des pensées absurdes comme « l’État n’est pas là pour construire une société idéale par le haut, mais pour protéger les droits individuels ». M. Tourre saurait, si la conjugaison des progressismes libéraux et libertaires n’avait assez ravagé l’Education nationale pour qu’il n’ait pu faire ses humanités, qu’il n’y a à l’origine de la société ni Etat ni droits individuels. Il y a des communautés dans lesquelles on entreprend ensemble et que leur assomption finit par lier en des Cités qui se dotent de gouvernements publics. La liberté n’a en ce sens jamais été un droit de naissance mais une donnée métaphysique de l’humain reconnue par la foi et la sagesse, que la Cité organise en vertu. Le droit ne permet pas du tout « à chaque citoyen de savoir ce qu’il peut faire ou ne pas faire », mais il est l’application positive de la sagesse philosophique et religieuse dans la Cité.

Anders Breivik, sans foi ni Dieu

Accordons à M. Tourre que son libéralisme de prospérité, de ventre et de bas-ventre n’est en effet pas un relativisme puisqu’il se prend lui-même pour lumière du monde, ni un nihilisme puisqu’il recherche une seule satisfaction, qui est donc gastrique : ce libéralisme est un matérialisme anhistorique.

Ce qui nous amène donc au cas qui nous préoccupe, celui de M. Breivik : c’est un homme sans foi, qui ne croit ni au Dieu trinitaire, ni même à Thor et à Odin. Il craint l’islam, qu’il ne discute pas de façon théologique mais politique et sociale. Il craint parallèlement le marxisme rampant, qu’il accuse de vouloir détruire les valeurs de liberté individuelle propres à l’occident. Il récuse le racisme. C’est donc un occidentaliste qui estime que sa civilisation se résume le mieux dans les valeurs de « liberté individuelle » qui sont celles que prône M. Tourre – et que donc celles-ci doivent être défendues par tous les moyens.

En aucun cas, je ne crois que M. Tourre ou ses amis soient des terroristes – le libéralisme a bien d’autres moyens de nuire – et c’est en quoi je qualifie Breivik de « fondamentaliste libéral » pour ne pas confondre. Mais quoi ! Nous avons dans l’histoire d’innombrables preuves que la défense du doux commerce s’est faite au son du canon, depuis l’ouverture forcée de la Chine impériale par les navires d’Albion, jusqu’au putsch de Pinochet.

Et il ne serait pas vain de s’interroger sur les racines des mouvements actuels d’extrême-droite d’Europe du Nord et Centrale qui, étrangement, sont toutes libérales.

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