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Avec un taux de chômage explosif proche de 17%, on s’interroge aujourd’hui sur la capacité du Portugal à faire aboutir son programme d’assistance.
Avec un taux de chômage explosif proche de 17%, on s’interroge aujourd’hui sur la capacité du Portugal à faire aboutir son programme d’assistance.
©Flick / dkshots

Effet domino

Alors que la Grèce se relève, le Portugal s'enfonce encore et toujours... au risque de devenir la nouvelle bombe européenne ?

Timidement, la Grèce refait surface. Mais le Portugal, lui, reste dans une situation qui fait craindre le pire, entre un chômage endémique et un déficit public qui dépasse les prévisions. Cependant, le pays a les moyens de résister et de ne pas reproduire le scénario grec.

Pascal de Lima

Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés, toujours dans les départements Banque-Finance...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adèpte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.

Il est chroniqueur éco tous les mardis sur Radio Alfa, 98.6FM, et chroniqueur éco contractuel hebdomadaire dans le journal Forbes.

 

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Le Portugal est actuellement sous le feu des projecteurs. On craint de lui qu’il ne soit le prochain après la Grèce, à ébranler une nouvelle fois l’Europe. Et bien ce ne sera pas le cas.

Sur le terrain économique, le déficit budgétaire n’a pas été contrôlé comme prévu en 2012. Eurostat a annoncé un déficit budgétaire de 6,4% du PIB en 2012 contre 4,5% d’objectif. Avec un taux de chômage explosif et historique proche de 17% on s’interroge aujourd’hui sur la capacité du Portugal à faire aboutir son programme d’assistance et retrouver une certaine indépendance en termes de financement, retrouver les marchés financiers comme prévu en 2014 et rassurer tout le monde.

Le Portugal ne sera pas la prochaine Grèce. Certes une certaine volatilité sur les dettes souveraines de la périphérie continue, le Portugal devrait normalement retrouver les marchés financiers en 2014. On peut trouver plusieurs raisons à cela : la baisse des taux d’intérêt depuis l’été 2012, un discours plus nuancé sur l’austérité dans le débat public, initialisé notamment par les institutions, des objectifs de déficit qui comme pour la France pourrait être revus à la hausse, le maintien d’un accès au marché secondaire via sa mise sous tutelle, des incertitudes qui s’amenuisent en Italie, les élections allemandes de septembre prochain, et l’existence de nouveaux outils de soutien aux pays en difficulté (OMT) permettent de garder espoir.   

Ces constats sont consolidés par "Natixis Recherche Economique". Le Portugal se heurte toujours à des difficultés pour vendre des titres sur le plus long terme. Mais la situation pourrait rapidement changer et il est temps de rassurer tout le monde et de rappeler que le Portugal n’avait pas besoin d’aide du FMI.

D’abord le contexte européen pourrait s’améliorer un peu avec la fin des incertitudes en Italie. Un discours largement plus souple sur l’austérité depuis un moment maintenant et un peu initialisé par Christine Lagarde et François Hollande. Des solutions plus techniques peuvent également être envisagées : emprunter à très court terme car les taux d’intérêt sont beaucoup plus faibles que sur des emprunts longs. On peut aussi envisager l’allongement de l’échéancier des prêts européens, recourir à un programme de précaution et activer les OMT par la BCE seraient également les bienvenues.

N’oublions pas que de façon générale, les taux d’intérêt des titres souverains de la périphérie sont revenus à des niveaux de ceux de septembre 2010. Donc plus d’inquiétude de ce coté là. Regardons plutôt sur les surprises ici et la, Chypre, la Slovénie, Malte…et peut-être bientôt le Luxembourg !

Évidemment ce constat économique s'écarte jour après jour de la réalité sociale du pays tout à fait inquiétante. C'est probablement le pays de la zone euro ou l'écart entre l'économique (rassurant objectivement) et le social (taux de chômage, révolte des indignés, puissance des réseaux sociaux portugais et lusophones dans l'émergence d'un mouvement d'indignés anticapitaliste à l'échelle monde, implication forte des intellectuels) est le plus important. Si cet écart par exemple est faible pour la Grèce (situation sociale catastrophique mais proche de la situation économique elle même inquiétante), faible pour l'Allemagne (bonne situation économique et situation sociale moyenne), le Portugal est aux extrêmes. Une situation économique rassurante mais sociale très inquiétante. Attention à la France dont on observe depuis juillet dernier l'écart augmenté. 

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